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Covid-19: pourquoi le reconfinement dans sa forme actuelle risque d'être insuffisant

BFMTV a pu consulter l'avis rendu par le Conseil scientifique avant que le gouvernement ne décide de reconfiner le pays pour endiguer la propagation du coronavirus au moins jusqu'au 1er décembre. Il apparaît clairement que la durée du reconfinement risque de ne pas suffire.

La France vient à peine de renouer avec le confinement pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, que l'efficacité de ce dernier est déjà remise en cause. Tout comme sa durée. Ainsi le ministre de la Santé Olivier Véran a lui-même préparé les esprits ce dimanche dans le JDD en expliquant que les fêtes de fin d'année, dont Noël, ne se dérouleraient pas normalement cette année.

L'épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, a enchainé quelques heures plus tard au Grand Jury de RTL-Le Figaro-LCI en affirmant que si le confinement dans sa forme actuelle, prévu pour durer un mois jusqu'au 1er décembre, fonctionnait comme il fallait, on pourrait alors "s'attendre à une baisse de 65 à 80% des infections". Problème: "Il faudrait deux mois de confinement pour freiner drastiquement la circulation du virus, ce qui prolongerait les restrictions à la période des fêtes de fin d'année", a poursuivi le professeur.

Vers de nouvelles vagues?

Si le reconfinement produit le même ralentissement des contaminations qu'au printemps, l'épidémie pourrait atteindre à la mi-novembre un pic de près de 6000 malades du Covid-19 en réanimation, selon les dernières projections de l'Institut Pasteur, révélées samedi par l'Agence France-Presse (AFP). Or, le reconfinement tel qu'il est appliqué pour l'heure est bien différent de celui subit lors de la première vague de contaminations. Et ça, le Conseil scientifique en a bien conscience dans l'avis qu'il a rendu il y a une semaine au gouvernement, le lundi 26 octobre, deux jours avant que le reconfinement national ne soit officialisé.

Dans ce document, que BFMTV a pu consulter, les experts font tout d'abord "l'hypothèse d'une sortie de deuxième vague en fin d'année ou début d'année 2021". Mais la France serait bien loin d'en avoir terminé avec le coronavirus: plus loin dans son texte, le Conseil scientifique redoute ainsi l'arrivée de "plusieurs vagues successives durant la fin de l'hiver et l'arrivée du printemps 2021". De nouvelles résurgences du virus qui dépendraient pour le coup de nombreux facteurs comme l'état climatique et l'efficacité des mesures de dépistage, la fameuse stratégie "Tester, Tracer, Isoler".

"Un impact moindre sur la circulation virale"

Contrairement au confinement décrété le 16 mars par Emmanuel Macron, les écoles, collèges et lycées restent ouverts dans celui mis en place depuis vendredi. Les services publics continuent de fonctionner, le BTP aussi, les Français sont invités à continuer le travail autant que possible à l'exception des commerces jugés "non essentiels", des bars et des restaurants.

Une nouvelle configuration des restrictions qui fait craindre au Conseil scientifique que "ce type de confinement aura un impact moindre sur la circulation virale". Il poursuit: "L'obtention d'un effet équivalent à un confinement classique sera plus long car il sera à l'origine d'une diminution des contacts mécaniquement moindre que lors d’un confinement classique". L'intérêt des mesures tout juste mises en oeuvre, écrit le Conseil scientifique dans son avis de la semaine dernière, est qu'il limite "l'impact économique et sociétale" en comparaison de celui subit au printemps dernier.

Hors de question, pour autant, de minimiser l'importance du reconfinement. "On ne peut pas dire que ça ne sert à rien" commente à ce titre William Dab, ancien directeur la Santé, invité dimanche soir sur notre antenne. "Tout ce qui permet de ralentir la circulation du virus sert à quelque chose", car c'est bien ce qui se fera quand même avec un confinement "moins sévère".

Margaux de Frouville avec Jérémy Maccaud