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Covid-19: cinq questions sur les tests sérologiques

Une prise de sang en laboratoire (photo d'illustration) - Maria Tan-AFP

Une prise de sang en laboratoire (photo d'illustration) - Maria Tan-AFP - Maria Tan-AFP

Plusieurs études évaluent actuellement la fiabilité de tests sérologiques en France. A terme, ils devraient permettre de dépister les personnes ayant été atteints du coronavirus, mais aussi de dresser une carte de l'immunité des Français.

Un déconfinement progressif commencera en France le 11 mai. Des campagnes massives de dépistage devraient l'accompagner, notamment avec des tests sérologiques. Laboratoires et entreprises tentent actuellement d'élaborer les leurs, et les premiers pourraient être annoncés cette semaine.

En France, "plusieurs équipes de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Inserm et d’Université de Paris se sont mobilisées pour développer différents tests sérologiques et ont donc réalisé une étude pilote pour évaluer la fiabilité de 4 tests de détection", explique l'Institut Pasteur dans un communiqué.
  • Qu'est-ce qu'un test sérologique?

Les tests sérologiques permettent, grâce à une prise de sang, de déterminer si une personne a développé des anticorps contre le coronavirus, "en d’autres termes, si cette personne a déclenché ou non une réponse immunitaire contre le virus", explique la Haute Autorité de la Santé (HAS). Si oui, cela voudra dire qu'elle a été infectée, et qu'elle est donc supposément immunisée. 

Ces tests, en plus du dépistage individuel, pourront permettre d'avoir une idée sur l'immunité potentielle de la population. "Ce qui sera fondamental, c'est de savoir combien de gens ont des anticorps, quel taux d'anticorps, et est-ce que les anticorps vont être protecteurs. C'est une vraie grande question", expliquait à BFMTV Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine de Strasbourg, à propos de campagnes de tests dans le Grand Est.
  • Quels tests sont fiables?

La HAS a publié un cahier des charges encadrant les modalités d’évaluation des performances de ces tests sérologiques. Elle recommande qu'ils soient évalués par le Centre national de référence des virus des infections respiratoires. Les différents tests développés doivent en effet être validés, afin d'éviter la diffusion de mauvais résultats.

Le gouvernement a régulièrement appelé à la prudence à ce sujet. "Tout le monde souhaite que cela aille le plus vite possible, mais avant de proposer un test massif il faut s'assurer de la validité et de la sensibilité de ces tests", expliquait début avril sur LCI Frédérique Vidal, la ministre en charge de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, "c'est-à-dire être sûr que quand le test est négatif, c'est négatif, et quand il est positif il est réellement positif."

Actuellement, deux types de tests sérologiques cohabitent. Le test ELISA qui permet de détecter la présence des anticorps se battant contre SARS-CoV-2 qui sont "pratiqués dans la majorité des laboratoires d’analyse médicale, décrit l'Académie de Médecine. "Il existe aussi des tests rapides d’orientation diagnostique (TRODs) présentés sous un format unitaire, détectant les anticorps à partir d’une simple goutte de sang en quelques minutes".

  • Comment procèdent les tests en laboratoires?

Le test ELISA (enzyme linked immunosorbent assay) "est très sensible et est utilisé pour détecter et quantifier des substances", explique le site américain d'information médical NCBI, qui le considère comme "l'étalon-or des tests immunologiques". Dans le cas du coronavirus, son rôle est de détecter les anticorps de classes IgM et IgG spécifiques du SARS-CoV-2. Hormis ces deux anticorps, "peu de données sont aujourd’hui disponibles sur la réponse immunitaire dirigée contre le SARS-Cov-2", explique la HAS.

A savoir que les laboratoires tentent de mettre en place d'autres formes de dépistages. L'Institut Pasteur développent actuellement des tests appelés "S-Flow" ou encore "LIPS", qui détectent via d'autres éléments et traces du virus la présence d'anticorps chez les patients.

  • Comment fonctionnent les tests rapides?

Les tests TRODs sont eux réalisés "par des médecins/pharmaciens non-biologistes, infirmiers", explique la HAS. Ils sont réalisés hors laboratoire, "sous la responsabilité de celui qui le réalise, sans compte-rendu de résultat". Il existe également la possibilité d'autotests, directement réalisés par le patient. 

Pour ces tests rapides, une gouttelette de sang récupérée sur une pipette jetable est déposée sur une bandelette, explique au Figaro le Dr Catharina Boehme, directrice de l’ONG Find qui recense l’ensemble des tests de diagnostics dans le monde. "Au-dessus de la goutte de sang déposée, vous mettez quelques gouttes d’un tampon qui est fourni avec le test, et qui contient des réactifs. Ensuite, en quelques minutes, le plasma formera une ou deux lignes colorées selon la présence d’anticorps".

Mais ce test, bien que rapide, a ses limites. Comme le souligne la HAS "l’interprétation des résultats des tests unitaires peut s’avérer problématique et génératrice d’un grand nombre de faux positifs ou de faux négatifs dans ce contexte COVID-19", notamment lorsque le test est réalisé par une personne non-médicale. "La notice explicative doit être très accessible afin d’accompagner le patient dans sa démarche", abonde Catharina Boehme dans Le Figaro.

Par exemple, si on utilise les tests sérologiques trop tôt, avant la production d'anticorps, "le patient pourrait en fait toujours être porteur du virus et contagieux", avait déclaré début avril à l'AFP le docteur Michael Skinner, de l'Imperial College de Londres. 

  • A quoi servent les résultats?

Ces tests, qu'elle que soit leur fiabilité, se confrontent encore pour le moment à une grand inconnue: l'immunité. "Il n’existe pas de preuve démontrant une immunité protectrice contre le COVID-19 induite par des anticorps produits contre le SARS-CoV-2", explique la HAS. L'immunité contractée après avoir été infecté par le coronavirus reste en effet à ce jour supposée.

Ainsi, même si une personne est testée positive, au sens où elle a attrapé le coronavirus et a développé des anticorps, on ne sait actuellement pas jusqu'à quand elle le restera. "Si on est positif on ne deviendra pas immédiatement négatif le lendemain", avait toutefois expliqué à BFMTV Frédéric Altare, immunologiste et directeur de recherche à l'Inserm.

La HAS précise également que "les tests sérologiques ne permettent pas de statuer si la personne est contagieuse ou pas".

Salomé Vincendon