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Second tour des municipales: du côté des maires et candidats, le choix du 28 juin divise

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Le gouvernement a officialisé ce vendredi la date du 28 juin pour l'organisation du second tour des municipales. Maires et candidats sont apparus partagés sur la pertinence de cette date.

Les deux jambes de l'exécutif veulent foncer, chacune pour une raison différente de l'autre, certains maires comptent bien les pousser en ce sens pour mieux leur emboîter le pas tandis que d'autres freinent des quatre fers. C'est le tableau qu'offre la perspective d'organiser le second tour des municipales le 28 juin prochain, comme le gouvernement l'a officialisé ce vendredi par la voix d'Édouard Philippe

La crainte d'une "réaction en chaîne" 

Les candidats et les maires qui se sont relayés sur BFMTV ce vendredi matin ont livré l'image de cette division fracturant le monde des élus. Personnalité politique marseillaise et candidate LR à la mairie phocéenne, Martine Vassal a approuvé l'idée d'un second volet du scrutin fixé au 28 juin: "Il faut qu’on avance. Après ce choc, une réaction en chaîne va faire que beaucoup d’entreprises vont déposer le bilan. Il faut donc que la commande publique soit à l’heure et puisse prendre le relais".

Une campagne réduite, handicapée par les contraintes sanitaires? Pas de problème, selon elle:

"Il peut y avoir des campagnes avec des réseaux sociaux, avec des courriers, donc oui, campagne il y aura. Ce qu’il faut savoir, c’est si les gens peuvent aller voter donc il faut permettre aux personnes qui ont le plus peur et les personnes les plus fragiles de voter dans de bonnes conditions. Il faut développer la pratique, notamment, des procurations, c’est très compliqué de faire une procuration donc il faut l’assouplir."

Une organisation bien "compliquée"

Christophe Bouchet, maire de Tours, voit lui les choses bien autrement: "A titre personnel, c’est une bonne idée car on a envie d’aller vite mais c’est une mauvaise idée pour la société française. Les Français vont condamner cette décision lourdement parce qu’on sait qu’en juin on aura moins d’électeurs qu’en mars. Tous ceux que je croise en ville me disent qu’ils n’iront pas…". Et la date, très rapprochée, n'est pas sans poser des soucis d'intendance:

"Et pour l’organisation ça va être très compliqué. Le Conseil scientifique a publié un avis, un petit oui et beaucoup de mais. Et on doit organiser le second tour là où s’est tenu le premier, dans les écoles notamment, et comment faire une élection avec des masques, reconnaître les électeurs, comment avoir des assesseurs?"

L'ex-président de l'Olympique de Marseille conclut: "Et puis, ce n’est pas le plus important. Si le gouvernement le souhaite on le fera mais la société française n’est pas prête, elle n'en a pas envie."

"On ne pourra pas faire campagne"

Député élu dans le Nord, Sébastien Chenu n'est par définition pas maire, mais le porte-parole a souligné sur BFMTV que son parti, le Rassemblement national, proposait une échéance bien plus tardive.

"On avait proposé mars 2021. Le gouvernement a fait un autre choix, il devra vraiment être à la hauteur si on ne veut pas d’une élection municipale avec 20% de participation", a-t-il prévenu. Ses réserves à l'encontre du 28 juin sont de deux ordres.

"Nous n’étions pas favorables à cette date-là pour des raisons tout à fait objectives. La première ce sont des raisons sanitaires et on voit bien aujourd’hui que le Conseil scientifique n’est pas en mesure d’assurer le déroulement de ces élections dans de parfaites conditions", a-t-il expliqué.

Avant d'ajouter: "La deuxième raison, c’est une raison politique au sens noble, on ne pourra pas faire campagne, on ne pourra pas faire de réunion publique ou de porte-à-porte."

Une décision commune pour l'exécutif mais deux objectifs 

Mais le gouvernement a lui aussi ses raisons de faire son choix. Il en a même tellement qu'elles différent entre l'Elysée et Matignon. Un dîner s'est tenu cette semaine au "Château" autour des deux têtes de l'exécutif et des cadres de la majorité. Et, selon nos informations, Edouard Philippe y a montré sa résolution de solder le scrutin à la fin du mois de juin, d'après un participant à la soirée.

Selon les éléments recueillis par BFMTV, le Premier ministre sait que d'autres noms que le sien circulent pour diriger les destinées du gouvernement après le remaniement qui se profile, sans doute pour le début du mois de juillet. Triompher dans sa ville du Havre, où il est candidat, dès la fin juin lui permettrait de se réfugier à l'hôtel de ville après son départ de Matignon. 

Notre éditorialiste politique, Nicolas Prissette, a cherché à percer les intentions présidentielles: 

"Emmanuel Macron se prépare à ouvrir la troisième phase du quinquennat et entend tourner la page épidémique. Il ne peut pas le faire s’il a en même temps les municipales car tout s’y rapporterait nécessairement. Il veut donc dégager l’agenda pour la rentrée de septembre et donc être capable de reprendre en main ce calendrier politique avec des perspectives qu’il espère tracer vers la fin de son quinquennat."
Robin Verner