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De la fuite de vidéos au retrait de sa candidature, ces deux semaines qui ont précipité la chute de Griveaux

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Les vidéos intimes attribuées au candidat LaREM à la mairie de Paris ont été relayées par un artiste subversif russe, spécialisé dans l'automutilation. Impossible de savoir en revanche comment il a mis la main dessus.

"Coup de tonnerre", "déflagration", "bombe": les termes explosifs sont de sortie après la décision spectaculaire de Benjamin Griveaux de retirer sa candidature à la mairie de Paris. Le candidat investi par La République en marche a été contraint d'abandonner la course après la diffusion de vidéos intimes (et explicites) par un artiste contestataire russe, spécialiste des performances d'automutilation.

Selon nos informations, le candidat aurait lui-même reconnu l'authenticité des vidéos auprès de son équipe de campagne. Ce qui explique la rapidité et la radicalité de sa décision. Pour cela, il a fallu que la pression soit telle qu'il s'y sente acculé. 

Un artiste russe qui entendait "dénoncer l'hypocrisie"

La publication desdites vidéos, elle, date du 1er février. Du moins est-ce la date de mise en ligne de la page créée par Piotr Pavlenski. Controversé, cet opposant à Vladimir Poutine est très suivi par ce qu'on qualifie aujourd'hui de "jeunesse alternative". L'enregistrement de son nom de domaine remonte au 23 novembre 2019. 

Dans son billet, Piotr Pavlenski publie, en plus des vidéos explicites, des SMS supposément échangés entre Benjamin Griveaux et une femme avec qui il aurait entretenu une liaison amoureuse. L'artiste agrémente ces contenus d'un texte mettant en cause un supposé décalage entre la "foi fanatique" du candidat "dans les valeurs familiales" et ses comportements privés. 

Le responsable de l'explosion de cette affaire a reconnu lui-même son rôle dans les colonnes de Libération (qui lui avait consacré un portrait en octobre 2016) ce vendredi. Réfugié en France, il assure vouloir "dénoncer l'hypocrisie" de l'ancien porte-parole du gouvernement et dit avoir obtenu les vidéos via une "source" qui aurait eu une relation avec Benjamin Griveaux.

Son-Forget vend la mèche

Sauf que ce n'est pas par le seul truchement de Piotr Pavlenski que la boule puante a fait son œuvre. Il a fallu un accélérateur, car lorsque le Russe publie les vidéos et envoie le lien de sa page à plusieurs rédactions, ça ne prend pas.

C'est un ancien marcheur qui va changer les choses. Mercredi après-midi, à 18h15, le député Joachim Son-Forget publie un message sur Twitter dans lequel il inclut opportunément le lien vers la page de Piotr Pavlenski.

"J'espère que ces vidéos sexuelles affligeantes incriminant Benjamin Griveaux et une jeune femme seront démenties par l’intéressé et son équipe car une telle diffamation serait extrêmement grave dans la campagne pour Paris", écrit l'élu des Français de l'étranger. 

Il n'est pas le seul à procéder ainsi. Laurent Alexandre, fondateur de la plateforme Doctissimo et proche de la droite hors les murs, a également relayé l'adresse du site de Piotr Pavlenski. À l'inverse de Joachim Son-Forget, il a supprimé son tweet dans la foulée. 

"Ce n'est plus tenable ce coup-ci"

Dès lors, le navire prend l'eau de toutes parts. Les vidéos circulent dans l'ensemble des rédactions parisiennes, sans pour autant que l'information ne paraissent au-delà de quelques excès de zèle çà et là. Dans le camp Griveaux, c'est la panique. Si les vidéos ont un caractère totalement privé, on a conscience que c'est le coup de grâce d'une campagne qui, depuis le départ, a connu trop d'embûches pour imprimer.

Après les aveux du candidat auprès de son équipe, son directeur de campagne, Paul Midy, tente de ramener le calme en conviant une réunion de crise le lendemain matin. Il croit que la situation est rattrapable.

"Nous nous alignerons sur le plan à mettre en place sur base d'une proposition", écrit-il aux poids lourds LaREM qui soutiennent Benjamin Griveaux.

Si certains comme Laetitia Avia et Marlène Schiappa agréent sur le principe à la proposition de Paul Midy, d'autres s'y opposent farouchement. La députée Olivia Grégoire répond "sans moi", la porte-parole Marie-Laure Harel s'insurge:

"Très calmement: je n'enfoncerai personne publiquement, c'est déjà assez violent pour nous tous.... et d'ailleurs on ne méritait pas ça. Comme je l'ai indiqué à Paul, si le plan consiste à continuer avec le même candidat, pour ma part je démissionne du porte-parolat. Ce n'est plus tenable ce coup-ci."

À partir de là, le "staff" se rend à l'évidence, il faut rendre les armes. Benjamin Griveaux, au fil de l'après-midi, est acquis à l'idée qu'il va faire son annonce de désistement le lendemain. Une décision inédite pour une campagne politique de cette échelle.

Au QG, l'ambiance est délétère. Chacun est abasourdi. Le remplacement de l'ex-ministre commence à être évoqué. Parmi les noms qui apparaissent le plus abondamment, il y a la secrétaire d'État Marlène Schiappa, l'élu parisien centriste Pierre-Yves Bournazel et la maire du IXe arrondissement, Delphine Bürkli. Reste à savoir lequel voudra poursuivre une campagne dont les embûches ont été nombreuses dès le premier jour. 

Jules Pecnard