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Un syndicat organise des ateliers en "non-mixité", le gouvernement se tend

Jean-Michel Blanquer

Jean-Michel Blanquer - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Le ministre de l'Éducation nationale s'oppose à l'organisation d'ateliers "en non-mixité raciale" par un syndicat enseignant de Seine-Saint-Denis. Il a décidé de porter plainte.

"Inconstitutionnel & inacceptable." Sur Twitter, Jean-Michel Blanquer est sans détours: le ministre de l'Éducation nationale s'oppose formellement à l'organisation, les 18 et 19 décembre, d'un stage syndical proposant des débats "en non-mixité raciale". "Je condamne avec fermeté le projet d'une réunion syndicale triant les membres sur la base de leur origine", a affirmé le ministre. La section départementale de SUD-Éducation en Seine-Saint-Denis propose en effet deux ateliers réservées aux enseignants "racisés" - comprendre "non-blancs", lors de journées thématiques baptisées: "Au croisement des oppressions: où en est l’antiracisme à l’école?"

"Racisme d'Etat"

Sur son site, le syndicat minoritaire explique le "pourquoi" de ces journées:

"Programmes d’Histoire servant le roman national (...), islamophobie et instrumentalisation de la laïcité: l’analyse du racisme d’État dans la société et en particulier dans l’Éducation nationale s’impose."

Interpellé sur ces journées à l'Assemblée nationale, Jean-Michel Blanquer a annoncé son intention de porter plainte contre la section départementale du syndicat enseignant.

"Puisque ce syndicat a décidé de parler de racisme d'Etat, j'ai décidé de porter plainte pour diffamation à l'encontre de Sud Education 93", a lancé le ministre. "On parle de 'non-mixité raciale', on parle de 'blanchité', on parle de 'racisé', c'est-à-dire les mots les plus épouvantables du vocabulaire politique, qui sont utilisés au nom soi-disant de l'antiracisme alors qu'en fait ils véhiculent évidemment un racisme."

L'extrême droite monte au créneau

Tout en condamnant la "méthode" de ces ateliers, la députée LREM Cécile Rilhac, auteur de la question adressée au ministre, a tenu à se démarquer de l'extrême droite, dont l'activité sur les réseaux sociaux est pour beaucoup dans la naissance de cette polémique. "Je dénonce une forme d’hystérisation et d’instrumentalisation par la fachosphère", a-t-elle précisé dans l'Hémicycle.

Point sur lequel SUD-Éducation 93 s'appuie d'ailleurs pour se défendre. "Il aura fallu attendre dimanche 19 novembre dans l’après midi, et un article paru sur le compte Facebook de 'FdeSouche' (site d'extrême droite, NDLR.), pour que quelques heures après la Licra, puis le lendemain le ministre, reprennent ces propos", peut-on lire dans un communiqué de la section départementale.

Lutte idéologique

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme a en effet dénoncé "une journée de formation sur l'antiracisme avec le CCIF et les compagnons de route des Indigènes de la République".

"Nous refusons d'étiqueter les enfants des écoles de la République et leurs enseignants en fonction de critères dignes d'une exposition coloniale", écrit la Licra dans un communiqué. 

"Les questions abordées par le stage sont des questions essentielles dans l’enseignement aujourd’hui. Il est inutile de nier des questions que les enseignant-es vivent au jour le jour", réplique le syndicat. 

Cette polémique est le théâtre d'un énième affrontement idéologique entre les détracteurs d'un supposé "islamo-gauchisme" d'une part, camp hétéroclite regroupant à la fois l'extrême droite, l'ancien Premier ministre Manuel Valls - qui a félicité le ministre pour sa réaction sur Twitter - et des personnalités réactionnaires comme Caroline Fourest et Alain Finkielkraut, et d'autre part les "antiracistes" marqués très à gauche, à qui sont reprochés des positions jugées communautaristes, voire racistes. 
Louis Nadau