BFMTV

Prélèvement à la source: Gérald Darmanin n'a pas le droit à l'erreur

La grande réforme du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, qui porte la mesure, doit désormais assurer le service après vente.

Il est le VRP du prélèvement à la source. Gérald Darmanin, qui porte cette réforme depuis son entrée au gouvernement, est en première ligne avec l'entrée en vigueur de cette mesure, intervenue le 1er janvier. Et pour éviter les fausses notes, le ministre de l'Action et des Comptes publics n'a rien laissé au hasard: 98 millions de courriers envoyés aux contribuables, 70 déplacements organisés partout en France, dont 17 prévus en janvier... L'objectif: promouvoir et faire de la pédagogie sur cette réforme inédite.

Gérald Darmanin était d'ailleurs sur le terrain ce mercredi matin. À BFMTV, le ministre, transfuge des Républicains, explique: "l'impôt à la source c'est une simplification pour les Français et c'est une ligne comme la ligne des cotisations sociales quand vous touchez votre salaire (...) et vous savez, ce prélèvement à la source, c'est comme le téléphone portable, on se demandera comment on faisait avant", a assuré le ministre, tout en expliquant que les agents du service public avaient fait "un excellent travail au profit des Français".

Une réforme à risque

"Il est très sûr de lui, très affirmatif", analyse Christophe Barbier sur notre antenne. "Il sans doute raison de faire confiance à l'administration française, qui a beaucoup travaillé et beaucoup préparé cette mesure", continue l'éditorialiste politique. Selon lui, Gérald Darmanin a en revanche tord concernant le choc psychologique que le prélèvement à la source risque de provoquer chez les Français.

"Pour ceux qui n'étaient pas mensualisés, ceux qui chaque mois vont se retrouver avec moins d'argent parce qu'on vous a prélevé de l'impôt, ça peut amener des comportements de consommation différents", explique Christophe Barbier, qui parle d'une réforme à risque.

Edouard Philippe, qui avait annoncé en septembre le maintien de l'impôt prélevé à la source, après une semaine d'hésitation, avait pour sa part expliqué qu'il ne croyait pas à un effet psychologique de la réforme sur les Français, qui pourraient la considérer comme un ralentisseur de croissance. Pour le Premier ministre, cet impôt, plus simple, doit au contraire permettre aux Français de mieux suivre leur situation financière "au moment T".

Darmanin a convaincu Macron de lancer cette réforme

Cette réforme, important chantier du quinquennat, a pourtant longuement fait hésiter le président de la République. Emmanuel Macron - inquiet que la réforme ne soit pas prête à temps - voyait dans cette annonce le risque de "brûler son capital politique". Jusqu'au dernier moment, le président a failli abandonner le projet. De plus, deux cadors du gouvernement, le Secrétaire d’État auprès du Premier ministre Christophe Castaner (devenu ministre de l'Intérieur) et Jean-Yves le Drian, ministre des Affaires étrangères, s'étaient également montrés hostiles au prélèvement à la source durant l'été.

Mais Gérald Darmanin en a fait une affaire personnelle, tout comme Edouard Philippe. Et après la démission de Nicolas Hulot, le président n'a pas voulu prendre le risque d'un affrontement avec ces deux anciens LR. Mais le fait que Gérald Darmanin se soit battu pour que cette réforme voit le jour implique que le président compte sur lui pour la défendre et qu'elle fonctionne pleinement. Le ministre l'a d'ailleurs sûrement compris: avec le prélèvement à la source, il joue sa place au gouvernement.
Valentine Arama