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Covid-19: rallonger le délai avant la deuxième dose du vaccin peut-il nuire à son efficacité?

La police britannique a lancé vendredi un appel à témoins pour retrouver un homme accusé d'avoir soutiré 160 livres sterling (178 euros) à une nonagénaire en lui faisant croire qu'il lui administrait un vaccin contre le coronavirus

La police britannique a lancé vendredi un appel à témoins pour retrouver un homme accusé d'avoir soutiré 160 livres sterling (178 euros) à une nonagénaire en lui faisant croire qu'il lui administrait un vaccin contre le coronavirus - LOIC VENANCE © 2019 AFP

Jeudi soir, Olivier Véran a annoncé que l'administration de la deuxième dose du vaccin Pfizer/BioNTech allait être décalée "jusqu'à six semaines au lieu de trois".

Est-il possible de repousser l'injection de la deuxième dose du vaccin Pfizer/BioNTech sans affecter son efficacité? La question se pose alors qu'Olivier Véran a annoncé jeudi soir, lors d'une conférence de presse, que le rappel allait être décalé "jusqu'à six semaines au lieu de trois".

En principe, les deux doses de ce sérum doivent être administrées à 21 jours d'intervalle, délai défini par les laboratoires qui l'ont développé. L'essai clinique de ce vaccin établit cependant son efficacité "dans une fenêtre allant de 19 à 42 jours".

"Cette flexibilité d'administration de la deuxième dose peut être envisagée au vu des circonstances actuelles spécifiques afin d'élargir la couverture vaccinale des personnes prioritaires et faire face aux fluctuations d'approvisionnements", indique l'Agence du médicament (ANSM) dans un avis publié jeudi.

"Sans risque et sans perte d'efficacité"

Cet aménagement du protocole permet de "disposer de davantage de doses disponibles tout de suite" pour réaliser la première injection du vaccin chez plus de patients, a justifié Olivier Véran assurant que ce décalage se ferait "sans risque et sans perte d'efficacité du vaccin" Pfizer-BioNTech.

Une position validée par l'Oganisation mondiale de la santé (OMS) qui estime que le rappel peut effectivement être retardé de quelques semaines dans des "circonstances exceptionnelles". Dans ce contexte, Alain Fischer, immunologue et coordinateur de la stratégie vaccinale en France, a salué ce vendredi matin sur BFMTV-RMC la stratégie choisie par le gouvernement.

"Ca va dans le bon sens pour rendre les choses faisables", a-t-il commenté. "Moi je soigne des patients qui reçoivent des immunoglobulines, les consignes sont qu’on doit recevoir l’injection toutes les trois semaines, de temps en temps ça dépasse et sous surveillance on peut y arriver, à condition de ne pas aller trop loin. Pour le vaccin, ce sera la même chose. Il faut un cadre strict, il ne faut certainement pas aller au-delà de six semaines et être vigilant sur cette question."

Ne pas excéder six semaines

La directrice du département immunisation et vaccins à l'OMS, Kate O'Brien, et l'ANSM ont effectivement averti que le délai ne devait pas excéder six semaines car "rien ne prouve qu'une seconde dose administrée au-delà de 42 jours conserve l'efficacité à moyen et long termes du vaccin".

"Envisager de n'administrer qu'une première dose de vaccin n'est pas une option dont l'efficacité aurait été établie" et "cette option n'est donc pas envisageable", ajoute encore l'ANSM.

Mais les laboratoires Pfizer et BioNTech se montrent plus frileux quant à ce report du rappel appliqué ou envisagé par plusieurs pays pour vacciner plus de personnes.

"L'efficacité et la sécurité du vaccin n'ont pas été évaluées pour d'autres calendriers de dosage" que les deux injections espacées de 21 jours appliquées lors de l'essai clinique, prévient l'entreprise allemande qui a développé avec le laboratoire américain Pfizer le premier vaccin autorisé aux Etats-Unis et dans l'UE.

Outre Atlantique, l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) aux Etats-Unis préfère s'en tenir aux calendriers fixés par les laboratoires. Dans un communiqué publié le 4 janvier, l'organisme indique que "sans données appropriées soutenant ces changements dans l'administration des vaccins, nous courons un risque important de mettre la santé publique en danger, sapant les efforts de vaccination historiques pour protéger la population contre le Covid-19 (...) Nous continuons de recommander vivement aux fournisseurs de soins de santé de suivre le calendrier de dosage autorisé par la FDA".

Décisions contraires

Mais face aux stocks limités de ce produit, plusieurs pays contournent les recommandations des laboratoires. Le Danemark a annoncé lundi espacer jusqu'à six semaines les deux doses; le Royaume-Uni, qui a autorisé le vaccin avant l'UE, début décembre, laisse s'écouler jusqu'à 12 semaines entre les deux injections. En Allemagne, le ministère de la Santé a demandé aux autorités sanitaires d'évaluer les options pour rallonger le délai, selon un document consulté lundi par l'AFP.

Reste à savoir si la France décidera d'appliquer la même stratégie pour le deuxième vaccin autorisé dans le pays: celui du laboratoire américain Moderna. Le sérum fonctionne sur le même principe que celui de Pfizer/BioNTech, avec deux doses à espacer de quatre semaines (et non trois).

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV