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Revenir en politique: avant Sarkozy d'autres ont essayé (et échoué)

Comment VGE, De Gaulle et Jospin ont-ils négocié leurs tentatives de retour?

Comment VGE, De Gaulle et Jospin ont-ils négocié leurs tentatives de retour? - Images AFP, montage BFMTV.com

Nicolas Sarkozy s’est lancé dans un pari inédit. Jusqu’ici, aucun ancien chef d’Etat n’a réussi à revenir dans la course en dehors du Général de Gaulle, dans des circonstances exceptionnelles.

"Le pouvoir peut agir comme le ferait une drogue en termes d'accoutumance. On n'en a jamais assez", a écrit Nicolas Sarkozy en 2011 dans un livre resté à l'état de manuscrit et auquel Le Point a eu accès. Force est de constater que l'ancien Président est aujourd'hui prêt à replonger. Il effectue en effet son "retour au peuple" jeudi soir lors d'une réunion publique à Lambersart.

Après l'annonce vendredi dernier de sa candidature à la présidence de l'UMP, c'est un retour à l'Elysée en 2017 que vise l'ancien Président. Avant lui, d'autres ont essayé beaucoup ont échoué. Revenir en politique est en effet tout un art qui exige de soigner son départ mais aussi de bien gérer son absence. Les équipes de Grand angle BFMTV ont retracé la saga des retours.

De Gaulle, le seul à réussir

En 1946, le général De Gaulle quitte le pouvoir. Pendant douze ans, il n’occupe aucune responsabilité et va même commencer à écrire ses mémoires à Colombey. "Faut avoir son Latché comme Mitterrand ou son Colombey comme De Gaulle, c'est-à-dire un endroit où on se fait attendre, un endroit pour méditer et réflechir, ce qui ne veut pas dire perdre le contact avec les Français. De Gaulle n'a jamais perdu le contact avec les Français, même en 12 ans de retraite", rappelle Christine Clerc , journaliste qui a écrit notamment Les De Gaulle, une famille française.

"En 1958 plus personne ne pense au général de Gaulle. Six mois avant son retour, sa cote de popularité est à 11% dans les sondages", rappelle Christian Delporte, professeur d'histoire contemporaine, auteur de Come back! Mais un coup d’Etat éclate à Alger, il apparait alors comme l’homme providentiel, le recours de la nation. Dans l'urgences des événements, il donne une conférence de presse restée célèbre pour cette petite phrase: "pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur?"

La tentative de retour par la petite porte de VGE

Un bon retour, c’est tout d’abord un bon départ et sur ce point Valery Giscard d'Estaing a mal négocié le virage. "Le soir de sa défaite en 1981, il est introuvable. Il ne vient pas devant les militants qui l'attendent. Il met plusieurs jours avant de se déclarer", se souvient Christian Delporte.

Et quand il réapparait à la télévision c'est finalement pour faire une déclaration maladroite et qui "alimentera longtemps l'ironie", souligne Christine Clerc. "Je souhaite que la providence veille sur la France", dit-il avant de lancer son "célèbre au revoir" après sept longues secondes de silence.

Valery Giscard d'Estaing a tenté de reconquérir le pouvoir en repartant de zéro. Il se fait élire conseiller général du Puy-de-Dôme en 1982 puis président de la région. Pressenti pour être candidat à la présidentielle de 1988, il y renonce finalement.

Pas assez de preuves d'amour pour Jospin

La sortie de Lionel Jospin a été mal interprétée. "J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie politique après la fin de l'élection présidentielle", lance-t-il le 21 avril 2002. Premier ministre de Jacques Chirac, il ne se qualifie pas pour le second tour de la présidentielle. "Très curieusement il y a une phrase que tout le monde a entendu mais qu'il n'a pas prononcé c'est qu'il quittait définitivement la politique. Il n'a pas dit ça dans son discours", souligne Christian Delporte.

Les années qui suivent, il reste globalement très silencieux, peut-être même trop silencieux mais il se tient prêt. "S'il apparaissait que je suis le mieux placé pour rassembler les socialistes, pour rassembler la gauche, pour rassembler le pays, pour assumer la charge de l'Etat … alors je me poserais la question", déclare-t-il en 2006 au 20 heures de TF1.

"Comme en amour, en politique il faut montrer sa flamme à la personne qu'on aime, il n'y a pas d'amour, que des preuves d'amour", estime Laurent Joffrin directeur de la rédaction de Libération.

Nicolas Sarkozy a lui entretenu son absence de la vie politique en envoyant de nombreuses cartes postales. Il ne s'attaque pas aux élections cantonales comme VGE mais à la présidence de l'UMP. Il a eu de nombreux relais dans la presse contrairement à Lionel Jospin. Reste à savoir si les accents gaulliens de son message Facebook suffiront à lui ouvrir la même voie.

Karine Lambin avec Fabrice Babin