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Martine aubry se recentre au ps pour rebondir

Alliée à l'aile gauche du Parti socialiste pour y prendre le pouvoir, Martine Aubry recentre son discours sur les retraites pour renforcer l'image de la "gauche crédible" qu'elle veut incarner avant la présidentielle de 2012. /Photo prise le 28 avril 2010

Alliée à l'aile gauche du Parti socialiste pour y prendre le pouvoir, Martine Aubry recentre son discours sur les retraites pour renforcer l'image de la "gauche crédible" qu'elle veut incarner avant la présidentielle de 2012. /Photo prise le 28 avril 2010 - -

par Laure Bretton PARIS (Reuters) - Alliée à l'aile gauche du Parti socialiste pour y prendre le pouvoir, Martine Aubry recentre son discours sur...

par Laure Bretton

PARIS (Reuters) - Alliée à l'aile gauche du Parti socialiste pour y prendre le pouvoir, Martine Aubry recentre son discours sur les retraites pour renforcer l'image de la "gauche crédible" qu'elle veut incarner avant la présidentielle de 2012.

Ajustement de communication ou stratégie électorale, le premier secrétaire du PS insiste désormais sur le fait qu'il sera inévitable de "travailler plus longtemps" et que sa formation ne prône pas le retour à l'âge légal du départ à la retraite à 60 ans pour tout le monde si elle arrive au pouvoir.

En mai, le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, à qui Martine Aubry dispute le statut de meilleur présidentiable de gauche, avait tancé un PS obnubilé selon lui par le "dogme" des 60 ans, alors que le gouvernement entend porter l'échéance à 62 ans.

Martine Aubry lui avait indirectement répondu en déclarant dans une interview publiée le 23 mai par Le Parisien que le PS reviendrait aux 60 ans s'il revenait aux affaires en 2012.

"C'est injuste (...) et en plus cela ne règlerait qu'une partie des déficits du système de retraite, et pas la plus grande", avait-elle déclaré.

Même s'il dément tout "changement de braquet" de la maire de Lille, son entourage parle d'"ambiguïtés" sur ce point et affirme qu'il faut "éviter qu'on nous accroche l'étiquette 'irréaliste' dans le dos" dans la perspective de 2012.

La contre-réforme des retraites, approuvée par tous les courants internes en mai au terme de longues négociations, acte l'allongement de la durée de cotisation mais "la droite nous matraquait sur le mode: ils sont barjots, ils veulent obliger tout le monde à partir à 60 ans", explique un membre de la direction du PS. "Cela n'a jamais été le cas".

"(Nicolas Sarkozy) voudrait une opposition qui dit n'importe quoi, qui soit irréaliste, mais les Français savent que nous savons gérer", a fait valoir l'ancienne ministre des Affaires sociales mardi à Roubaix lors d'un meeting sur les retraites.

"LE MAUVAIS PLI EST PRIS"

"Il va falloir travailler plus longtemps, nous en sommes bien d'accord", répète-t-elle dorénavant, défendant une réforme "équilibrée": un tiers de mesures d'âge, un tiers de mesures fiscales et un tiers de réforme de société - un argumentaire qu'elle n'avait jamais utilisé jusqu'alors.

Pas question non plus de nier l'état désastreux des finances publiques de la France: les mots rigueur et austérité font de plus en plus partie de son vocabulaire - un changement sémantique qui hérisse la gauche du PS.

On assiste à la "première étape du recentrage de la première secrétaire candidate", analyse un proche du porte-parole du parti, Benoît Hamon. "On savait que ça allait arriver mais la rapidité avec laquelle elle enclenche la deuxième est un peu déconcertante", déplore-t-il.

Le nouveau discours de Martine Aubry a en revanche les faveurs des partisans de Dominique Strauss-Kahn, qui saluent un retour au réalisme.

"On sait tous qu'on ne peut pas sauver le système de retraites sans mesures d'âge", explique François Kalfon, secrétaire national aux études d'opinion. "Penser qu'on gagne une présidentielle par la gauche, ça n'a plus cours."

Mais cet exercice de réalisme ne suffira pas, estime-t-on parmi les proches du patron du FMI. "C'est comme en repassage, le mauvais pli est pris" pour Martine Aubry, prisonnière de l'aile gauche du PS, juge-t-on, sondages à l'appui.

Selon une étude Ifop sur les qualités comparées de Martine Aubry et de Dominique Strauss-Kahn, la première comprend les problèmes des Français et incarne les valeurs de la gauche quand le second a l'étoffe d'un président de crise.

Toutefois, souligne Jean-Daniel Lévy, directeur adjoint de l'institut de sondage CSA, "la présidentiabilité ne se structure pas uniquement sur la crédibilité".

"Il faut un petit supplément d'âme", estime l'analyste. Et sur ce terrain, la maire de Lille a pris de l'avance en lançant en avril son idée d'une société du "Care", du soin et de l'attention à l'autre.

"Ta société du bien-être, il faut en parler plus", lui a intimé un militant mardi à Roubaix.

Edité par Yves Clarisse