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Coronavirus: comment les épidémies finissent-elles par s'arrêter?

Le coronavirus vu au microscope

Le coronavirus vu au microscope - HO / BRITISH HEALTH PROTECTION AGENCY / AFP

Le nombre de malades déclarés du Covid-19 augmente chaque jour en France, et l'épidémie continue de s'étendre dans le monde. Selon les schémas traditionnels, après un pic de contaminations, le nombre de malades devrait redescendre. Mais comment ce déclin se produit-il?

Selon un dernier bilan donné lundi par le ministère de la Santé, le nouveau coronavirus a infecté 191 personnes en France depuis fin janvier, soit 61 de plus que dimanche. La propagation du Covid-19 est entrée depuis vendredi en phase 2, ce qui signifie que plusieurs foyers d'épidémie ont été détectés sur plusieurs points du territoire national. "Plusieurs 'clusters' (cas groupés) sont identifiés" à travers le territoire, avait annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran jeudi dernier.

Un pic avant la fin de l'épidémie

D'après les virologues interrogés, il est probable que la France compte 1000 cas d'ici la fin de la semaine. "On rentre dans le phénomène épidémique, on va vivre une ascension", explique sur BFMTV François Bricaire, infectiologue. "Et puis il y aura le pic avant que ça ne redescende. C'est habituel à tout phénomène épidémique dû à un virus respiratoire."
Les différents stades du coronavirus - BFMTV
Les différents stades du coronavirus - BFMTV © BFMTV

Pour mesurer le taux de contagion d'un virus, les scientifiques utilisent un modèle mathématique appelé "R zéro". Ainsi, pour le coronavirus, les estimations donnent un chiffre tournant autour de deux actuellement, ce qui signifie qu'en moyenne une personne contagieuse contamine deux autres personnes. "Il s'agit de chiffres approximatifs pour le moment", précise François Renaud, biologiste de l'évolution, directeur de recherches au CNRS, contacté par BFMTV.com. 

"On peut parler d'une régression de l'épidémie quand le R zéro passe sous le 1", explique-t-il, "quand une personne infectée ne peut en contaminer qu'une autre", le phénomène exponentiel de l'épidémie s'arrête. "L'un des pathogènes les plus contagieux c'est la rougeole, qui est à 12".

L'épidémie peut s'éteindre naturellement

Une épidémie peut s'arrêter de façon naturelle. On peut diviser la population en différents groupes, explique François Renaud: les personnes sensibles (susceptibles de contracter l'agent pathogène de l'épidémie), les résistants (sur qui la maladie n'a pas d'effet), les infectés (qui sont atteints et contagieux), les immunisés (qui ont guéri, et ont développé des défenses immunitaires, une résistance) et les personnes mortes, qui ont succombé à la maladie.

Les personnes concernées par l'épidémie dans cette population sont les sensibles (ou "susceptibles") et les infectés. Quand ils guérissent, "ils entrent dans la catégorie des immunisés, et donc forcément, il y a de moins en moins de matière première pour le virus", explique le biologiste.
L’expérience du SAMU de la Réunion lors de l’épidémie du Chikungunya 2005-2006
L’expérience du SAMU de la Réunion lors de l’épidémie du Chikungunya 2005-2006 © Graphique extrait d'un document du Samu

De plus, chaque pathogène connait une limite environnementale. Par exemple, "le SRAS [Syndrome Respiratoire Aigu Sévère] s’est arrêté il y a quelques années au Vietnam parce que les températures étaient trop élevées pour l’environnement et pour le virus", explique sur LCI le Dr Gérald Kierzek. La limite environnementale du Covid-19 n'est toutefois pas encore connue, rappelle François Renaud.

"Si une personne infectée par ce coronavirus met sa main sur une barre de métro et la contamine, on ne sait pas combien de temps le coronavirus va y survivre pour le moment", explique le biologiste.

Les moyens humains en renfort 

Les moyens humains pour lutter contre l'épidémie, de la prise en charge des malades aux mesures préventives, viennent en fait en renfort de ces entraves naturelles. Les campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière par exemple, permettent de grandement faire diminuer le R zéro concernant cette maladie. Pour le Covid-19, les quarantaines mises en place permettent de limiter la contagion des "sensibles".

"Reste à chaque fois la problématique des porteurs sains, des personnes asymptomatiques qui transmettent quand même la maladie", souligne François Renaud. Étant donné qu'on "ne diagnostique qu'à partir du moment où il y a des symptômes, on ne peut rien faire".

Dans le cas du coronavirus, les patients sont contagieux avant même que les symptômes n'apparaissent, l'épidémie peut ainsi se diffuser de façon silencieuse, et il peut être compliqué de retrouver le patient zéro, à l'origine d'une diffusion. Donc d'encadrer efficacement l'épidémie.

"Même arrêtée, une épidémie peut très bien repartir"

"Quand il n'y aura plus aucun cas déclaré dans le monde, on pourra dire que le virus est éteint", explique François Renaud. Cela étant dit "mise à part la variole que l'Organisation Mondiale de la Santé a déclaré éteinte, d'autres circulent toujours". Par exemple "le virus de la grippe aviaire H5N1 n'est pas éradiqué et continue de se transmettre entre oiseaux".

De plus, les virus "mutent sans arrêt", explique le biologiste, ce qui rend difficile leur appréhension. L'institut Pasteur écrit que le virus H5N1 "a une grande capacité à muter au cours du temps" et que "le risque de voir apparaître un nouveau virus capable de se transmettre d’homme à homme est à prendre en considération" alors que jusque là, cette grippe ne s'est transmise que de l'animal à l'homme.

Le vaccin de la grippe de 2020 est par exemple réalisé sur le virus de 2019, or si le virus a beaucoup muté entre temps, le vaccin sera moins efficace.

Ainsi, "même arrêtée, une épidémie peut très bien repartir", déclare François Renaud. "On arrête l'incendie mais il reste les braises et quelqu'un ou quelque chose peut venir souffler dessus et faire repartir le feu".
Salomé Vincendon