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Échaudés par la crise des gilets jaunes, les députés LaREM se préparent aux européennes

L'Assemblée nationale le 18 décembre 2018.

L'Assemblée nationale le 18 décembre 2018. - Lionel BONAVENTURE / AFP

Sans tête de liste ni programme, certains élus de la majorité veulent redémarrer la machine à faire campagne.

"C'est le moment, là. Faut qu'on arrête de se planquer." À trois mois du scrutin des européennes, le groupe La République en marche à l'Assemblée nationale est dans une sorte de flottement. Certains s'impatientent, ont besoin de réponses, d'un cap. Quelle tête de liste pour le mouvement présidentiel? Quel programme? Quelles perspectives offrir aux électeurs, dans une période monopolisée par le mouvement des gilets jaunes et le grand débat national

"C'est le secret le mieux gardé de l'Assemblée", s'amuse une députée LaREM, qui comme d'autres s'interroge sur la stratégie que veut mettre en place l'exécutif. Et, surtout, comment celui-ci compte inclure sa majorité parlementaire dans le processus. "On est un peu lents au démarrage, de toute évidence", reconnaît-elle auprès de BFMTV.com.

L'hypothèse Loiseau

Pour l'heure, rien n'est fixé, hormis un créneau d'annonce, celui de la fin février, conformément à ce qu'a dit le délégué général du parti, Stanislas Guerini. Ce qui n'empêche pas plusieurs noms de circuler pour chapeauter la liste LaREM, à commencer par celui de Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes. Une hypothèse que l'intéressée a pourtant démentie.

"Le calendrier n'a pas changé. Personne n'a connaissance des propositions de campagne, mais je pense que le timing est le bon", affirme la députée des Hauts-de-Seine Laurianne Rossi. "Ceux qui s'inquiètent de la composition de la liste sont les mêmes qui, pour les législatives, estimaient qu'on était trop en retard sur l'annonce des candidatures", ajoute-t-elle.

"Rien ne nous empêche d'agir localement"

"Le hold-up du siècle, on ne le fait qu'une seule fois", tempère un pilier du groupe en se référant, justement, aux campagnes victorieuses d'Emmanuel Macron et de son équipe en 2017. "Il faut absolument qu'on retourne sur le terrain. Notre problème, c'est de vaincre le parisianisme", ajoute-t-il.

Une députée francilienne abonde: "Si on ne retourne pas sur le terrain, si on se laisse piéger dans le 'pour ou contre Macron' sans défendre des propositions concrètes sur l'Europe, si on ne se base que sur le discours du Président à la Sorbonne, on va se prendre une tôle." 

Laurianne Rossi estime que la plupart de ses collègues "n'ont jamais délaissé le terrain". "Pendant notre 'Grande marche pour l'Europe', on a tout de même frappé à 200.000 portes, ce n'est pas rien. Et puis ce sera une campagne courte, ne l'oublions pas. Après, l'attente n'empêche pas les députés d'agir localement. Dans mon département, on tient une réunion publique sur l'Europe chaque semaine", assure-t-elle auprès de BFMTV.com.

"Les dés roulent toujours"

La députée LaREM n'évoque qu'un regret: l'absence de contact entre le palais Bourbon et les parlementaires français envoyés à Bruxelles. "Les liens sont trop distendus, ils ne nous convient jamais. On fait campagne pour les envoyer au Parlement européen, puis on ne les revoit plus. Ils ne rendent aucun compte aux Français. Il faut changer cela", estime-t-elle.

Plus que tout, certains membres du groupe veulent riposter après la vague de menaces et d'intimidations subies durant la crise des gilets jaunes. "J'espère qu'ils présenteront au moins une liste aux européennes. Parce que j'ai vraiment envie de leur casser la gueule, politiquement", gronde un député marqué par les récents actes de violences. Estimant que le mouvement a été noyauté par des personnes aux motivations dangereuses, il ajoute, avec un brin d'optimisme:

"J'ai la certitude que malgré les circonstances, les dés roulent toujours. On peut sortir en tête aux européennes, mais ça ne dépend que de nous." 

Selon un sondage OpinionWay publié le 1er février, LaREM et le Rassemblement national sont au coude-à-coude pour le scrutin du 26 mai, avec 20 et 22% d'intentions de vote respectivement.
Jules Pecnard