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Coronavirus: pourquoi la France compte autant sur les tests de dépistage sérologique

Une prise de sang en laboratoire (photo d'illustration)

Une prise de sang en laboratoire (photo d'illustration) - Maria Tan-AFP

Le dépistage sérologique général de la population, évoqué par le gouvernement, présentera de nombreux bénéfices. Il permettra de répondre à plusieurs questions autour de l'épidémie.

Les 67 millions d'habitants que compte la France seront-ils tous dépistés dans quelques semaines? C'est la piste envisagée par le gouvernement. Un dépistage massif de la population, avec une simple prise de sang réalisée par les laboratoires d'analyses, pourrait être mis en place après la période de confinement.

Comme l'a évoqué mardi à l'Assemblée nationale Olivier Véran, le ministre de la Santé, "nous sommes désormais parfaitement mobilisés avec l'ensemble des biologistes de notre pays et du monde entier pour pouvoir (...) développer un test de sérologie pour permettre de déterminer qui a été malade et qui ne l'a pas été par le moyen d'une prise de sang".

Pour l'heure, plusieurs modèles de tests sérologiques, qui permettent d'identifier la présence d'anticorps dans le sang, sont en cours d'expérimentation. Certaines sociétés, aux Etats-Unis et en Chine, en sont même au stade de la production mais pas encore à très grande échelle. 

  • Quelle différence avec les tests PCR?

Quelque 9000 tests de dépistage PCR - basés sur l'amplification du matériel génétique du virus - sont réalisés quotidiennement en France. L'objectif est de parvenir à 29.000 d'ici la fin de semaine prochaine. Ces tests biologiques - par prélèvement de secrétions dans la narine - sont effectués uniquement sur prescription médicale.

Ainsi, seules sont dépistées les personnes présentant des symptômes sévères de la maladie, comme des difficultés respiratoires, ainsi que les professionnels de santé en cas de suspicion. Le résultat permet de savoir si l'ARN du Covid-19 est présent dans l'organisme du patient au moment du prélèvement.

Avec les tests sérologiques, l'objectif est différent. Il s'agit de retrouver des traces d'anticorps produits par le système immunitaire en réaction au coronavirus. La présence ou l'absence d'anticorps permet de savoir précisément qui a été contaminé, y compris des personnes ne présentant aucun symptôme, et qui n'a pas été en contact avec le virus.

  • À quand une généralisation?

Aux États-Unis et en Chine, des entreprises ont déjà commencé à produire des tests de recherche d'anticorps. En France, trois équipes de l'Institut Pasteur travaillent à la mise au point de tests sérologiques.

Celle de Marc Eloit, responsable du laboratoire Découverte de Pathogènes, travaille ainsi à l'élaboration d’un prototype de test appliqué à une enquête épidémiologique. Il a été mis au point en un mois et demi. "On est allé vite, on a beaucoup travaillé, il faut dire qu'il y avait des éléments de motivation indéniables", indique-t-il à BFMTV.com.

L'industrialisation de ces tests - de la phase de développement technique au montage de chaînes de production, en passant par les autorisations réglementaires et les contrôles - n'est pas pour demain, Marc Eloit assure être en capacité de réaliser des tests "dans les prochaines semaines" sur des échelles pilotes, soit "quelques centaines à quelques milliers de personnes".

  • Combien de personnes contaminées?

Pouvoir informer individuellement telle ou telle personne qu'elle a pu être à contaminée et qu'elle n'est plus porteuse du virus n'est pas le seul avantage des tests sérologiques. Ils permettront surtout d'évaluer le degré de pénétration du Covid-19 dans les différentes régions où il circule et, ainsi, l'ampleur de la contamination sur l'ensemble du territoire. Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, avait déclaré mi-mars que le coronavirus pourrait "probablement" toucher plus de la moitié des Français.

"On a travaillé sur un modèle d'analyse qui va déjà pouvoir répondre à des questions essentielles, notamment combien de personnes ont été infectées en France. Et pour cela, on n'a pas besoin de sonder tout le monde", ajoute Marc Eloit, spécialisé dans l'étude du profil des anticorps chez les patients en convalescence.

En ciblant un panel représentatif de personnes, son équipe sera alors en mesure, par extrapolation, d'établir un diagnostic général de la population française.

  • Quels risques après le confinement?

Si ces tests sérologiques devraient ainsi donner une image précise de la contamination de la population française, ils devraient également de mesurer la capacité du Covid-19 à continuer à se propager après la période de confinement. En prenant notamment en compte la fraction de population sans anticorps.

"En moyenne, on considère qu'à partir de 80% d'une population contaminée, le virus ne circule plus. Le R zéro tombe (son taux de contagion, NDLR) alors en-dessous de 1" (quand une personne infectée ne peut en contaminer qu'une autre, NDLR), poursuit Marc Eloit.
  • Contaminé donc immunisé?

L'autre enseignement de ces tests: déterminer dans quelle mesure une contamination passée protégerait d'une exposition future au Covid-19. En moyenne, il faut compter une dizaine de jours après l'exposition à un virus pour que le système immunitaire réagisse.

"Dans la plupart des maladies infectieuses, il faut un certain dosage d'anticorps pour être immunisé, c'est le principe du vaccin. On va pouvoir évaluer la réponse immunitaire au coronavirus. C'est notamment très important pour les personnels soignants."
  • Quel est le taux réel de mortalité?

En obtenant une idée plus précise du nombre de personnes contaminées - les estimations sont largement sous-estimées puisque seules sont dépistées les personnes ayant des symptômes graves - il sera également possible d'estimer son taux réel de mortalité, qui varie d'un pays à un autre.

Avec 22.300 cas et 1100 morts à l'hôpital - qui ne représentent "qu'une faible part de la mortalité", comme l'a mis en garde mardi le directeur général de la Santé - selon les derniers nombres communiqués, la mortalité en France est actuellement de 4,93%.

Céline Hussonnois-Alaya