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Covid-19: comment l'analyse des eaux usées peut aider à gérer l'épidémie

Analyse d'eau usée en région parisienne

Analyse d'eau usée en région parisienne - BFMTV

L'analyse des eaux usées dans la lutte contre le coronavirus permet "d'anticiper les évolutions de la pandémie" dans le pays, ou encore "d'évaluer l'impact de certaines mesures", comme le confinement.

Le ministère de la recherche a publié mardi les dernières données récoltées par le projet d'Observatoire épidémiologique dans les eaux usées (Obépine) en Île-de-France. Lancé en juillet, ce programme permet de repérer et de surveiller les traces de coronavirus dans 158 stations d'épuration en France, "afin d'anticiper les évolutions de la pandémie" dans le pays, précise le ministère ou encore "d'évaluer l'impact de certaines mesures" comme le couvre-feu.

Début octobre, on peut ainsi voir que la courbe relative au suivi de la concentration du coronavirus dans les eaux usées s'envolent un peu plus tôt et plus fort que celle recensant les cas de Covid-19 repérés par des tests, annonçant un pic.

· "Anticiper la circulation ou la recirculation du virus"

Si les scientifiques se sont intéressés aux eaux usées, c'est notamment parce que le virus peut s'y déceler rapidement, avant que les malades ne ressentent des symptômes, et même chez les personnes asymptomatiques, donnant une cartographie potentiellement plus juste de la circulation du coronavirus.

"Environ 50 % des personnes infectées rejettent le virus par les selles trois ou quatre jours avant même les premiers signes cliniques", explique sur le site du CNRS Yvon Maday, chercheur au Laboratoire Jacques-Louis Lions et directeur de l’Institut Carnot Smiles, "l'augmentation de la concentration du virus dans les eaux usées précède celle des hospitalisations".

"En suivant ces stations tout l'été, on a pu montrer que les concentrations de virus dans les eaux usées ont augmenté jusqu'à atteindre ces dernières semaines les mêmes niveaux que ceux qu'on a connu pendant la première vague", déclare sur BFMTV Vincent Maréchal, virologue, membre du réseau Obépine. "Donc ce que cela démontre également, c'est que l'on peut anticiper la circulation ou la recirculation du virus dans une population".

Un tel système de surveillance environnementale a déjà été utilisé pour d'autres virus. Ainsi, dans une étude publiée en 2018, des chercheurs ont montré que la détection du virus de la poliomyélite dans les eaux usées en Israël en 2013 avait permis de relancer une campagne de vaccination, évitant tout cas d'enfants paralysés.

· Un outil complémentaire des tests

Lors de la première vague, la question de la surveillance de la circulation du virus dans les eaux usées s'était rapidement posée. Fin avril, l'Italie annonçait ainsi les "premières découvertes de Covid-19 dans les égouts italiens". Grâce à des analyses rétrospectives, l'Institut supérieur de la santé (ISS) italien avait même annoncé que des traces du Covid-19 étaient présentes dans les eaux usées de Milan et de Turin dès la mi-décembre, alors que les premiers cas officiels ont été identifiés en février.

"Au vu des premiers résultats, l'analyse des eaux usées apparait comme un outil macro-épidémiologique complémentaire des autres indicateurs et sa modélisation mathématique pourrait permettre une détection très précoce", abonde le ministère de la Recherche.

En complément des méthodes de dépistages sous forme de tests, bien connus aujourd'hui des Français, mais "d’une mise en œuvre lourde, l’analyse microbiologique des eaux usées peut jouer un rôle stratégique dans la surveillance prospective et régulière de la circulation du virus", expliquait début juillet l'Académie de Médecine, encourageant à avoir recours à ce système.

· Quel avenir pour ce système?

La surveillance des eaux usées promet de s'étendre et de s'affiner dans les mois et années à venir, en réussissant par exemple à détecter le virus a des taux très bas, ou en arrivant à produire des données fiables même en période de pluie, lorsque les eaux dilueraient le taux de virus.

Le CNRS explique également que les chercheurs planchent sur la possibilité de déduire, du taux de virus identifié dans les echantillons d'eaux usées, le nombre de personnes infectées. "Les chercheurs voudraient être capables de dire, par exemple : puisque la concentration moyenne du virus est de x dans les eaux usées de tel endroit, alors on a entre 100 et 1000 infections", explique le site. Et maintenant que le réseau Obépine est en place, pourquoi ne pas l'utiliser pour repérer, à l'avenir, la circulation d'autres maladies?

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV