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Quotas d'immigration: le débat relancé

Christophe Castaner

Christophe Castaner - Philippe Lopez - AFP

Le ministre de l'Intérieur a proposé l'instauration de quotas visant à limiter l'immigration dans le dernier numéro du Journal du dimanche. L'ensemble de la classe politique a réagi.

Christophe Castaner a relancé un vieux débat à travers l'entretien qu'il a accordé ce week-end au Journal du dimanche. "La question des quotas pourra être posée dans le cadre du débat pour d'autres modes d'immigration légale", posait-il, excluant en revanche les demandeurs d'asile de ce schéma.

La déclaration a rencontré immédiatement de nombreux échos sur la scène publique. Dès dimanche, sur notre plateau, le maire de Béziers Robert Ménard, classé à l'extrême droite, appuyait: "Je ne suis pas plus royaliste que le Roi; tout ce qui limitera (...) l'immigration de masse est le bienvenu. Est-ce que ça suffit à limiter l'immigration de masse? Je n'en suis pas sûr. Mais (...) j'y suis évidemment favorable."

"Le marronnier de la vie politique"

Au Rassemblement national, cependant, on crie à l'entourloupe. Au sortir du Conseil national de son mouvement à La Rochelle, Marine Le Pen expliquait à l'AFP voir dans la proposition du ministre de l'Intérieur "un moyen d'endormir les électeurs".

"C'est le marronnier de la vie politique, les quotas. Je crois que Nicolas Sarkozy nous avait déjà fait ce coup-là pour essayer de faire passer la pilule d'une immigration légale de plus en plus importante", continuait-elle. 

Ce lundi sur notre plateau, Laurent Jacobelli, membre du bureau national du RN, a creusé le même sillon. "C’est un artifice. Cette idée des quotas pour délimiter le nombre de migrants qui pourraient arriver en France chaque année ne sert absolument à rien car nous n’avons plus de frontière nationale, c’est-à-dire qu’on peut entrer en France sans contrôle", a-t-il lancé. "Le rôle du ministre de l’Intérieur est d’appliquer la loi, pas de proposer des gadgets. Premièrement, tout migrant clandestin doit être renvoyé chez lui. Deuxième cas, tout migrant commettant des délits en France doit être renvoyé chez lui. Troisième cas, tout migrant débouté du droit d’asile doit lui aussi rentrer chez lui", a-t-il encore développé. 

Vers une impasse? 

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice ayant quitté il y a peu le Parti socialiste pour rejoindre une structure proche de La France insoumise, a jugé que la proposition gouvernementale ne répondait pas aux enjeux: "Il ne faut pas qu’on donne l’impression d’avancer des gadgets qui donnent l’impression qu’on s’attaque aux vrais problèmes alors qu’il faut les hiérarchiser."

Chiffrant son propos, elle a poursuivi: "L’immigration pour le travail, c’est autour de 30.000 personnes par an, ce n’est pas le chiffre le plus important, et si on regarde les pays qui ont expérimenté des quotas sur le travail, en l’occurrence le Canada et la Suisse, tous les ont de fait abandonnés."

Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a quant à lui évoqué le sujet ce lundi matin sur Radio Classique: "L'idée de quota défendue par Christophe Castaner n'a aucun sens. L'immigration de travail est déjà contrôlée. La vérité est que le pouvoir glisse vers la droite pour séduire toujours plus un électorat conservateur."

Les associations ont également déploré le retour de ce projet. "C'est triste que les migrants fassent les frais de la bagarre politique entre LaREM et le Rassemblement national", a estimé Christophe Deltombe, président de la Cimade, ajoutant que "le discours est inversement proportionnel à la réalité migratoire". Pierre Henry, directeur général de France terre d'asile, a prolongé "ce n'est pas avec ce débat de posture, que le gouvernement va changer le regard des citoyens sur l'immigration".

Le soutien de la majorité 

Christophe Castaner a toutefois reçu le soutien de sa majorité. Aurore Bergé, députée élue dans les Yvelines et porte-parole de La République en marche, affirmait ainsi ce lundi matin sur BFMTV-RMC: "Sur le droit d’asile, il ne faut pas de quotas. Il n’y en aura pas avec nous au pouvoir. (...) Sur l’immigration économique, des quotas pourraient peut-être être efficaces. Comme ça, les gens voulant venir sauront s’il y a un débouché pour eux."

Robin Verner