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Municipales à Paris: le chemin de croix de Benjamin Griveaux

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Contraint par une fuite de vidéos intimes d'abandonner la course à la mairie de la capitale, le candidat La République en marche n'aura jamais réussi à s'imposer à tout son camp.

La comparaison avec le Titanic est de mise. Un brin grandiloquente, elle reflète le sentiment catastrophé des équipes de Benjamin Griveaux. Investi par La République en marche pour les élections municipales à Paris, l'ancien porte-parole du gouvernement est contraint de s'effacer après la fuite, sur Internet, de vidéos intimes compromettantes. 

C'est le clou tragi-comique d'une campagne qui, dès le départ, a été lestée par les divisions internes, ravageuses, du mouvement macroniste à la suite du processus d'investiture. Plombé par la candidature dissidente du mathématicien Cédric Villani, Benjamin Griveaux a fait des choix stratégiques qui ont étonné sa propre équipe et qui, in fine, n'ont en rien enrayé son décrochage dans les sondages. Un chemin de croix, du début à la fin.

  • Un processus d'investiture contesté

Dès le départ, les ingrédients étaient là pour compliquer la tâche de l'ancien soutien de Dominique Strauss-Kahn. Bénéficiant de sa proximité avec l'Elysée (il intègre le premier cercle d'Emmanuel Macron à partir de 2015), Benjamin Griveaux était présenté comme le candidat de l'évidence pour Paris. 

Difficile, toutefois, de justifier qu'il ne passe pas par le tamis de la commission nationale d'investiture (CNI) de LaREM. Et, surtout, que d'autres ne puissent pas au moins tenter de lui damer le pion, même si les faveurs élyséennes biaisaient le processus. Plusieurs marcheurs se sont donc lancés face à Benjamin Griveaux, parmi lesquels son ancien collègue du gouvernement Mounir Mahjoubi, le député de Paris Hugues Renson et, surtout, le député de l'Essonne Cédric Villani. Tout au long de la pré-campagne, ce dernier n'a cessé d'afficher sa détermination à bousculer le jeu. 

Le 10 juillet, la CNI choisit finalement d'adouber Benjamin Griveaux... à l'unanimité. Une décision que certains, dans la macronie parisienne, présentent comme le pêché originel du mouvement. En humiliant ainsi les concurrents du favori prédéterminé, en donnant le sentiment de ne leur laisser aucune chance, ses dirigeants ont créé une amertume et rendu très difficile tout rassemblement spontané. La preuve: tout au long de l'été, Cédric Villani entretient le suspense en refusant de se rallier au candidat investi. 

  • Griveaux insulte ses rivaux

Ce faux départ de l'épopée Griveaux est aggravé par une première fuite dans la presse. Le 18 juillet, soit à peine une semaine après son investiture, le site du Point révèle le contenu d'une discussion privée, datant de la pré-campagne, durant laquelle le candidat méprise et injurie ses concurrents. 

"Qui tient (Pierre-Yves) Bournazel par les couilles depuis le début, si ce n'est moi? (...) Cédric (Villani), il n'a pas les épaules pour encaisser une campagne de cette nature. Il ne verra pas venir les balles, il va se faire désosser! (...) Il y a un abruti chaque jour qui dit qu'il veut être maire de Paris. (...) (Hugues) Renson, c'est un fils de pute, on le sait depuis le premier jour", peut-on lire, entre autres, dans la bouche de Benjamin Griveaux. 

Pour ne rien arranger, l'intéressé reconnaît implicitement avoir tenu ces propos en appelant chacune des personnes évoquées pour s'excuser. Y compris la mère de Hugues Renson, croisée lors de la cérémonie de commémoration de la Libération de Paris. 

  • Villani maintient sa candidature

Alors que Benjamin Griveaux tente de redémarrer une machine déjà grippée, tous les yeux sont tournés ailleurs. Candidat déçu, galvanisé par les bons retours du terrain, Cédric Villani décide finalement de se maintenir dans la course. Le 4 septembre, il en fait l'annonce devant la presse après avoir dénoncé un processus d'investiture "vicié".

Dès lors, le candidat "officiel" de LaREM va se voir amputé d'une partie de son électorat potentiel, notamment celui qui penche plus à gauche et qui est sensible aux thématiques écologiques. Qui plus est, la dissidence du mathématicien se voit à moitié validée par le fait que ni l'Elysée, ni le siège du mouvement macroniste ne le désavoue en l'excommuniant. Autre faute originelle que beaucoup de caciques regrettent amèrement.

  • Les sondages ne prennent pas

Deux candidats pour un seul mouvement. Ce scénario ressemble furieusement à une autre farce politique qui s'est jouée à Paris, en 2001, lorsque la droite a lancé Philippe Séguin contre le maire sortant Jean Tiberi, impossible à déloger. Le résultat, c'est que le RPR et l'UDF ont perdu la capitale après 24 ans de domination. 

Pour Benjamin Griveaux, les effets sont ressentis dans les sondages. Il est talonné par Cédric Villani et plafonne à 17% durant l'automne et le début de l'hiver. Il fait alors jeu égal avec Rachida Dati, qui le dépasse de quatre points à partir du mois de janvier. L'ex-porte-parole du gouvernement n'est pas aidé par le fait qu'Emmanuel Macron refuse de rentrer dans l'arène pour afficher le moindre soutien clair. Comme Jacques Chirac en 2001, en somme. 

Cette tape dans le dos finit toutefois par arriver en la forme d'une invitation de Cédric Villani à l'Elysée le 26 janvier. Emmanuel Macron lui demande officiellement de se désister en faveur de Benjamin Griveaux. Quelques minutes après le tête-à-tête, le mathématicien annonce qu'il refuse et acte sa divergence de fond... devant le palais. L'effet est dévastateur aussi bien pour le chef de l'État que pour le candidat LaREM.

  • Les propositions farfelues

Ne se laissant pas abattre, Benjamin Griveaux tente de se démarquer à travers ses propositions de campagne. Création d'une police municipale armée composée de 5000 hommes, construction d'un "Central Park" à la place de la Gare de l'Est, allocation de 100.000 euros aux ménages souhaitant acheter un bien immobilier dans la capitale...

Au cours du mois de janvier, la surenchère est de mise. Surclassé par la candidate Les Républicains Rachida Dati, qui fait un bon début de campagne et réussit à rassembler une droite habituée aux chamailleries vénéneuses, Benjamin Griveaux commence à susciter la moquerie. Rien de pire dans une campagne où on peine, qui plus est, à s'imposer à son propre camp. 

"On aurait peut-être mieux fait d'investir Villani, avec l'appareil de LaREM et sa personnalité il serait à 30%. Griveaux n'aurait jamais eu les couilles de partir en dissidence", raillait récemment un cadre du mouvement. 
  • Le baiser de la mort

C'est lorsque le navire commence à prendre l'eau de partout que le candidat marcheur se voit définitivement condamné à la sortie. Des sondages confidentiels actant la chute de Benjamin Griveaux tournent dans les boucles Telegram de la campagne. Certains voient l'ancien porte-parole du gouvernement arriver six points derrière Rachida Dati, qui a définitivement marqué son territoire sur le centre-droit.

Et puis, c'est la fin. Des vidéos intimes de Benjamin Griveaux commencent à circuler abondamment via les réseaux sociaux le 13 février. Notamment par le truchement de l'ex-député LaREM Joachim Son-Forget, sous couvert d'indignation face à ce qui, encore jeudi, était présenté comme une information potentiellement fallacieuse.

Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'un désastre dont le candidat LaREM ne se relèvera pas et qui obèrent davantage encore les chances de la macronie, pourtant réelles initialement, de planter son drapeau à Paris.

Jules Pecnard