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Covid-19: doit-on craindre une cinquième vague de contaminations?

Ces dernières jours, plusieurs indicateurs laissent penser que l'épidémie pourrait repartir avec l'arrivée de l'hiver.

C'est un frémissement, qui fait craindre un hiver sous tension. Après un reflux estival, plusieurs indicateurs liés à la pandémie de Covid-19 repassent à l'orange en France et laissent planer le risque de semaines à venir difficiles d'un point de vue sanitaire. Parmi ces signaux, le taux d'incidence qui est actuellement de 62 pour 100.000 personnes, soit une augmentation de 12% en l'espace d'une semaine.

Selon les chiffres de Santé publique France (SpF) publiés mercredi, 1096 personnes sont actuellement soignées en réanimation, un chiffre en hausse de 5% par rapport à mardi. Une tendance également observée pour les hospitalisations liées au Covid-19 avec 6764 malades, soit 84 de plus en une journée. Signe d'une inquiétude grimpante, le gouvernement a annoncé ce mercredi par la voix de Gabriel Attal le retour du masque dans les écoles de 39 départements dès la rentrée prochaine.

Une tendance observée sur le terrain, notamment au Centre départemental hospitalier (CHD) de Vendée où le nombre de patients Covid-19 admis est six fois plus important qu'il y a dix jours.

"On est passé de trois par jour à actuellement plus d’une vingtaine de patients au niveau du CHD Vendée. Quand on voit que tous les jours ça augmente, à nous fait craindre des blocages de notre activité", explique à notre antenne Dr Philippe Fradin, président de l'établissement.

La France et l'Europe de l'Ouest cernées

A l'antenne de BFMTV ce jeudi matin, Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève l'assure, "on ne va pas échapper à la nouvelle vague." Selon lui, la situation sanitaire française pour le moment préservée, ainsi que celle de plusieurs pays d'Europe de l'Ouest, est une chimère en comparaison de l'évolution rapide et constante du Covid-19 sur le reste du continent.

"L’épidémie a redémarré très franchement dans les pays d’Europe centrale, d'Europe de l’Est et tout autour de la France. L’Espagne, le Portugal ou l’Italie sont les derniers bastions ou les digues résistent. L’épidémie est très forte, la transmission du variant Delta est extrêmement forte, elle pousse sur les gens vaccinés", alerte-t-il.

L'évolution à la hausse est en effet criante tant l'est du Vieux continent est actuellement en proie à une forte hausse des contaminations. Dans les trois pays baltes (Lettonie, Estonie, Lituanie), le taux d'incidence est actuellement supérieur à 1000. En Roumanie, en Bulgarie, en Croatie ou encore en Slovénie, il est supérieur à 500. Une situation critique qui, à terme, pourrait avoir des répercussions fortes sur la France. De son côté, l'OMS a qualifié la situation "très préoccupante" et s'est inquiétée du risque d'un demi-million de morts supplémentaires en Europe d'ici février.

Gestes barrières et tension hospitalière

Si la nouvelle vague est inévitable pour Antoine Flahault, la question semble désormais, selon lui, de savoir si celle-ci "va engorger ou non les hôpitaux, et ce n’est même pas totalement sûr." Une inquiétude partagée par Gilles Pialoux qui martelait fin octobre à notre antenne que "le problème n’est plus tellement les vagues, mais les digues, est-ce que le système de santé va pouvoir faire face?".

En ce qui concerne la diffusion du virus à l'intérieur du territoire français, Jean-Pierre Thierry, médecin spécialisé en santé publique, souligne auprès de BFMTV que les chiffres actuels ne sont en réalité pas si surprenants.

"On s’y attendait, dès qu’on revient à la vie normale le virus va circuler plus, que ce soit le retour dans les écoles, le retour au travail, et puis une certaine baisse de vigilance avec les gestes barrières", explique-t-il, appelant les Français à "continuer de faire attention."

Un message important pour l'infectiologue Gilles Pialoux qui, comme de nombreux professionnels de santé, appelait à ne "pas relâcher les campagnes sur les gestes barrières."

"On a vu leur efficacité. On n’y arrivera pas s’il y a un abandon", explique-t-il.

Au coeur de l'été, le Conseil scientifique avait également alerté sur l'effet de ces relâchements.

L'importance de la vaccination

Pour l'ensemble des professionnels de santé interrogés sur le sujet d'une éventuelle nouvelle vague, la vaccination contre le Covid-19 reste la solution la plus efficace afin d'endiguer l'évolution de la maladie.

"Il reste quelques millions de personnes non vaccinées, ça peut–être suffisant pour faire repartir l'épidémie même si le R effectif n’est pas très important car il y a eu une forte vaccination. Il y a une population qui reste fragile; même si elle est vaccinée: les greffés, qui reçoivent des immunosuppresseurs, et puis les enfants, un cas à part", estime Jean-Pierre Thierry.

"La grande urgence est que tout le monde soit vacciné", confirme Antoine Flahault, qui rappelle que les personnes non-protégées "peuvent se mettre en très grand danger cet hiver, faire des complications sévères, ou transmettre à ceux qui peuvent faire des complications."

Seulement, Jean-Pierre Thierry rappelle également qu'au fil du temps, le vaccin parfois reçu en début d'année est de moins en moins efficace, et que la troisième dose est également une prérogative importante pour les personnes les plus fragiles.

"Il y a une baisse d’efficacité des vaccins au bout de six mois, constatée par des études sérieuses dans au moins quatre pays dans le monde. Ce vaccin est un miracle vu son efficacité: plus de 90% sur formes symptomatiques. Mais au bout de six mois, ça n'est plus que 60%. 40% des vaccinés sont susceptibles de faire une forme symptomatique, et les plus fragiles pourront faire des formes graves, d’où l’importance du rappel après 6 mois chez les plus de 65 ans et les personnes à risques", conclut celui qui pense que "ça n'est pas idiot d'étendre la troisième dose à l'ensemble de la population."
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV