BFMTV

Déconfinement: un médecin appelle à "la responsabilité collective" de la population

Le corps médical redoute une seconde vague de l'épidémie de Covid-19 si la population ne prend pas de précautions telles que les gestes barrières et la distanciation physique pour se protéger du virus.

Les images ont beaucoup circulé. Tournées lundi soir à Paris, jour effectif du début du déconfinement de la population, elles montrent de nombreuses grappes de personnes assises sur les rives du canal Saint-Martin, parfois au mépris de la distanciation sociale et des gestes barrières. En réaction, Christophe Castaner a demandé au préfet de police de Paris, "face à l'irresponsabilité de certains comportements" "d'interdire la consommation d'alcool le long du canal Saint-Martin et des voies sur berges".

Se protéger pour protéger les autres

Pour le docteur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d'immunologie clinique à l'hôpital Henri-Mondor, à Créteil (Val-de-Marne), c'est ce genre de scène "qui va réalimenter l'épidémie".

"On est face à une épidémie, on est face à une maladie infectieuse qui est contagieuse. Et donc on passe d'une responsabilité individuelle à une responsabilité collective. Si les gens ne se protègent pas, quand on est jeune on va faire un Covid qui n'est pas grave, on va rester hospitalisé chez soi, mais ce qu'il faut garder à l'esprit c'est qu'on va le transmettre, et on va le transmettre à des gens qui n'auront pas cette chance-là, des gens qui, parce qu'ils sont âgés, parce qu'ils ont des problèmes de santé, vont se retrouver à l'hôpital", s'est alarmé l'immunologue ce mardi, à l'antenne de BFMTV.
"Si les gens ne prennent pas conscience de cette responsabilité collective, et qu'il faut qu'ils se protègent pour protéger les autres, eh bien on repart vers une catastrophe, c'est évident", poursuit-il.

A ce jour, l'épidémie de Covid-19 a tué 26.643 personnes en France depuis le 1er mars, a indiqué la Direction générale de la santé lundi soir. 64 malades graves étaient toujours hospitalisés en réanimation.

Une seconde vague "fort possible"

Pour le professeur Gilles Pialoux, chef de l'unité des maladies infectieuses de l'hôpital parisien Tenon, une seconde vague n'est pas inéluctable mais "est fort possible pour plein de raisons mécaniques".

Invité de BFMTV ce mardi matin, le spécialiste raconte avoir vu les images de Parisiens amassés au premier soir du déconfinement et avoir entendu certains d'entre eux se justifier en expliquant qu'ils n'étaient que trois ou quatre.

"Le problème de ces virus, c'est que c'est trois ou quatre qui vont avoir trois ou quatre personnes chacun qui vont elles-mêmes… c'est le principe du cluster, les gens n'ont pas encore compris ça", s'inquiète-t-il, s'appuyant sur une étude américaine réalisée par le CDC, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, une agence fédérale américaine basée à Atlanta.
"Ils sont partis de 9 personnes qui avaient eu le Covid, symptomatiques (...), certains sujets avaient entre 18 et 222 contacts. Il faut expliquer ça aux gens", craint Gilles Pialoux, qui redoute aussi une seconde vague en raison de personnes qui se révèlent être des "super contaminateurs".

Un comportement "inacceptable"

Toutefois, Gilles Pialoux juge les Français "plutôt responsables", évoquant une culture où "il n'y a pas cette notion de distanciation".

"Je pense que par rapport à d'où les Français sont partis, ils ont fait des efforts incroyables. Mais la crainte, c'est le relâchement", s'inquiète-t-il, au diapason du Dr Patrick Berche, membre de l'Académie nationale de médecine.

Après avoir vu les images tournées lundi à Paris, ce dernier déclarait ce mardi matin sur notre antenne se projeter "dans dix ou quinze jours" et se demander "est-ce qu'il ne va pas y avoir une réaugmentation (des cas de contamination, NDLR)? Pas forcément une nouvelle vague mais disons des foyers de résurgence qui vont être provoqués par ces personnes qui se comportent de façon inacceptables."

Des comportements qu'il qualifie ainsi car ces personnes "ne portent pas de masque, parce qu'elles s'agglutinent les unes contre les autres à dix, quinze. (...) C'est quand même inacceptable en sortant de confinement alors qu'on a eu quand même 25.000 morts", poursuit-il.

Clarisse Martin