BFMTV

Coronavirus: pourquoi tout le monde n'aura pas le droit à un test de dépistage

Le gouvernement compte lancer une campagne de dépistage massive du Covid-19 en même temps que le déconfinement progressif qui devrait commencer le 11 mai. Mais tous les Français ne seront pas testés.

Emmanuel Macron a annoncé lundi dernier un déconfinement progressif à partir du 11 mai. Ce déconfinement s'accompagnera d'une campagne de dépistage massive. L'objectif du gouvernement est de pouvoir réaliser 500.000 tests par semaine d'ici mi-mai, réservés aux personnes présentant des symptômes et à celles ayant été en contact avec un malade du Covid-19, a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran dimanche.

Après le 11 mai, "si vous êtes porteur de symptômes (...) et que vous voulez savoir si vous êtes malade, ou si vous avez été en contact rapproché d'une personne dont on sait qu'elle est malade, vous pouvez, vous devrez bénéficier de ce test virologique", a assuré Olivier Véran. 

Les tests PCR pour les personnes avec symptômes et les "sujets-contacts"

Les près de 70 millions de Français ne seront donc pas tous concernés par cette mesure.

"Ce n'est pas forcément une chose complètement indispensable de tester les gens, ça dépend quel test on fait également", a expliqué ce lundi matin sur BFMTV Frédéric Altare, immunologiste et directeur de recherche à l'Inserm.

Deux tests sont actuellement prévus pour dépister le Covid-19 chez une personne. D'une part les dépistages PCR, qui se font avec un écouvillon prenant des échantillons dans le nez, et permettent de savoir si une personne est malade au moment où elle est testée.

Ce type de dépistage "ce sera pour des personnes qui ont des symptômes et les sujets-contacts (personnes ayant été en contact avec le malade, ndlr) pour savoir tout de suite qui a le virus qui est en train de se répliquer dans son organisme", explique sur BFMTV Lionel Barrand, président du syndicat des jeunes biologistes médicaux. Cela permettra de "déconfiner et confiner au fur et à mesure les personnes qui seront positives".

Impossible de tester 70 millions de personnes chaque jour

Ces tests seront réservés aux personnes présentant des symptômes car la France n'est pas en capacité de tester des dizaines de millions de Français tous les jours: "Ce serait 70 millions de personnes qu'il faut tester toutes les semaines, parce que toutes les semaines on pourrait attraper le virus. Et ça on n'est pas en capacité de le faire".

"Ce n'est pas parce que le test est négatif aujourd'hui que dans quelques heures il ne sera pas positif", abonde Frédéric Altare. Il faudrait donc "les faire potentiellement tous les jours pour suivre la population, ce qui n'est pas réalisable compte tenu de la population qu'on a en France et du nombre de tests qu'il faudrait faire tous les jours".

Les tests sérologiques pour contrôler l'immunité

Les seconds tests sont les tests sérologiques, qui "vont aller rechercher l'immunité de la personne, c'est à dire: est-ce que la personne a développé des anticorps dits protecteurs contre le coronavirus", explique Lionel Barrand. Il ne s'agit plus d'isoler une personne malade mais de vérifier qui est immunisé après avoir été contaminé, et qui n'a pas développé d'anticorps, et est donc encore à risque.

Même si des questions se posent encore sur la durée de l'immunité après avoir été malade du Covid-19, avec ce dépistage, "si on est positif on ne deviendra pas immédiatement négatif le lendemain", souligne Frédéric Altare.

"Les anticorps se forment au fil du temps, grossièrement il faut un mois pour savoir si ces anticorps sont là et ils signent à ce moment là le fait que la personne a été malade", explique le docteur Alain Ducardonnet, consultant santé pour BFMTV.

Une première vague de dépistage avec des tests sérologique a démarré la semaine dernière dans des Ehpad du Haut-Rhin. Un dépistage qui devrait se développer à d'autres établissements d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes, mais aussi au personnel soignant et plus largement aux personnes à risques.

Il s'agit "d'un réel travail d'épidémiologie permettant à chaque établissement d'avoir une cartographie de son niveau d'immunité", a expliqué la présidente du conseil départemental Brigitte Klinkert lors d'une conférence de presse téléphonique mardi 14 avril.

Toutefois avec les contraintes techniques, une partie de la population restera fatalement à l'écart de ces deux types de tests, comme les personnes asymptomatiques. 

"Il y aura toujours des trous dans la raquette, les formes légères devront être détectées, par contre les formes asymptomatiques là c'est beaucoup plus compliqué", explique Lionel Barrand. 
Salomé Vincendon