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Fiabilité, industrialisation, limite: les enjeux des tests sérologiques

Biosynex a reçu des centaines de milliers de commandes (Photo d'illustration)

Biosynex a reçu des centaines de milliers de commandes (Photo d'illustration) - RIJASOLO / AFP

Jeudi soir, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon a expliqué comment les autorités sanitaires allaient s'assurer de la fiabilité des tests sérologiques pour détecter une contamination au coronavirus. Mais ces derniers ont toutefois quelques limites, auxquelles les autorités devront répondre.

"Cette sérologie, nous l'attendons tous, dans le monde entier", a lancé le ministre français de la Santé, Olivier Véran. Les tests de sérologie, qui permettront de dire si un individu a eu le Covid-19, sont l'un des enjeux internationaux majeurs pour sortir du déconfinement. “La production industrielle a commencé, de très nombreux laboratoires proposent différents tests sérologiques”, a confirmé jeudi soir Jérôme Salomon. Mais ces derniers, qui devront in fine être homologués par les autorités françaises et européennes, ont également des limites.

Déterminer s'il y a eu un contact avec le virus après coup

Basés sur une analyse génétique, les tests nasaux actuels permettent de dire qu'un malade est infecté au moment où on les réalise. Plus légers (une prise de sang suffit), les tests de sérologie n'ont pas le même objectif: ils visent à déterminer après coup si un individu a été en contact avec le virus, et s'il est donc a priori immunisé.

Jeudi soir, lors de son point quotidien, le directeur général de la Santé a expliqué comment les autorités allaient s'assurer de la fiabilité de ces tests:

“On va voir si un test détecte la maladie sur des échantillons de sang anciens (2017-2018). Tous ces tests doivent être négatifs puisque la maladie n’existait pas. Inversement, on va prendre des malades qui ont été objectivement malades, c’est-à-dire avec un test positif, hospitalisé, en réanimation, une infection grave. Puis deux ou trois semaines plus tard, on va utiliser l’échantillon sanguin pour voir si oui ou non ils ont des anticorps, ils doivent avoir des anticorps. Ces tests vont être testés pour voir leur capacité à bien détecter des patients positifs et négatifs”, a détaillé Jérôme Salomon.

Un centre national de référence sera en charge de s’assurer de l’homologation. 

Une technique automatisée

Une analyse a posteriori est d'autant plus importante que de nombreuses personnes ont pu être infectées sans le savoir. Déjà utilisée pour d'autres maladies, la technique de sérologie (de "sérum", partie liquide du plasma sanguin) peut être réalisée de façon automatisée dans n'importe quel laboratoire d'analyses pour déterminer qui peut sortir du confinement, auquel la moitié de l'humanité est aujourd'hui soumise.

"Toute la recherche mondiale est focalisée" sur ces nouveaux tests, pour "les industrialiser le plus vite possible", a confirmé Olivier Véran, en jugeant que cela pourrait prendre "de quelques jours à maximum quelques semaines".

Une "licence" en Italie, un "carnet" en Allemagne

En Italie, le président de la région Vénétie, Luca Zaia, a ainsi proposé d'accorder aux travailleurs une "licence" après le test sérologique, pour certifier qu'ils ne sont pas contagieux. En Allemagne, "une sorte de carnet de vaccination pour les personnes immunisées pourrait voir le jour, qui leur permettrait de reprendre leurs activités", a expliqué au journal Der Spiegel Gérard Krause, du Centre de recherche sur les maladies infectieuses Helmholtz.

Les tests de sérologie ont toutefois plusieurs limites. "Si on les utilise trop tôt", avant la production d'anticorps, "le patient pourrait en fait toujours être porteur du virus et contagieux", prévient le docteur Michael Skinner, de l'Imperial College de Londres. L'autre écueil, et pas des moindres, est qu'on manque de certitudes sur l'immunité qu'il est possible d'acquérir contre le coronavirus. 

"Nous ne pouvons pas être 100% sûrs qu'un test qui détecte des anticorps implique que la personne est immunisée", prévient le docteur Andrew Preston, de l’université anglaise de Bath.

Une estimation enfin fiable du nombre de contaminés

Plus largement, l'enjeu des tests de sérologie dépasse la question du confinement. Ils donneront "une image beaucoup plus précise de l'étendue de l'épidémie dans tous les pays", note l'OMS.

Les tests de sérologie permettront de dire quelle est réellement la proportion de la population mondiale qui a été infectée et est donc potentiellement immunisée, vraisemblablement largement supérieure aux évaluations actuelles. Cela aidera à cerner plus précisément le taux de mortalité du coronavirus, qui ne fait pour l'instant l'objet que d'estimations.

Esther Paolini avec AFP