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Retrait de Benjamin Griveaux: vers une américanisation de la vie politique française?

Après la diffusion de vidéos intimes attribuées à Benjamin Griveaux, le candidat LaRem s'est retiré de la course à la mairie de Paris, ce vendredi matin. Et ce malgré l'absence d'éléments illégaux, qui dévoile la vie privée du désormais ex-candidat.

"C'est d'abord ma famille". Benjamin Griveaux a dénoncé ce vendredi "des attaques ignobles" mettant en cause sa vie privée, dans une déclaration à BFM Paris. Des vidéos intimes attribuées à l'ex-candidat de La République en marche ont en effet été diffusées sur un site internet, avant de circuler sur les réseaux sociaux. À un mois du scrutin, l'ex-porte-parole du gouvernement a décidé de se retirer de la course à la mairie de Paris. 

"Un niveau de voyeurisme profondément dangereux"

Les réactions sont unanimes du côté des adversaires politiques de Benjamin Griveaux. Anne Hidalgo, la candidate sortante à la mairie de Paris, a appelé au respect de la vie privée.

"Ce n’est pas digne du débat démocratique que nous pourrions avoir", a-t-elle regretté. 

Dans le même ton, le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a appelé ses ouailles à ne pas se faire le vecteur de ces attaques. "Non, tous les coups ne sont pas permis", s'est-il indigné sur Twitter

De son côté, l'eurodéputé socialiste Raphaël Glucksmann a fait part de sa vive inquiétude.

"Si on continue comme ça on va perdre la démocratie et la République”, a-t-il réagi. "Il y a un niveau de violence inacceptable et un niveau de voyeurisme qui est profondément dangereux, il faut qu’on revienne à quelque chose de beaucoup plus sain."

L'essayiste a également regretté que la vie privée d'un candidat perturbe le débat politique:

"On a le droit d’attaquer les idées, on a le droit d’attaquer les comportements de l’homme public, mais on ne touche pas à la vie privée tant qu’elle est légale.”

Benjamin Griveaux aurait échangé plusieurs vidéos intimes avec une femme, a priori consentante. Un comportement qui n'a rien d'illégal et qui sonne pourtant la fin de sa campagne.

"Bienvenue aux États-Unis!"

Derrière ces réactions unanimes flotte le spectre d'un changement profond de la manière de faire de la politique en France, où jusqu'alors vie privée et vie publique étaient séparées par une digue imperméable.

"L’étanchéité avec la vie privée est à maintenir", défend Sébastien Chenu député du Rassemblement national. "Une société démocratique ne peut pas être une démocratie du trou de serrure. On ne cherche pas élire des Saints mais des gens qui ont des projets, des compétences."

Pour notre éditorialiste Alain Duhamel, "on a visiblement passé un pas".

"Ce qui s’est passé, c’est bienvenue aux États-Unis! Commencer à utiliser les réseaux sociaux pour dévoiler ce qui relève de la vie privée, utiliser la vie privée comme argument politique massif, c’est ce qu’il y a de pire dans la vie politique américaine."

L'affaire rappelle en effet les déboires d'Anthony Weiner, candidat malheureux à la mairie de New York en 2013. Le démocrate avait été épinglé pour des photos à caractère sexuel. À une nuance près: Anthony Weiner avait été condamné par la justice américaine en 2017, reconnu coupable d'avoir envoyé des contenus obscènes à une mineure de moins de 16 ans.

Vers une crise des vocations politiques?

Pour Christophe Barbier, Benjamin Griveaux a tout de même fait l'erreur de "sous-estimer 'l’américanisation' de la vie politique française".

"On ne sait pas d’hier matin que les réseaux sociaux peuvent se retourner contre vous", rappelle l'éditorialiste.

Roger Karoutchi, sénateur républicain des Hauts-de-Seine, observe une détérioration du débat public depuis une dizaine d'année: "On ne parle plus plus de projet, on a plus d’idées fortes. On a un look, on met en avant le côté people!"

"C’est détestable de devoir se retirer d’une campagne pour des raisons pareilles, est-ce qu’il y a besoin d’en arriver là dans le débat public?", s'interroge-t-il.

"Bien sûr il faut être exemplaire, mais la vie intime des politiques est instrumentalisée à des fins de déstabilisation politique sur les réseaux sociaux", regrette notre éditorialiste Bruno Jeudy.

De là à craindre une crise des vocations politiques par peur des "boules puantes", il n'y a qu'un pas qu'ose franchir François Kalfon, conseiller régional d’Île-de-France et membre du bureau national du PS.

"À ce rythme là nous n’aurons plus de classe politique", prévient-il.
Camille Sarazin