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"À chacun sa définition de l'éthique": exclue du groupe LaREM, Martine Wonner persiste et signe

La députée LaREM Martine Wonner à l'Assemblée nationale.

La députée LaREM Martine Wonner à l'Assemblée nationale. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Convoquée par les instances dirigeantes de la majorité après avoir voté contre le plan de déconfinement présenté par Édouard Philippe, la députée du Bas-Rhin a réagi auprès de BFMTV.com, maintenant ses critiques vis-à-vis du gouvernement.

La première chose qu'elle nous fait remarquer, en souriant, c'est que la liste des marcheuses ayant subi le même sort qu'elle s'allonge.

"Les seules à avoir été convoquées devant le bureau du groupe LaREM, ce sont des femmes! J’attends par exemple que M. Villani le soit également", ironise-t-elle. 

La majorité compte donc un membre de moins. Convoquée par les instances dirigeantes du groupe La République en marche, la députée Martine Wonner en a été exclue ce mercredi. La conclusion d'un psychodrame qui a débuté lorsque l'élue du Bas-Rhin s'est singularisée, le 28 avril, en votant "contre" la déclaration d'Édouard Philippe sur le déconfinement. Elle fut la seule députée LaREM à le faire, les quelques autres marcheurs timorés ayant choisi de s'abstenir. 

"Martine Wonner, seule dans son cas, a décidé de s'affranchir du principe de solidarité avec le gouvernement", alors que "le plan de déconfinement représente un moment crucial pour notre pays", a affirmé le groupe dans un communiqué.

"À chacun sa définition de l'éthique"

Habituée à prendre des positions dissonantes par rapport à ses désormais ex-camarades, Martine Wonner n'est pas surprise de ce dénouement. Dès le 28 avril, lorsque la convocation lui a été adressée par Gilles Le Gendre, le patron de la majorité, elle pressentait auprès de BFMTV.com que ce genre d'initiative ne se prenait pas "sans arrière-pensée". 

"En relisant la déclaration politique du groupe, je ne vois pas sur quelle ligne j'aurais pu sauter", maintient-elle toutefois. "Est-ce que tout le monde est logé à la même enseigne? J'ai du mal à voir les arguments en faveur de mon exclusion."

Dans le règlement intérieur du groupe, il est écrit que ses membres "se doivent de manifester (...) une solidarité" et "s'engagent à appliquer une discipline de vote, hormis sur les questions d'éthique". 

"À chacun sa définition. Quand on est à 25.000 morts, mon choix et ma réflexion entrent totalement dans ma vision de l'éthique. Gilles m'en a donné une autre, m'a parlé de bioéthique, bon... Après tout, les règlements sont faits pour convenir à certains et pas à d'autres", philosophe-t-elle. 

Plus que 296 sièges LaREM

Dans une ambiance plutôt calme, quatre députés ont pris la parole durant la session, en visioconférence: Sylvain Maillard, Roland Lescure et Véronique Hemmerer d'abord, pour justifier l'exclusion. Le député de Paris Hugues Renson, lui, a pris le parti opposé, dénonçant ce choix.

"Il s'est lancé dans une très belle défense de la vie parlementaire et du travail parlementaire", lui sait gré Martine Wonner,

Les loyalistes du groupe, visiblement, ne la regretteront pas.

"Elle s'est volontairement mise en marge. Voter contre le plan de déconfinement est un acte politique qui ne pouvait rester sans conséquence politique. Vue la période, c'était comme voter la censure du gouvernement", tranche durement un pilier du groupe auprès de BFMTV.com.

Pour LaREM, en tout cas, cette nouvelle exclusion amène son nombre de sièges à l'Assemblée nationale - en comptant les apparentés - à 296. Soit 7 de plus que la majorité absolue dans l'hémicycle. De quoi valoriser un peu plus encore l'appoint essentiel que représentent les 45 membres du groupe MoDem. Au tout début de la législature, les marcheurs débarquaient au Palais-Bourbon forts de 314 députés. 

"Lavage de cerveau"

Plutôt apaisée, l'intéressée se dit avant tout concentrée sur ses actions de terrain, où elle se prévaut de son expérience en tant que médecin psychiatre. 

"Il n’y a qu’à mes électeurs que je dois rendre des comptes. Les gens ont raison de dire que j’ai été élue en 2017 grâce à la photo de Macron sur mon affiche de campagne. Personne ne me connaissait avant, j’ai l’humilité de le dire. Mais ce que je peux dire aussi, c'est que pour chaque critique dont je fais l'objet, j’ai 100 messages de soutien", affirme-t-elle. 

D'après la députée du Bas-Rhin, LaREM se trompe "depuis le début" sur la manière de faire de la politique. Elle a déjà saisi maintes occasions de l'exprimer.

"Il y a un lavage de cerveau qui nous empêche de penser ou agir différemment. Je pense que je suis légitime dans le champ de la santé, et c’est ça que ces gens n’acceptent pas", juge-t-elle, visant la macronie.

Bientôt au groupe PS? 

Pour la suite, l'élue alsacienne se "laisse le temps de réfléchir".

"J’attends qu’on m’appelle! Je ne vais pas être dans une démarche proactive, j’ai trop de choses à faire. Mon souhait, c'est de rester en phase avec mes valeurs", insiste-t-elle. 

Autrement dit, aux membres des groupes socialiste ou Libertés et Territoires, refuge d'autres ex-LaREM issus de son aile gauche, de la contacter. Au groupe Libertés et Territoires siège par exemple l'écologiste Matthieu Orphelin, dont elle est proche politiquement.

"Matthieu et moi avons des combats communs", rappelle celle qui, au sein de la majorité, co-animait le "collectif social-démocrate".

Son exclusion permettra-t-elle de mettre sur pied ce fameux 9ème groupe parlementaire que certains évoquent depuis l'automne dernier? En attendant, Martine Wonner souhaiterait pouvoir faire partie des 150 députés autorisés à faire leur retour dans l'hémicycle à partir du 11 mai:

"J'ai fait acte de candidature, mais je n'ai pas été retenue. En tout cas pour l'instant..."
Jules Pecnard