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Philippe défend son action, promet de continuer et dénonce une censure qui vise Macron

Edouard Philippe a répondu vertement ce mardi après-midi à l'Assemblée nationale aux deux motions de censure qui visaient son gouvernement. Il a accusé l'opposition de monter en épingle, à l'occasion de l'affaire Benalla, des "fautes individuelles" pour s'en prendre à Emmanuel Macron à travers son gouvernement.

Edouard Philippe a dénoncé mardi "l'instrumentalisation politique" faite de l'affaire Benalla par les oppositions et a assuré que son gouvernement n'entendait pas "ralentir le rythme" des réformes malgré les deux motions de censure débattues à l'Assemblée nationale. "Vos motions de censure ne sont rien d'autre que des motions de blocage", a tempêté le Premier ministre devant les députés, en fustigeant une "volonté d'atteindre" Emmanuel Macron.

"Ce qui devait être fait a été fait" 

L'affaire Benalla n'est que "l'affaire de fautes individuelles, de compromissions insidieuses et de petits arrangements entre un chargé de mission et des policiers affectés à la Préfecture de police de Paris", a balayé Edouard Philippe, après avoir écouté le patron du groupe Les Républicains Christian Jacob puis le chef de file des députés communistes André Chassaigne (pour le compte du PCF, LFI et PS) défendre chacun une motion de censure. Le premier avait ainsi reproché à "l'affaire Benalla-Macron" de montrer "la dérive monarchique du président Macron", tandis que le second avait notamment accusé "l'exécutif d'avoir menti pour se protéger". "C'est, je l'ai dit, inacceptable", a-t-il poursuivi, mais "ce qui devait être fait a été fait" et "la démocratie a fonctionné", a estimé le chef du gouvernement en évoquant l'ouverture d'enquêtes judiciaire, parlementaires et administrative.

Le Premier ministre a au passage appelé à la "modération" les commissions d'enquête du Sénat et de l'Assemblée en estimant qu'elles débordaient de leurs champs initiaux et entretenaient la "confusion avec le pouvoir judiciaire". Edouard Philippe en a également profité pour railler des "oppositions de rencontre" prêtes à voter des motions communes animées de "l'espoir" supposé "de ralentir le rythme de la transformation du pays". "Nous ne ralentirons pas, nous ne lâcherons rien, nous irons jusqu'au bout de notre projet", leur a répondu le Premier ministre, avant de défendre l'action de son gouvernement depuis un an.

Philippe défend son bilan

"Car enfin, que voulez-vous censurer", leur a-t-il également lancé avant d'évoquer, en s'adressant tantôt aux bancs de droite, tantôt aux bancs de gauche, les ordonnances réformant le code du travail, la réforme de la SNCF, "le redressement de nos finances publiques", "le dédoublement des classes de CP et de CE1 dans les zones défavorisées" ou encore "l'accord sur le zéro reste à charge" sur les soins optiques, dentaires et auditifs. "S'il s'agit aujourd'hui de motions de censure contre tout cela, je vous avoue que je ne crains pas le jugement de notre Assemblée, pas plus que je ne crains le jugement des Français", a-t-il cinglé. 

"A la rentrée, nous n'avons nullement l'intention de ralentir", a-t-il conclu en affirmant que "beaucoup reste à faire", et en citant notamment "la stratégie de lutte contre la pauvreté" ou encore "la rénovation de nos institutions". "Peut-être est-ce précisément ce qui vous inquiète", a-t-il enfin ironisé. Avant le vote des deux motions de censure, les patrons des différents groupes parlementaires ont ensuite défilé à la tribune pour lui répondre. 

La réserve après le discours 

Marine Le Pen, elle n'a pas eu l'occasion de monter ces quelques marches pour s'exprimer devant ses collègues, laissant son lieutenant du Rassemblement national, Sébastien Chenu, prendre la parole au nom des non-inscrits. Elle a en revanche pu réagir aux propos d'Edouard Philippe sur notre plateau.

"Edouard Philippe est venu il y a quelques jours de cela répondre aux questions du gouvernement. Il aurait très bien pu prendre ses distances. Or, il a fait siens les mensonges diffusés par La République en marche et par l’Elysée depuis le début de cette affaire. En cela, il a engagé la responsabilité de son gouvernement tout entier. Il ne peut aujourd’hui venir parler de ‘confusion’ car si confusion il y a, c’est lui qui en est à l’origine", a-t-elle dit. 

Si le chef du gouvernement a blâmé l'opposition et les motions de censure décrites comme des moyens de viser le chef de l'Etat à travers lui, le politologue Stéphane Rozès, enseignant à Sciences Po Paris, a toutefois confirmé sur notre antenne, que c'est bien Emmanuel Macron qui tenait la solution de la crise entre ses mains: "Je crois que tout va dépendre de la capacité d’Emmanuel Macron soit à reprendre la main, soit à clore les choses. Le Premier ministre a dit : ‘Oui, certes, le président de la République ne s’explique pas devant le Parlement, mais il s’est expliqué devant les Français’. Non, il ne s’est pas expliqué devant les Français." 

Rien de rédhibitoire à ce stade pour l'exécutif. Ce mardi en début de soirée, l'Assemblée nationale a, comme attendu, rejeté les deux motions de censure qui lui étaient présentées. 

Robin Verner avec AFP