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Présidentielle: ménage à quatre inédit à neuf jours du premier tour

A huit jours du premier tour de la présidentielle, tous les sondages s'accordent: les deux favoris, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, voient leur assurance de passer au second tour se réduire. François Fillon reprend des couleurs dans l'opinion, tandis que Jean-Luc Mélenchon poursuit sa marche en avant. L'incertitude autour de l'élection n'a jamais été aussi grande sous la Ve République.

Les sondages jouent tous la même partition à moins de dix jours du premier tour de la présidentielle. Tous instituts confondus, les sondeurs continuent à placer Emmanuel Macron et Marine Le Pen en tête des intentions de votes mais relèvent l'essoufflement de leur dynamique. Derrière eux, Jean-Luc Mélenchon bouscule les schémas attendus et s'invite comme un candidat crédible pour accéder au second tour du scrutin, passant, dans de nombreuses études d'opinions, devant François Fillon, qui pourtant grappille un nouveau pourcentage. Qu'on se le dise, quatre prétendants au duel final de l'élection présidentielle, c'est inédit après 50 ans d'élection du président de la République au suffrage universel. 

Plusieurs sondages, un même tableau (ou presque)

Ce jeudi, un sondage Elabe pour les Echos donnait d'abord la photo suivante: Emmanuel Macron en tête avec 23,5% des intentions de votes, devant Marine Le Pen à 22,5%, puis François Fillon donné à 20%, suivi de près par Jean-Luc Mélenchon à 18,5% et enregistrant la plus forte hausse (+1,5 point depuis le précédent baromètre). Ce vendredi, les contours de la confrontation étaient plus nets encore. Selon Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, Emmanuel Macron et Marine Le Pen font tous deux la course en tête à 22%, malgré une chute de deux points. Jean-Luc Mélenchon les poursuit, fort de ses 20% (+1,5 point), devançant François Fillon (19%, engrangeant une hausse d'un point). Même chose ou presque du côté de BVA pour La Dépêche du Midi, ce vendredi aussi: Emmanuel Macron y est stable à 23%, devant Marine Le Pen qui perd un point, pour se retrouver à 22%. Jean-Luc Mélenchon et François Fillon engrangent un nouveau point, pour s'établir à 20%.

La similitude avec le sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Point ce même jour est frappante. On y voit Emmanuel Macron, donné premier à 24,5% (+1 point), talonné par Marine Le Pen constante à 23%, surplombant de peu Jean-Luc Mélenchon montré à 19% (+1 point) et François Fillon, stable à 18,5% des intentions de vote. 

Les courbes peuvent se croiser à tous moments

A ce niveau, les courbes menacent de se croiser et décroiser à tous moments. "Un déplacement mal organisé, un incident lors d’un meeting, ça peut faire varier les courbes et du coup on a une affiche très incertaine pour le second tour à cette heure", note Damien Fleurot, rédacteur en chef du service politique de BFMTV. Selon Gaël Sliman, président de l'institut Odoxa-Dentsu Consulting, la confrontation pourrait même être plus serré qu'il n'y paraît si l'on prend en considération la marge d'erreur des sondages. 

"Les tendances qui se dessinent montrent que nous sommes dans un match à quatre, un peu comme au catch. Ce qui est inédit dans toute l’histoire de la Ve c’est que quatre candidats peuvent espérer se qualifier, même si l’élection avait lieu demain, compte-tenu des marges d’erreurs. Même François Fillon qui est pour l’instant quatrième, pourrait, s’il avait beaucoup de chances, par grand vent, se qualifier. C’est nouveau. Même en 2002 on avait un triptyque, Jacques Chirac, Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen, et avec deux favoris. Mais un match à quatre, c’est inédit", a-t-il expliqué sur notre antenne ce vendredi, remarquant également: "Jean-Luc Mélenchon est le seul à être sur un mouvement tendanciel durable à la hausse."

L'effet Mélenchon

Serge Raffy, éditorialiste de L'Obs et présent ce vendredi sur BFMTV, explique la bonne étoile du candidat de la "France insoumise" par son bon parcours médiatique: "On est de plus en plus dans une élection présidentielle où le lien entre l’homme ou la femme et le peuple est devenu encore plus important à cause de la puissance des rendez-vous télévisuels". Et cette montée en puissance du député européen est pour beaucoup dans les tendances moins souriantes des campagnes de certains de ses rivaux, a analysé sur BFMTV Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion Ipsos, qui s'est notamment penché sur le cas de Marine Le Pen, qui voit son électorat s'éroder depuis plusieurs semaines

"Marine Le Pen ne fait pas une mauvaise campagne mais elle aussi subit l’effet Mélenchon. Jusqu’ici avec la montée de Jean-Luc Mélenchon et la chute de Benoît Hamon, on avait assisté à des glissements. On passait d’un candidat de la gauche du Parti socialiste à un candidat de la gauche radicale. C’était assez facile de changer."

A présent, la campagne n'en est plus là, et Jean-Luc Mélenchon avance désormais sur plusieurs fronts, menaçant le capital de voix de la présidente du Front national mais pas seulement:

"Aujourd’hui, ce ne sont plus des glissements, ce sont des mouvements très violents. Il y a peut-être 3% des gens qui viennent, on l’a dit de Macron, de Fillon, de Hamon mais surtout qui jusqu’ici préféraient Marine Le Pen, et qui devant les bonnes prestations de Jean-Luc Mélenchon choisissent un vote également radical sans qu’il soit taxé d’extrémisme", a poursuivi Stéphane Zumsteeg.

La remontée contrastée de Fillon, l'énigme Macron

François Fillon connaît aussi un regain dans les études d'opinions. Cependant, selon le sondeur de l'institut Ipsos, sa position n'a rien d'idyllique: "Il va mieux, c’est clair mais il est toujours dans une position où a priori sa qualification pour le second tour sera compliquée mais c’est vrai que, petit à petit, il a récupéré une partie de son électorat naturel qui l’avait abandonné pendant ses démêlés judiciaires. Ce qui revient dans cet électorat, c’est: ‘Vous ne nous volerez pas notre élection’ et il y a un procès en légitimité d’Emmanuel Macron."

La tendance d'Emmanuel Macron est, quant à elle, la plus difficile à lire. Dans certaines études, le fondateur d'"En marche!" enregistre une perte sèche de deux points, tandis qu'il progresse de 0,5%, voire un point dans d'autres, ou reste stable dans un dernier cas de figure.

"Neuf jours, c'est une éternité"

Une chose est sûre: entre le tiers d'électeurs ne se déclarant pas tout à fait sûrs d'aller voter le jour J, et ceux reconnaissant encore qu'ils peuvent changer d'option d'ici au 23 avril, tous les prétendants à l'Elysée disposent encore de réserves de voix. "Aujourd’hui, il y a encore un tiers des gens qui pourtant expriment une intention de votes et nous disent qu’ils sont certains d’aller voter mais qui disent qu’ils peuvent encore changer d’avis", a appuyé Stéphane Zumsteeg.

Le sondeur fait l'addition des facteurs d'incertitudes: "C’est assez inédit d’avoir de tels niveaux à neuf jours du premier tour. Quand vous conjuguez le fait que quatre candidats soient au coude-à-coude, avec un risque d’abstention bien plus élevé que d’habitude, avec cette volatilité de l’électorat, neuf jours c’est une éternité."

Robin Verner