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Coronavirus: pourquoi un reconfinement de quatre semaines risque d'être insuffisant

Instauré le jeudi 30 octobre, le nouveau confinement doit s'appliquer au moins jusqu'au 1er décembre. Une durée jugée trop courte pour faire baisser drastiquement le nombre de contaminations et désengorger les hôpitaux.

Un objectif difficilement atteignable. La France, confrontée à une deuxième vague de Covid-19, vit une nouvelle fois un confinement de sa population. En vigueur depuis la nuit de jeudi à vendredi, cette mesure sanitaire vise à limiter les contacts entre individus afin de réduire drastiquement le nombre de contaminations. Mais casser la courbe de l'épidémie ne se fera pas en quelques jours.

Jeudi matin, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy a fait savoir que quatre semaines seront sans doute insuffisantes pour atteindre les 5000 cas par jour, l'objectif que s'est fixé Emmanuel Macron pour sortir de cet isolement contraint.

Quatre semaines, une durée jugée courte

Pour le médecin, les quinze jours à trois semaines à venir seront "extrêmement difficiles" pour les hôpitaux.

"Il va falloir plus de temps. Le scénario est plutôt d’avoir un confinement d’un mois, de regarder les différents marqueurs, puis de sortir du confinement via un couvre-feu qui pourrait se poursuivre pendant le mois de décembre, éventuellement couvrir Noël et le Jour de l’An, et n’en sortir que début janvier. Le chiffre de 5000 nouvelles contaminations par jour est atteignable à ce moment", analysait jeudi matin le médecin sur France Inter.

Un pessimisme que partage Christophe Rapp, infectiologue à l'hôpital américain de Paris. Le médecin, consultant pour BFMTV, estime que cette proposition de quatre semaines de confinement est "probablement la durée minimale".

Un confinement moins strict que celui du printemps

"Cela va être suffisant pour baisser la courbe de nouveaux cas, mais la question est de savoir à quel niveau on sera début décembre", s'interroge Christophe Rapp.

Si le confinement devrait de toute évidence réduire considérablement la circulation du virus, celle-ci restera néanmoins plus forte qu'au printemps dernier, lorsque toute la population avait été confinée. Cette fois-ci, les dérogations sont plus nombreuses et le maintien de certaines activités comme les établissements scolaires ne devraient pas empêcher de nouvelles contaminations.

Alors que les indicateurs épidémiologiques de ces derniers jours témoignent en moyenne de près de 50.000 nouveaux cas quotidiens rapportés positifs, Jean-François Delfraissy estime qu'il s'agirait plutôt de 100.000 cas positifs par jour, entre les personnes diagnostiquées et celles asymptomatiques. Des chiffres qui ne refléteraient donc qu'une partie de la réalité.

Des tensions hospitalières de plus en plus fortes

Autre facteur, et non des moindres: les hospitalisations. Santé Publique France annonce ce vendredi que plus de 22.000 personnes sont hospitalisées en France pour une infection au Covid-19. Un chiffre qui risque bien de doubler dans deux semaines et qui dépassera le record atteint lors de la première vague. De fait, déconfiner plus vite une vague plus haute semble difficile.

Avec 3368 patients en réanimation ou soins intensifs ce vendredi soir, soit 221 personnes en plus en prenant en compte les sorties, la dynamique est décidément mauvaise.

Une prolongation du confinement probable

Face à cette tension hospitalière toujours plus grandissante, comme en témoigne le dernier bulletin de Santé Publique France, notre consultant santé Alain Ducardonnet prédit une stabilisation à l'hôpital au bout de la troisième semaine de confinement. "La courbe du printemps a commencé à s'infléchir au bout du 18e jour. 15 jours-3 semaines c'est le minimum pour permettre aux hôpitaux de survivre", explique notre spécialiste santé.

Reste qu'après cet infléchissement, il faut une amorce de descente, "et on part de haut", constate le docteur Ducardonnet.

"Les quatre semaines c'est bien mais ca ne sera pas suffisant [...] La prolongation du confinement est infiniment probable", conclut le cardiologue.

À titre d'exemple, Israël, également touché par la pandémie, s'est confiné pour la deuxième fois le 18 septembre dernier pour une durée de trois semaines. Bien qu'assoupli depuis mi-octobre, il y est toujours en vigueur.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV