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Pourquoi l'exécutif ne veut pas précipiter un éventuel reconfinement

Risques économiques, fléau psychologique: les conséquences d'un nouveau confinement pour lutter contre le Covid-19 ont de quoi faire hésiter l'exécutif. Le président de la République, le Premier ministre et le gouvernement sont bien décidés à se donner encore quelques jours de réflexion.

Les déclarations et les confidences se succèdent au sommet de l'État et toutes vont dans le même sens. La décision autour d'un éventuel troisième confinement devra encore attendre son heure, c'est-à-dire en l'espèce, plusieurs jours. Emmanuel Macron, qui se réserve jalousement la prérogative d'annoncer les confinements (il s'était en tout cas chargé d'officialiser les deux premiers), va ainsi garder le silence jusqu'à plus informé.

"Il y a très peu de chances qu'il parle cette semaine", confie ainsi un ministre.

Prudence à tous les niveaux

Il faut dire que le président de la République craint à double titre de demander une nouvelle fois aux Français de rentrer chez eux et d'y rester: d'une part, il redoute les retombées économiques d'une telle option, de l'autre il en appréhende les effets psychologiques. Liée à l'un comme à l'autre de ces volets, l'adhésion des Français pose aussi question.

"Il faut qu'on soit tous très lucide sur l’acceptabilité en baisse: 40% des Français environ sont favorables à un troisième reconfinement", justifie un ministre.

La prudence, donc, est de mise à tous les niveaux de l'exécutif. D'ailleurs, Jean Castex ne parlera pas davantage que son patron cette semaine. D'après ce que son entourage a dit à BFMTV, il n'est pas prévu, à ce stade, que le Premier ministre prenne la parole jeudi, comme il avait été initialement envisagé.

Les chiffres rois

Toutefois, on procèdera tout de même au bilan des quinze jours de l'avancement du couvre-feu à 18h. Une mesure imposée à l'ensemble du territoire depuis le samedi 16 janvier, et dont les premiers effets, s'ils existent, devraient être perceptibles.

"On va mesurer l'efficacité du couvre-feu à 18h à la fin de cette semaine. On aura les données samedi", a en effet glissé Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie ce mardi matin dans Bourdin Direct.

"Avant samedi, sauf accélération ou chiffre statistique qui nous amènerait à reconsidérer la situation, nous prenons les décisions non sous la pression des commentateurs ou de telle ou telle opinion mais en regardant le compteur de la circulation du virus et de la pression sur les réanimations, ce sont nos deux boussoles. Ni excès de zèle, ni laxisme", a-t-elle insisté.

Car le choix, hautement politique autant que sanitaire, qu'opèrera le gouvernement entre un confinement strict, plus léger ou le maintien d'un couvre-feu à 18h devra être clairé, nourri par les chiffres. L'exécutif attend également de consulter à la fin de la semaine les résultats d'une enquête flash conduite ces jours-ci pour jauger la prévalence des différents variants du Covid-19 dans les tests PCR réalisés en France.

L'entre deux

"Les chiffres doivent démontrer la nécessité, on ne peut pas décider de confiner un pays si on ne regarde pas les chiffres", appuie ainsi une source proche de l'exécutif. Or, les statistiques actuelles ne peuvent qu'ajouter au scepticisme et à l'attentisme gouvernementaux.

"La courbe ne baisse pas, elle augmente, même si elle n'est pas exponentielle. La situation n'est pas encore hors de contrôle, le couvre-feu a un effet", juge ainsi un ministre.

Pas de flambée épidémique comme en mars ou octobre 2020, pas de maîtrise du virus non plus: les autorités se débattent dans un inconfortable entre-deux. En parallèle, une large part de la communauté scientifique fait pression pour un reconfinement dit "préventif", moins basé sur l'urgence du moment.

"Ce qui se joue ce ne sont pas les prochains jours, c'est la mi-mars", explique Jean-François Delfraissy.

Comment faire accepter un troisième confinement, après quasiment un an de crise sanitaire sans faire comprendre aux Français qu'il n'y a pas d'autres solutions? Afin de répondre à cette difficile question, l'exécutif a choisi de se laisser quelques jours de réflexion.

dossier :

Reconfinement

Jérémy Brossard, avec R.V.