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Sarkozy confirme qu'il veut "abroger" la loi Taubira sur le mariage pour tous

Nicolas Sarkozy, lors d'un meeting le 10 novembre à Caen.

Nicolas Sarkozy, lors d'un meeting le 10 novembre à Caen. - Charly Triballeau - AFP

L'ancien chef de l'Etat souhaite "réécrire de fond en comble" la loi Taubira et a pour la première fois parlé d'abrogation. Un revirement mal perçu à droite comme à gauche.

Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de l'UMP, s'est finalement prononcé pour "l'abrogation" de la loi Taubira sur le mariage pour tous après avoir été chahuté pour avoir évoqué une simple "réécriture" de la loi, samedi à Paris, lors d'un meeting de l'association Sens commun. C'est la première fois que l'ancien président emploie le terme d'"abrogation" alors que, jusqu'à présent, il prônait une "réécriture" du texte sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels, principale réforme sociétale de son successeur François Hollande.

"La loi Taubira devra être réécrite de fond en comble", a affirmé Nicolas Sarkozy, devant environ 3.000 personnes, selon les organisateurs. Il a alors été interrompu par de très nombreux participants qui scandaient "Abrogation! Abrogation!" tandis que d'autres le huaient. "Si vous préférez qu'on dise (qu'il faut) abroger la loi Taubira pour en faire une autre... En français, ça veut dire la même chose... Ca aboutit au même résultat. Mais enfin, si ça vous fait plaisir, franchement, ça coûte pas très cher", a fini par dire Nicolas Sarkozy. Il a alors reçu un tonnerre d'applaudissements, déclenchant l'agacement d'Hervé Mariton, également candidat à la présidence du parti, et venu lui aussi livrer sa vision du mariage pour tous.

La gauche l'accuse de rallier "l'ultra-droite"...

Mais ce revirement a provoqué un tollé, à droite comme à gauche. La majorité, d'abord, l'a accusé de céder à la frange la plus radicale de l'UMP. "C'est un coming out homophobe", a dénoncé Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste. Côté gouvernement, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a raillé son prédécesseur, estimant que "lorsqu'on a des convictions, on fait en sorte que la foule s'y rallie, on n'épouse pas les convictions de la foule". Une allusion au fait qu'après son quinquennat, Nicolas Sarkozy s'est targué à plusieurs reprises de n'avoir jamais "cédé une fois à la pression de la rue" durant son mandat.

François Hollande, lui, interrogé sur le sujet alors qu'il était en déplacement en Australie, a refusé de "commenter" ce glissement lexical, cantonnant son rival à sa "campagne interne" à l'UMP pour se situer, lui, dans "l'apaisement" et le "consensus". 

...Et la droite raille un revirement "électoraliste"

Dans un parti divisé sur cette question, il se range ainsi aux côtés de Xavier Bertrand, de Laurent Wauquiez ou d'Hervé Mariton, lui aussi candidat à la présidence du parti, pour qui ce revirement est tout sauf improvisé. "C'est une manoeuvre électorale pour me siphonner des voix", s'énerve le député de la Drôme, opposant résolu au mariage homosexuel. L'ex-président se distingue dans le même temps d'une partie de l'UMP, qu'il s'agisse du favori des sondages pour 2017, Alain Juppé, converti, lui, au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels, ou de l'ancien Premier ministre François Fillon, qui a répété dimanche soir sur BFMTV sa position: abrogation impossible "pour des raisons juridiques", mais réécriture partielle.

De son côté, Bruno Le Maire, seul des trois candidats à la présidence de l'UMP fermement opposé à une abrogation de la loi, s'est félicité dimanche soir sur France 2 de s'en être tenu à ses convictions face aux militants réunis par le courant Sens commun. "Je crois que le courage paye en politique, comme ailleurs. Je crois qu'on a toujours intérêt à défendre ses convictions. Je crois qu'on a toujours intérêt à avoir le même langage devant tous les Français, et pas traiter les Français comme autant de clientèles."

Le député UMP Frédéric Lefebvre, ancien très proche de Nicolas Sarkozy, a porté le coup de grâce en se démarquant très nettement de l'ex-président de la République: déjà "avec le PACS, nous avons collectivement à droite raté le coche de la modernité. Soyons sérieux et sincères. Cessons d'entretenir des débats d'un autre temps."

Alexandra Gonzalez avec AFP