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Une réforme des retraites polluée par l'affaire woerth

Lors de son intervention télévisée lundi soir, Nicolas Sarkozy devrait tenter de ramener les projecteurs sur la réforme des retraites, éclipsée ce dernier mois par l'affaire Woerth-Bettencourt./Photo prise le 23 juin 2010/REUTERS/Regis Duvignau

Lors de son intervention télévisée lundi soir, Nicolas Sarkozy devrait tenter de ramener les projecteurs sur la réforme des retraites, éclipsée ce dernier mois par l'affaire Woerth-Bettencourt./Photo prise le 23 juin 2010/REUTERS/Regis Duvignau - -

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a fait de la réforme des retraites, qui sera présentée mardi en conseil des ministres par Eric Woerth, le chantier...

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a fait de la réforme des retraites, qui sera présentée mardi en conseil des ministres par Eric Woerth, le chantier phare de la fin de son mandat. Mais elle a été éclipsée par l'affaire Bettencourt.

Le chef de l'Etat devait tenter lundi soir sur France 2 de ramener les projecteurs sur ce texte en s'appuyant sur un rapport de l'Inspection générale des finances, qui blanchit en partie le ministre du Travail du soupçon de conflit d'intérêts.

Les syndicats, très remontés contre le report à 62 ans de l'âge légal de la retraite, ont pris soin d'observer à distance les rebondissements de ce qui est devenu une affaire d'Etat - les liens prêtés à Eric Woerth avec l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt.

Pour eux, la réforme est de toute façon pilotée par l'Elysée et non par le ministre du Travail, même s'il doit la défendre au Parlement et conduit les dernières consultations.

Tous estiment cependant que la tourmente médiatique, politique et judiciaire dans laquelle ont été plongés Eric Woerth et l'exécutif ne restera pas sans conséquences.

Selon un sondage LH2 pour le site internet nouvelobs.com, 57% des Français ne font pas confiance à Eric Woerth quand il nie les accusations portées contre lui.

La présidente de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), Danièle Karniewicz, plutôt bien disposée à l'égard du ministre, veut croire qu'il "reprendra le dessus".

"Mais ça laisse toujours des traces, ce genre de débat", ajoute la responsable du syndicat de cadres CGC.

AJUSTEMENTS POSSIBLES SUR TROIS POINTS

Le secrétaire général de la CGT, qui déplore, comme d'autres dirigeants syndicaux, que l'affaire Bettencourt ait "pris en otage" le dossier des retraites, abonde dans le même sens.

"Ça ne reviendra pas comme avant", estimait Bernard Thibault à la fin de la semaine dernière,

Pour lui, cette affaire alimente un sentiment général d'injustice, lui-même nourri par le projet de réforme des retraites que les principaux syndicats ont de nouveau jugé "injuste" et "inacceptable" le 7 juillet dans un communiqué.

L'essentiel du projet qu'Eric Woerth présentera mardi est connu : relèvement progressif de l'âge légal de 60 à 62 ans d'ici 2018, alignement sur 10 ans du taux de cotisation du secteur public sur le privé et création d'un prélèvement de 1% sur la tranche la plus élevée de l'impôt sur le revenu.

Il reste trois ajustements possibles sur la prise en compte de la pénibilité, les carrières longues et la situation des "polypensionnés" relevant de plusieurs régimes de retraite.

Le ministère du Travail a continué ces dernières semaines à recevoir séparément les syndicats pour en discuter.

Sur ces trois points, "le gouvernement va bouger, sans doute pendant le débat parlementaire", prédit Bernard Thibault.

Pour le reste, notamment le recul de l'âge légal - que Nicolas Sarkozy avait pourtant exclu au début de son mandat - Eric Woerth a averti que le gouvernement resterait inflexible.

LE DOUBLE RENDEZ-VOUS DU 7 SEPTEMBRE

Selon le Conseil d'orientation des retraites, qui associe partenaires sociaux et parlementaires, le déficit des 35 régimes français de retraite pourrait atteindre près de 50 milliards d'euros en 2020 et 100 milliards en 2050 si rien n'est fait.

Les principaux syndicats admettent qu'une réforme est nécessaire. Contrairement à Force ouvrière, la CGT ne demande d'ailleurs pas le retrait pur et simple du projet de réforme.

"Je refuse qu'on s'inscrive dans un schéma du tout ou rien", explique Bernard Thibault. Il n'en dénonce pas moins la démarche du chef de l'Etat et du gouvernement.

"Ils en ont fait une réponse aux marchés, qui attendent d'ici la fin de l'année un gage crédible de réduction des déficits", dit-il. "Ils veulent faire des économies sur les retraites. On n'est pas sur une réforme de société."

La rentrée politique et sociale sera donc marquée par un double rendez-vous, le 7 septembre : à l'Assemblée nationale, où les députés entameront l'examen du texte sur les retraites, et dans la rue, où les principaux syndicats ont convié les salariés à descendre pour tenter de faire fléchir le gouvernement.

"La messe n'est pas dite, surtout après ce qui s'est passé le 24 juin", estime Bernard Thibault, en référence à la mobilisation de 800.000 à deux millions de personnes selon les sources lors de la dernière journée d'action contre la réforme.

Edité par Yves Clarisse