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Covid-19: ce qu'on attend encore de savoir sur les "candidats-vaccins"

Une seringue (image d'illustration).

Une seringue (image d'illustration). - Justin Sullivan - Getty images North America - AFP

Si résultats préliminaires encourageants ont été publiés à l'égard de trois vaccins en développement, de nombreuses questions restent encore en suspens.

La course au vaccin contre le Covid-19 bat son plein. Lundi 9 novembre, l'alliance germano-américaine Pfizer - BioNtech annonçait une efficacité de 90% pour réduire le risque de contracter la maladie, en phase 3 de son "candidat-vaccin". Deux jours après, mercredi, l'institut de recherche russe Gamaleïa revendiquait 92% d'efficacité pour son vaccin Spoutnik-V. Ce lundi, c'était au tour de la société de biotechnologie américaine Moderna de faire part de ses avancées, en annonçant que son vaccin en développement était efficace à 94,5%.

Dans un point en date du 3 novembre dernier, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) recensait l'existence de 47 "candidats-vaccins" actuellement au stade des essais cliniques sur l'Homme. 10, dont les trois précités, sont actuellement en troisième et dernière phase.

Des annonces qui, si elles donnent légitimement une note d'espoir dans la lutte contre la pandémie de coronavirus, ne doivent pas éclipser le fait qu'il ne s'agit que de résultats préliminaires, c'est-à-dire non consolidés, et que les phases 3 de développement des candidats-vaccins sont encore en cours.

Il faut également garder à l'esprit que ces résultats n'ont pas encore été évalués par des études réalisées par des scientifiques indépendants. De ce fait, beaucoup de questions cruciales sont encore en suspens.

· Quelles formes du Covid ont développé les volontaires vaccinés?

Selon le communiqué de Moderna, 90 participants au sein du groupe de volontaires auquel il a été administré un placebo ont attrapé le Covid-19, contre 5 dans le groupe qui a été vacciné. Aucun malade ayant développé une forme grave n'a été relevé parmi les personnes vaccinées, contre 11 dans le groupe placebo, indique le communiqué.

"Cette analyse intérimaire positive issue de notre essai de phase 3 nous donne les premières indications cliniques que notre vaccin peut prévenir la maladie du Covid-19, y compris la forme grave", s'est réjoui le patron de la société, Stéphane Bancel.

Pour les candidats-vaccins de Pfizer-BioNtech et celui de l'institut Gamaleïa, la nature des formes de Covid développées n'a pas été communiquée. Eleanor Riley, professeure d'immunologie et de maladies infectieuses à l'Université d'Edimbourg soulignait ainsi l'absence de cette donnée quant au vaccin de Pfizer auprès de l'Agence France-Presse (AFP), au moment de l'annonce le 9 novembre.

"Mais, je pense que nous avons des raisons d'être prudemment optimistes", avait-elle ajouté.

Quant à Spoutnik-V, le communiqué s'était borné à indiquer que "l'analyse statistique de 20 cas confirmés de nouveau coronavirus, cas répartis entre personnes vaccinées et celles ayant reçu le placebo, indiqu(ait) un taux d'efficacité de 92% pour le vaccin Spoutnik-V après une seconde dose".

Le Dr Alain Ducardonnet, consultant santé de BFMTV, soulignait ce mardi matin sur notre antenne que l'on ne connaissait pas non plus encore les résultats chez les personnes vulnérables, qui sont celles nécessitant le plus le vaccin mais aussi celles dont le système immunitaire peut répondre moins bien à l'administration d'un vaccin.

· Combien de temps dure la protection?

C'est la question cruciale à laquelle nous n'avons pas encore de réponse. Seul le temps permettra d'y répondre, quel que soit le vaccin.

Après l'annonce de Moderna lundi, l'immunologue américain Anthony Fauci a salué une nouvelle "incroyablement impressionnante" auprès de l'AFP. "C'est un résultat vraiment saisissant, je pense que personne ne s'attendait à ce qu'il soit si bon".

Le Dr Fauci, directeur de l'Institut américain des maladies infectieuses (NIAID), s'est dit "certain" que la durée de protection de ce vaccin serait significative, mais "on ne sait pas si ce sera un an, deux ans, trois ans, cinq ans, on ne sait pas".

Pour l'heure, aucune donnée permettant d'avancer avec fiabilité une durée de protection n'est connue, pour aucun des trois "candidats-vaccins" qui tiennent la corde.

· Connaît-on les effets secondaires à long-terme?

Il est encore bien trop tôt pour indiquer si oui ou non, ces vaccins peuvent provoquer des effets secondaires à long terme. Au vu des données connues à ce jour, Moderna a simplement communiqué le fait qu'environ 9 à 10% des personnes vaccinées ont eu des effets secondaires après la seconde dose, tels que de la fatigue, des courbatures, ou une rougeur autour du point d'injection.

"C'est la question fondamentale: si vraiment on veut qu'il y ait une adhésion (de la population, NDLR), il faut absolument montrer qu'il n'y aura aucun effet secondaire. Ce qu'on sait aujourd'hui dans les expérimentations, vous avez une douleur au point d'injection, vous avez quelques frissons, un peu de fièvre, quelques douleurs articulaires avec le vaccin de Moderna, mais c'est quelque chose de très, très léger", a fait valoir le Dr Robert Sebbag sur notre antenne mardi soir, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

"Vous pouvez avoir des effets secondaires qui apparaissent quand vous avez une cohorte beaucoup plus importante. Sur 40.000 personnes, ou 30.000 personnes ou 50.000, vous pouvez avoir quelques effets. Quand vous passerez à 1, 2 ou 3 millions, il peut apparaître des choses qui n'étaient pas apparues statistiquement. Ce qui veut dire pendant que ce qu'on appelle la phase 4, la phase de pharmaco-vigilance, il y aura une surveillance de toutes les personnes qui ont reçu un vaccin", a poursuivi le médecin.

"Les autorités sanitaires ne délivreront pas l'autorisation, l'OMS compris, si il y a le moindre doute - l'efficacité, je ne suis pas inquiet - concernant des effets secondaires", a estimé Robert Sebbag.

· Les personnes vaccinées sont-elles contagieuses?

Pour l'heure, comme le soulignait le Dr Alain Ducardonnet mardi matin sur BFMTV, on ignore si ces vaccins seront "stérilisants" (c'est-à-dire qu'ils empêchent d'être contaminé), ou s'ils seront "protecteurs" (c'est-à-dire qu'ils protègent de la maladie et atténuent les symptômes sans empêcher la contamination).

Comme cette information n'est pas encore connue pour les vaccins à l'essai contre le Covid-19, on ne peut donc pas savoir si les personnes vaccinées seront ou non contagieuses.

En guise de comparaison, le vaccin contre la grippe saisonnière n'empêche pas toujours la personne à qui on l'administre d'attraper le virus et de tomber malade. La forme de maladie sera toutefois atténuée et moins forte que si la personne n'avait pas reçu cette injection.

"Les données que nous avons indiquent que les vaccins empêchent de développer une forme sévère de la maladie, mais cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas être infectés et la transmettre à un patient, un voisin, un client ou quiconque", a indiqué en ce sens à la revue américaine Science Ruth Karron, directrice du Centre de recherche vaccinale de l'université John Hopkins.

· Sait-on quand un vaccin sera mis sur le marché?

"Si les données sont solides, nous pourrons donner le feu vert au premier vaccin d'ici la fin de l'année et commencer la distribution à partir de janvier", a déclaré Guido Rasi, directeur de l'Agence européenne des médicaments (EMA), dans un entretien publié samedi dans le journal italien Il Sole 24 Ore.

Mardi matin, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, a indiqué sur France 2 que le gouvernement "se met(tait) dans les starting-blocks pour être prêt pour distribuer un vaccin contre le Covid-19" dès janvier s'il était validé.

"On prépare une campagne de vaccination pour être prêt au moment où un vaccin sera validé par les autorités de santé européennes et nationales et pour pouvoir, dans la foulée, immédiatement lancer un vaccin", a poursuivi le secrétaire d'Etat.

Si le vaccin est "efficace et sûr" et qu'il obtient "toutes les autorisations", la vaccination pourra débuter "au début de l'année 2021", a également indiqué le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran sur BFMTV-RMC ce mardi matin.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV