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Piétonnisation des voies sur berge: le combat d'Hidalgo contre le "tout-voiture" à Paris

La maire de Paris a fait de la lutte contre la pollution liée au trafic routier l'un des axes majeurs de sa politique, suscitant une levée de boucliers, notamment chez les élus de la droite parisienne et régionale.

Le Conseil de Paris se prononce ce lundi sur l"un des "projets phares" de la mandature d'Anne Hidalgo, annoncé pendant sa campagne: la piétonnisation définitive des voies sur berge rive droite, entre le tunnel des Tuileries et le port de l’Arsenal.

Malgré la bronca politique, les pétitions et un avis défavorable de la commission d’enquête publique, la maire de Paris a prévenu: elle ne reviendra pas sur cette mesure, qui s'attaque au symbole de l'époque du tout-voiture des années Pompidou.

Lutte contre la pollution

Dans les pas de son prédécesseur socialiste Bertrand Delanoë, Anne Hidalgo a fait de la lutte contre la pollution, un scandale sanitaire qu'elle juge comparable à celui de l'amiante, l'un de ses chevaux de bataille.

Présidente depuis le mois dernier du réseau C40, qui regroupe 85 métropoles mondiales ayant décidé de mettre en commun leur expérience en matière de lutte contre le réchauffement climatique, la maire de la capitale a déjà pris une série de mesures visant à chasser progressivement les voitures du centre-ville.

Les véhicules trop polluants bannis

Ainsi, depuis le mois de juillet, les véhicules trop polluants n'ont plus le droit de rouler dans la capitale en semaine, de 8 heures à 20 heures. Sont concernés: les voitures particulières - essence ou diesel - immatriculées avant le 1er janvier 1997, les véhicules utilitaires légers d'avant le 1er octobre 1997 et les deux-roues roulant avant le 1er juin 1999. En 2020, promet Anne Hidalgo, l'interdiction de circuler sera étendue à tous les véhicules diesel.

En plus de la "journée sans voiture", dont la deuxième édition s'est tenue ce dimanche en version élargie, la maire de Paris a inauguré, le 8 mai dernier, la piétonnisation des Champs-Élysées, chaque premier dimanche du mois.

Adhésion des Parisiens

Pour l'heure, cette politique visant à rompre avec l'ère du tout-automobile semble obtenir l'adhésion des Parisiens. Selon un récent sondage Ifop commandé par le PS-Paris, ils sont 55% (62% dans les arrondissements centraux) à soutenir le projet de piétonnisation des voies sur berge de la rive droite.

En revanche, cette politique suscite une vraie levée de boucliers, notamment chez les élus de la droite parisienne et régionale. Si l'opposition ne conteste pas la lutte nécessaire contre la pollution, elle redoute l'enfer des bouchons, encore plus polluants, pour les Franciliens qui travaillent à Paris.

Bronca à droite et en banlieue

Début septembre, une palanquée de maires de banlieue ont lancé un appel, aux côtés de l'association 40 Millions d'automobilistes, pour demander à Paris de ne pas passer en force sur ce dossier. Ils déplorent le "manque de concertation" de la maire et une décision prise trop vite sans réelle alternative. Le groupe LR de Paris a proposé un tracé alternatif, "jamais pris en compte", déplore-t-il. L'UDI-Modem, lui, demande des "Etats généraux de la circulation".

Mais cette politique suscite aussi quelques crispations à gauche. Sur la question de la piétonnisation des voies sur berge, le Val-de-Marne, dirigé par le communiste Christian Favier, a exprimé sa "préoccupation" concernant le sort de nombreux artisans et commerçants locaux qui vont livrer à Paris. Enfin, une pétition de l'association "40 millions d'automobilistes" a rassemblé 12.000 signatures.

Caroline Piquet avec AFP