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Présidentielle: François Bayrou cherche à rebondir après l'échec d'Alain Juppé

François Bayrou, président du MoDem

François Bayrou, président du MoDem - PATRICK KOVARIK / AFP

Alors que la défaite d'Alain Juppé lors de la primaire a remis sur la table une candidature de François Bayrou à la présidentielle, ce dernier reste vague sur ses intentions. Le maire de Pau a annoncé qu'il prendrait sa décision d'ici à "fin janvier ou début février".

"Je n’exclus rien, je ne ferme aucune porte". François Bayrou, maire de Pau, a su attirer l’attention sur le plateau du 20h de France 2 ce mercredi. Depuis la fin de la primaire de la droite et du centre et la victoire de François Fillon, la position du président du MoDem quant à la prochaine présidentielle interroge. Ira, ira pas? A l’aube de la désignation du principal candidat de l’opposition, tout paraissait clair: si Alain Juppé triomphait de l’adversité, François Bayrou devait le soutenir mais si Nicolas Sarkozy, qu’il avait appelé à faire battre en 2012, gagnait, il lancerait sa campagne. Seulement voilà, c’est un troisième homme, François Fillon qui a été élu.

François Bayrou isolé

Sur France 2, mercredi soir, François Bayrou a rappelé son "amitié" pour François Fillon mais a déclaré: "Le projet qui est le sien est dangereux". Le chaud puis le froid donc. Invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC ce jeudi, François Bayrou est allé un peu plus loin dans son raisonnement: "Il y a une vague idéologique dans le monde entier qui consiste à choisir l'augmentation permanente des inégalités. Je suis là pour que les yeux des Français s'ouvrent."

S'agissant de sa candidature éventuelle à la présidentielle, il a cependant pris soin de ne pas trop se découvrir: "cette dérision lourde ne peut être prise qu'au terme d'un travail par étape. C'est ce travail que je lance." L'élu a cependant révélé qu'il ferait connaître son choix fin janvier ou début février. 

Mais cette politique de la "porte ouverte" paraît périlleuse. Selon le dernier sondage Elabe pour BFMTV et Les Echos, François Bayrou émarge à 6%, au mieux, des intentions de vote.

Le maire de Pau est loin l’élection présidentielle de 2007 où il était parvenu à faire entendre sa voix et à fédérer le centre pour construire un score de près de 19% des suffrages exprimés. Aujourd’hui, son Mouvement démocrate n’est qu’une composante centriste parmi d’autres, et pas la plus médiatique. UDI et Nouveau Centre refusent de le suivre et les parlementaires de ces formations rechignent moins à rallier le vainqueur de la primaire. Isolé et en manque de troupes, l’attentisme de l’élu palois cache autre chose.

L'appel de Pau

François Fillon veut rassembler en vue de l’alternance? Très bien, François Bayrou aussi. Et il lit dans cette situation le besoin du député parisien de se rabibocher avec lui. L’homme du sud-ouest veut capitaliser sur son poids pour infléchir le programme économique et social à la hussarde de François Fillon.

Ce beau calcul pourrait cependant achopper sur une difficulté majeure: l'indifférence de François Fillon. L'éditorialiste politique de la radio RTL, Alba Ventura, montre du doigt cet obstacle: "François Fillon a une ligne, il n'en bougera pas."

Qu'à cela ne tienne. Interviewé par le site d'Europe 1, le politologue Alexis Massart imagine que l’ancien ministre de l’Education nationale pourrait vouloir passer pour un sage de la vie publique français du fait de son expérience, et essayer d’imposer quelques-unes de ses exigences dans la feuille de route de l’un des candidats. Cependant, un problème demeure, selon l’expert: "Qui aura-t-il en face? Hollande, Valls, voire Montebourg? Stratégiquement, pour lui, le mieux est d’attendre la primaire de la gauche, avant de lancer éventuellement l'appel de Pau."

Ni insulter l'avenir, ni les législatives

L’indécision apparente de François Bayrou a une dernière vertu: faire monter les enchères. Selon le Canard enchaîné, François Fillon n’aurait pour l’heure pas l’intention de laisser plus de dix à quinze circonscriptions au MoDem, sans les choisir parmi les plus faciles de surcroît.

Une offre frugale qui ne rassasie pas les appétits de François Bayrou dont le parti ne compte plus de député depuis le départ de Jean Lassalle en mars.

Robin Verner