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Institutrice, catholique, discrète et abonnée aux polémiques: qui est la députée LaREM Agnès Thill?

La députée La République en marche de l'Oise Agnès Thill, le 13 mai 2017 à Paris.

La députée La République en marche de l'Oise Agnès Thill, le 13 mai 2017 à Paris. - Charly Triballeau - AFP

La députée LaREM de l'Oise est de nouveau dans le viseur de certains ministres et de la majorité pour des propos visant le secrétaire d'État Gabriel Attal. Malgré son apparente marginalisation, l'intéressée se dit "très zen".

"Les dernières fois, je ne voulais pas participer à l'hystérie collective, mais là je ne la comprends plus." Agnès Thill a-t-elle définitivement outrepassé son bail au sein du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale?

Mercredi, la députée de l'Oise a déclenché une nouvelle polémique en prenant apparemment pour cible le secrétaire d'État Gabriel Attal qui, le même jour, évoquait son homosexualité et la question de la GPA dans les colonnes de Libération.

Son trait d'ironie - "au moins, la couleur est annoncée" - visait spécifiquement la loi bioéthique que prépare le gouvernement et que le Parlement est censé examiner avant l'été. D'après l'intéressée, le fait qu'un ministre s'exprime publiquement en faveur d'une GPA "éthique" est la preuve que celle-ci entrera bien en vigueur. 

"On n'est même pas encore au stade du débat parlementaire, elle en remet une couche inutilement", soupire son collègue de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau. "Je ne comprends pas pourquoi elle se focalise là-dessus. Je préfère que toutes les sensibilités de la majorité s'expriment, même si on est un peu isolé, mais là, je ne la suis plus", confie-t-il à BFMTV.com. 

Culture de gauche

Le précédent coup de semonce remonte au début de l'année. Réagissant à un rapport parlementaire sur la bioéthique, Agnès Thill écrit en janvier que l'extension de la PMA favoriserait "l'éclosion d'écoles coraniques". Après un nouveau tollé interne, nourri par les députés LaREM les plus engagés sur ces questions, comme Guillaume Chiche, le président du groupe, Gilles Le Gendre, assure que l'intéressée avait toujours "sa place" dans la majorité. Un mois plus tard, elle écope d'une "mise en garde" auprès des instances du parti présidentiel. 

Membre de la commission des Affaires culturelles et éducation, ancienne directrice d'école, Agnès Thill se dit avant tout passionnée des questions éducatives. Un temps encartée au Parti socialiste dans les années 80, elle se défend auprès de BFMTV.com d'avoir la moindre pensée rétrograde. 

"J'ai grandi en Seine-Saint-Denis, mon père est né en 1923, je viens d'un milieu ouvrier, imprégné d'une culture SFIO (l'ancêtre du PS, NDLR). Quand Mitterrand a été élu, j'avais 17 ans, j'ai connu l'époque où Julien Dray a cofondé SOS Racisme. J'étais pour le droit à l'avortement et le mariage pour tous", égrène-t-elle. 

Au sein du groupe LaREM, ses collègues la décrivent comme "très discrète", pas méchante. "Elle n'est pas très impliquée dans la vie du groupe", rapporte Jean-Baptiste Moreau.

À l'époque où il y officiait encore, un ancien responsable des relations presse de LaREM la jugeait "instable psychologiquement". "Elle n'a aucun sens politique, elle dit ce qu'elle pense. On n'arrive pas à l'aider", affirmait-il auprès de BFMTV.com. Et de reconnaître que la majorité n'était "pas fan de la manière dont certains comme Aurélien Taché ou Guillaume Chiche politisent" ses propos.

"On fait le lit du RN"

Interrogée sur le fameux tweet visant Gabriel Attal, la députée de l'Oise invoque le changement opéré par le magazine Têtu dans sa titraille, moins définitive désormais s'agissant des positions du secrétaire d'État. Le sous-titre originel évoquait la possibilité qu'il recourt à une GPA "éthique" avec son compagnon.

"Quand on lit mon tweet avec la nouvelle titraille, on a effectivement l'impression que je m'attaque à son homosexualité. Moi aussi, ça m'indignerait de voir un tel tweet! Gabriel a le droit d'afficher son bonheur", réagit Agnès Thill.

Catholique pratiquante, elle regrette que certains veuillent "lui mettre ça sur le dos" pour la "discréditer". "Ça n'a rien à voir! En faisant voter une loi ouvrant droit à la GPA, au remboursement de la PMA, on fait le lit du Rassemblement national, on favorise la multiplication des femmes seules et on retire aux enfants le droit d'avoir un père", renchérit-elle, invoquant son travail, pendant 30 ans, en tant qu'institutrice auprès de familles en difficulté. 

"C'est dur pour elle"

"C'est compliqué quand tout le monde vous tombe dessus au sein d'un groupe parlementaire. Je pense que c'est assez dur pour elle", reconnaît Jean-Baptiste Moreau. Ce qui ne l'empêche pas de dire que si ses propos sur Twitter reflètent "vraiment ce qu'elle pense, alors elle n'a plus rien à faire sur nos bancs".

L'intéressée, elle, se dit "très zen". Cela s'entend, d'ailleurs. "Et puis, j'ai envie de dire à mes camarades, que ces 'cathos', ils ont voté pour moi. Ce serait bien de ne pas mépriser ceux que je représente, ou alors on est dans la pensée unique", estime-t-elle avant d'évoquer, sans les citer, les militants de La Manif pour tous et leur capacité de mobilisation. 

En juin, si elle est toujours membre du groupe ou du parti à ce stade, Agnès Thill se réserve le droit de voter contre le projet de loi bioéthique. "La charte du groupe LaREM m'y autorise", rappelle-t-elle.

"Et puis, s'ils me virent avant les européennes et avant la discussion sur le texte, la droite se frottera les mains."
Jules Pecnard