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Covid-19: le Conseil scientifique craint "une extension" du variant brésilien cet été en France

Un centre de test Covid-19, le 31 mars 2021 à Paris

Un centre de test Covid-19, le 31 mars 2021 à Paris - Thomas COEX © 2019 AFP

Si l'instance relève que le variant britannique demeure de très loin majoritaire en France, la fulgurante progression du variant BR-P1 en Guyane pourrait également essaimer cet été sur le territoire métropolitain.

Un risque à ne pas écarter. Dans son dernier avis rendu public dimanche, le Conseil scientifique s'inquiète d'un scénario où la part du variant BR-P1, l'un des variants brésiliens, s'étendrait en France. Une mutation au niveau de transmission élevé, mais dont on "ne sait pas encore" si elle est plus létale que le variant britannique, selon cet avis. En revanche, elle diminue l'efficacité des vaccins ARN messagers actuellement autorisés en France (Pfizer-BioNTech ou Moderna, ndlr).

"Un risque d'extension du variant BR-P1 doit être pris en compte durant l'été 2021, si on observe une baisse du variant UK et une couverture vaccinale avec les vaccins à ARNm en hausse, mais à un niveau encore insuffisant", note le Conseil scientifique dans ses conclusions.

Une présence encore "marginale" en métropole

L'instance relève toutefois qu'"actuellement, aucun signal d'une évolution particulière du variant BR-P1 n'a été observé à ce jour" sur le territoire métropolitain, sa circulation restant encore minime.

Selon les dernières enquêtes Flash et l'enquête AP-HP/ANRS relevées par les experts et visant à mieux connaître le niveau de circulation du variant BR-P1 (ou 20J/501Y.V3), ce dernier ne représentait que 0,3% des nouvelles infections à la fin du mois de mars. Une présence "marginale" d'autant que le Conseil scientifique relève qu'aucun cluster n'a été identifié dans l'Hexagone.

Si la situation actuelle n'inquiète pas à ce stade l'instance, celle-ci se montre bien moins rassurante à long terme. Très présent en Amérique du Sud et responsable de la catastrophe sanitaire que connaît actuellement le Brésil (66.800 morts du Covid-19 rien que pour le mois de mars 2021), le variant brésilien voit sa circulation croître fortement en Guyane. Face à cette crainte grandissante, l'instance appelle à prendre de nouvelles mesures sanitaires, tant pour la collectivité d'outrer-mer qu'en France métropolitaine.

"L’incidence augmente fortement en Guyane depuis 4 semaines avec une présence très majoritaire du variant BR-P1", souligne le Conseil scientifique.

Appel à de nouvelles restrictions en Guyane

S'agissant du territoire ultramarin, le Conseil scientifique propose notamment d'avancer le couvre-feu de 19h à 17h et d'instaurer un confinement le dimanche.

Concernant les déplacements, il recommande le maintien de la fermeture des vols avec le Brésil mais aussi d'encadrer davantage les vols avec la métropole en attestant "d'une vaccination complète avec un vaccin ARNm", maintenant les tests PCR ou antigénique 48h avant le départ avec possibilité d'un autotest avant le vol ainsi qu'un isolement strict d'une semaine à l'arrivée en France métropolitaine.

"Compte tenu des enjeux économiques majeurs liés à l'isolement, l'enjeu d'une gestion sanitaire rigoureuse mais souple pourrait être testée dans ces territoires d'outre-mer avec la mise en place de l'équivalent d'un 'pass sanitaire' favorisé par une vaccination accélérée à l'ensemble de la population avec des vaccins ARNm", avance enfin le Conseil scientifique.

Anticiper avec des vaccins spécifiques aux variants

Pour la France métropolitaine, plutôt "protégée" par le variant anglais qui a un niveau de transmission plus élevé que le variant BR-P1 selon le Conseil scientifique, les experts proposent de suspendre provisoirement les vols avec d'autres pays d'Amérique du Sud. Recommandation non suivie à ce stade par le gouvernement qui a opté pour une quarantaine obligatoire de dix jours pour les voyageurs en provenance d'Argentine et du Chili.

Lors de la reprise de ces vols, l'instance demande la mise en place d'une procédure "très stricte et individualisée" qui passerait par la présentation d'un test PCR réalisé 48h avant le vol, un isolement strict à l'arrivée, si possible dans un hôtel, et deux tests antigéniques ou PCR effectués 24h et huit jours après le retour.

Craignant néanmoins une progression du variant brésilien sur le territoire métropolitain, le Conseil scientifique appelle les autorités à anticiper ce scénario notamment "dans les précommandes de vaccins ciblés sur les nouveaux variants qui pourraient être disponibles à l'automne". L'instance cite entre autres la biotech Moderna qui travaille sur deux vaccins spécifiques aux variants et qui pourraient être disponibles à la rentrée prochaine.

"Toute mesure freinant l’introduction et la diffusion du variant BR-P1 est souhaitable en anticipant", soutient enfin le Conseil scientifique.
Hugues Garnier Journaliste BFMTV