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Coronavirus: est-on immunisé après avoir été guéri?

Une modélisation du coronavirus

Une modélisation du coronavirus - Alissa ECKERT / Centers for Disease Control and Prevention

Les personnes ayant été infectées par le coronavirus "sont sans doute protégées, mais c'est la durée de protection qu'aujourd'hui on ne connait pas", explique une médecin en immunologie sur BFMTV.

Le gouvernement français commence à établir des plans pour une sortie potentielle du confinement, qui pourrait se faire sous plusieurs conditions. Ainsi, depuis plusieurs jours, chercheurs et scientifiques se penchent sur l'opportunité d'un "passeport d'immunité", censé permettre à une catégorie de la population de circuler plus librement. L'idée serait d'autoriser les personnes déjà touchées par le coronavirus, en théorie immunisées, à quitter leur domicile.

"C'est la durée de protection qu'aujourd'hui on ne connait pas"

Mais le SARS-CoV-2 étant un nouveau virus, plusieurs inconnues persistent encore à son sujet. Les personnes ayant été infectées par le coronavirus "sont sans doute protégées, mais c'est la durée de protection qu'aujourd'hui on ne connait pas", a expliqué ce jeudi sur BFMTV le docteur Marina Karmochkine, médecin en immunologie clinique à l'hôpital Georges Popidou à Paris.

"Les anticorps conférés par cette infection vont avoir une capacité protectrice sans doute de quelques mois, mais ça ne sera pas la même capacité protectrice que ce que l'on obtient avec un vaccin", a-t-elle précisé. Les scientifiques en sont encore à l'heure des théories sur le sujet, car "on n'a pas assez de recul pour avoir des chiffres très précis", a-t-elle ajouté.

Selon une étude de l'université de Shanghaï, relayée par Le Figaro, cette immunité pourrait ne pas être uniforme au sein de la population. "Environ 30% des patients guéris ne produisent qu’un faible taux d’anticorps neutralisant", écrivent les chercheurs, qui ont suivi 175 malades.

"Ce virus est très particulier", a abondé Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, sur France 2 ce mardi. "Il semble bien que quand on fait une forme faible avec peu de symptômes voire asymptomatique, la production des anticorps soit retardée, qu’elle ne survienne pas comme d’habitude au bout de deux semaines, mais à J+28, c’est-à-dire beaucoup plus tardivement que d’habitude."

Pour autant, pour le moment, les médecins pensent que les centaines de milliers de personnes infectées "ne se réinfectent pas, en tout cas cette année ne se réinfecteront pas", a expliqué Marina Karmochkine. "On atteindra probablement l'immunité collective cette année, mais après cette première vague épidémique, ce qu'on espère pour l'hiver prochain c'est d'avoir un vaccin contre le coronavirus".

"Il faut entre 50 et 70% de la population immunisée"

L'importance de cette connaissance, c'est la perspective d'une immunité collective de la population, aussi appelée immunité grégaire. C'est le principe selon lequel la propagation d'une maladie contagieuse peut être enrayée si un certain pourcentage des individus en est immunisé, et ne participe donc plus à sa diffusion.

On sait actuellement qu'une personne étant atteinte par le coronavirus infecte deux à trois personnes en moyenne. Selon les modèles mathématiques connus, avec cette transmission "il faut entre 50 et 70% de la population immunisée pour bloquer l'ensemble d'une résurgence d'un risque épidémique dans la population", a expliqué sur BFMTV le docteur Antoine Flahaut, épidémiologiste, professeur de Santé publique à l'université de Genève, en Suisse

Alors, "ces gens qui ne se réinfecteront pas seront la force vive de la nation" a poursuivi Marina Karmochkine. "L'idée c'est que le plus possible de gens aient des anticorps, et là actuellement comme on n'a pas de vaccin, l'idée c'est d'attraper les anticorps après un épisode infectieux".

Hétérogénéité des immunisés en fonction des régions

Cependant, "la participation de l’immunité collective au contrôle de l’épidémie n’est pour l’instant pas prise en compte, dans la mesure où elle est très vraisemblablement inférieure à 15%, y compris dans les zones les plus touchées par la première vague de l’épidémie", écrit dans un avis du 2 avril le Conseil Scientifique.

Il est également fort possible qu'il "y ait une certaine hétérogénéité de cette proportion d'immunisés dans la population en fonction des régions", rappelle Antoine Flahaut. En France, l'Occitanie et plusieurs départements de l'Ouest ont par exemple été beaucoup moins touchés que le Grand Est et l'Île-de-France.

Pour Marina Mouchkine, "il y aura sans doute une prochaine vague dans les régions qui n'ont pas encore été atteinte", et "il est très probable qu'il y ait un réservoir viral encore dans ces régions".
Salomé Vincendon