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Dose unique, conservation: ce que le vaccin anti-Covid de Johnson & Johnson pourrait apporter

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Photo d'illustration - Behrouz Mehri

Mardi, l'Agence Européenne du Médicament a annoncé que l'américain Johnson & Johnson avait déposé, via sa filiale belge, une demande d'autorisation de mise sur le marché destinée au Vieux Continent pour son vaccin anti-Covid-19. Si la délivrance éventuelle du sésame attendra la mi-mars, le vaccin fait plusieurs promesses.

C'est peut-être une bonne nouvelle sur le front du Covid-19, bien qu'encore en suspens. Mardi, l'Agence Européenne du Médicament a annoncé que le groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson avait déposé une demande d'autorisation sur le marché continental pour son vaccin contre le nouveau coronavirus.

Labelisé vaccin Covid-19-Janssen - du nom de la filiale belge qui serait chargée de le commercialiser en Europe -, l'avenir du vaccin dépendra de la décision que rendra l'Agence Européenne du Médicament à la mi-mars. Un horizon qui sera tenu, comme l'a précisé l'agence à l'AFP, "à condition que les données de la compagnie sur l'efficacité, la sûreté et la qualité du vaccin soient suffisamment complètes et convaincantes".

Si elle venait à être acceptée, la création de Johnson & Johnson serait le quatrième vaccin à circuler dans l'Union européenne, après Pfizer/BioNTech, Moderna et AstraZeneca. Le projet de vaccin de Johnson & Johnson n'est donc pas le premier de sa lignée mais il présente un profil unique, et présente quelques avantages manquant, tout ou partie, à ses devanciers.

• Une seule dose

Le produit a été testé sur 44.000 personnes durant la phase d'essais cliniques qui vient de prendre fin. L'Agence Européenne du Médicament a d'ailleurs l'oeil sur les travaux du groupe depuis le 1er décembre. Il apparaît à ce jour, selon les chiffres publiés par Johnson & Johnson, que le vaccin est efficace à 66% pour l'ensemble de la population, et à 85% lorsqu'il s'agit de prémunir contre les cas graves. Et cette protection se construit très simplement: ce vaccin ne nécessite en effet qu'une seule dose, et donc un seul rendez-vous, contre les deux injections impliquées par les solutions issues des autres laboratoires.

Telma Lery, directrice médicale de Janssen, a ainsi expliqué: "Il ne comporte pas d'adjuvant et s'administre en une seule dose, ce qui représente un avantage non négligeable en période de pandémie puisqu'on n'a pas besoin de prévoir un deuxième rendez-vous". "La protection des personnes vaccinées est effective deux semaines après l'injection et se renforce au cours du temps", a-t-elle continué.

• Une simple conservation réfrigérée

Johnson & Johnson peut également se prévaloir d'un second atout majeur: la facilité de la conservation de ses doses. Là où certains vaccins, à commencer par celui proposé par Pfizer, exigent une température moins que sibérienne (jusqu'à -70°C ou -80°C) pour garantie de leur stabilité, celui de la société Johnson & Johnson se contente d'une atmosphère réfrigérée classique.

"C'est un vaccin qui se conserve pendant trois mois à température réfrigérée classique, comme n'importe quel vaccin", a encore soutenu Telma Lery.

En d'autres termes, il supportera très bien, pendant trois mois en tout cas, une température comprise entre 2°C et 8°C. Conservé à -20°C, il sera même stable pendant deux ans.

• Une efficacité uniforme selon les âges

Johnson & Johnson assure de surcroît que son nouveau-né dispense une efficacité uniforme selon les âges. Un avantage non négligeable quand on sait par exemple qu'on a émis des doutes sur la validité du vaccin AstraZeneca quant aux plus de 65 ans.

La protection du vaccin Covid-19-Janssen est donc efficace à 66% en règle générale et à 85% pour les cas graves - ce qui satisfait a priori aux critères fixés par l'Union européenne mais semble faible par rapport par exemple aux 95% revendiqués par Pfizer/BioNTech pour leur produit.

La protection offerte face au variant sud-africain, qui se répand actuellement sur la planète, est plus modeste encore. Selon le chiffre relevé ici par L'Express, elle est alors de 57%.

• Une dose parmi les moins chères

La dose de Johnson & Johnson, que le groupe a dit vouloir vendre à prix coûtant, s'annonce comme l'une des moins chères du peloton des vaccins.

Son montant est établi à 6,93 euros, moins onéreux donc que Pfizer (15,5 euros) ou Moderna (15 euros), bien davantage cependant qu'AstraZeneca (2 euros), comme l'avait jaugé le JDD au début du mois de février.

• Une solution de plus face à la pénurie?

La Commission européenne n'a d'ailleurs pas lésiné sur les commandes. Alors que ses membres se débattent depuis plusieurs semaines face à la relative pénurie de doses arrivées en moins grand nombre que prévu, et que les délais demeurent importants au moment de se réapprovisionner, l'institution a rempli un bordereau conséquent.

L'Agence France Presse a signalé mardi que la Commission avait d'ores et déjà acheté 200 millions de doses, dont 100 millions doivent affluer d'ici juin en cas d'autorisation à la mi-mars, avec 200 millions de doses supplémentaires en option.

• Un domaine familier

Enfin, avec le vaccin Johnson & Johnson, les médecins (et les patients) avanceront en terrain connu. Le vaccin est en effet à vecteur viral, comme AstraZeneca, mais contrairement à Pfizer/BioNTech et Moderna qui ont choisi la technique innovante de l'ARN messager. Ce vecteur viral signifie qu'il est conçu sur la base d'un adénovirus, un virus banal et inoffensif que les scientifiques ont customisé avec des informations génétiques qui doivent permettre à l'organisme de reconnaître ce nouvel envahisseur et de le contrer par sa réponse immunitaire.

Or, ce système est déjà éprouvé, comme l'a remarqué le professeur Mathai Mammen, responsable de la recherche et du développement mondial de la division pharmaceutique de Johnson & Johnson, auprès de Doctissimo: "Il y a quelques avantages à cette approche. Premièrement, l'adénovirus est bien connu dans la population humaine. Et nous l'avons déjà utilisé dans notre vaccin contre Ebola".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV