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"Mini-Calais" partout en France: la droite vent debout contre la répartition des migrants en régions

Pour démanteler la jungle de Calais, le gouvernement prévoit un plan de répartition des migrants en régions. A droite, des élus s'indignent de la mesure prise, assurent-ils, sans concertation.

Certains voient déjà des "petits Calais" ou encore des "micro-jungles" s’implanter un peu partout en France. Depuis l’annonce par le ministère de l’Intérieur d’un plan de répartition des migrants de Calais sur tout le territoire, des élus locaux dénoncent une mesure qu'ils jugent autoritaire.

Les migrants de Calais répartis dans 11 régions

Mardi, Le Figaro a dévoilé un plan national de répartition des 12.000 migrants de la jungle de Calais dans différentes régions de France. Chacune des onze régions sélectionnées se voit attribuer un certain nombre de réfugiés, à l’exception de l’Ile-de-France "particulièrement tendue sur la question de l’hébergement" détaille le document, et de la Corse.

D'ici à la fin de l'année, 9.000 places d’hébergement en centres devront être créées. Ces places "sont de deux natures différentes", explique Pierre Henry, le président de France terre d’asile. Les migrants seront répartis dans des Centres d’accueil et d’orientation (CAO), où l’hébergement dure entre trois et six mois, ainsi qu’en Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), une solution "pérenne avec une aide sociale et familiale", poursuit Pierre Henry.

Les préfets en charge

Pour trouver des places d’hébergement supplémentaires, les préfets sont en charge "d’expertiser quels sites pourraient accueillir des migrants" et "localement, les négociations peuvent être entamées dès aujourd’hui avec la Poste, EDF et les Villages vacances", poursuit le document cité par l’AFP. La répartition se fait selon un "critère démographique pondéré par les efforts faits par chaque région".

Ainsi près de 1.000 nouvelles places sont demandées à la région Hauts-de-France, quand la Bretagne doit en ouvrir 760 et la région Auvergne-Rhône-Alpes 1.784, selon les chiffres consultés par Le Figaro.

Wauquiez promet des "recours en justice"

Vent debout contre la mesure, Laurent Wauquiez s’est indigné mercredi sur BFMTV d’un "plan caché, fait dans le dos des élus et des habitants". Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes explique sa colère:

"Ce plan est une folie, on ne résout pas Calais, on va créer des Calais partout en France. Ça va créer un appel d’air pour l’immigration clandestine". L'élu Les Républicains prévient qu’il compte "organiser la mobilisation".

"Partout où les préfets chercheront à passer en force, on sera aux côtés des élus, des habitants". Laurent Wauquiez évoque des "recours en justice, notamment parce que ça peut aboutir à des situations explosives à certains endroits".

"Irresponsable" et "indigne"

Pierre Henry, président de France terre d’asile, interrogé par BFMTV.com, juge ces déclarations "indignes". "Laurent Wauquiez est irresponsable de tenir ces propos", ajoute-t-il.

"Les responsables politiques doivent apaiser les choses et ne pas souffler sur les braises, sinon ils seront tenus pour responsables des éventuels dérapages".

Devenu élément de langage, le concept de "mini-Calais" a été repris par Valérie Pécresse, Christian Estrosi, qui parle lui de "micro-jungles", ainsi que par Eric Woerth. 

Des "mensonges" pour Cazeneuve

Philippe Richert, président LR de la région Grand Est, qui devrait accueillir 1.332 migrants, nous assure: "C’est par la lecture du Figaro que je l’ai appris". "Sur cinq millions [d’habitants de la région, Ndlr] c’est très peu mais ces personnes qui viennent de Calais ne veulent pas nécessairement rester en France".

Selon lui, les migrants de Calais seraient majoritairement motivés par un passage vers l'Angleterre. Un argument soutenu aussi par Laurent Wauquiez et qualifié de "mensonges" par Bernard Cazeneuve. Selon le ministre de l’Intérieur, "80% [des migrants de Calais] relèvent d’un statut de réfugiés".

"A titre personnel, je vois mal comment cela peut fonctionner", assure Philippe Richert, estimant que la répartition va créer "des migrations secondaires". Selon lui, il est nécessaire de "d’abord regarder comment on peut faire avant de faire les annonces". 

Plus de 300 centres sur tout le territoire

Des CAO et des CADA existent déjà dans toute la France. Depuis octobre 2015, 102 centres d’accueil et d’orientation ont été créés. En 2011, le pays comptait 271 centres d’accueil de demandeurs d’asile, selon l’Office français de l’immigration et de l’intégration. "A Avranches [en Normandie, Ndlr], ça fait six mois qu’il y a un centre", explique Pierre Henry, de France terre d’asile. "Une partie de la population a été chauffée à blanc par la droite extrême et était très inquiète, mais ça se passe très bien", détaille-t-il.

Un constat partagé par Marie Beunas-Guerrée, co-présidente du Réseau de soutien aux migrants de l’Yonne. Si "des migrants de Calais sont déjà venus puis sont repartis", d’autres "veulent rester et prennent des cours de français", assure la bénévole à BFMTV.com. Elle regrette ce choix "de la manière forte" qui "risque de crisper les élus et les citoyens".

Mélanie Longuet