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Loi travail: le "cocktail explosif" de la rentrée

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - Michel Euler / POOL / AFP

Si la méthode gouvernementale a pour l'instant évité que les discussions sur la loi Travail ne s'enveniment, Emmanuel Macron pourrait être confronté à la colère sociale à la première étincelle.

Surtout, ne pas commettre les mêmes erreurs politiques que pour la loi El Khomri. C'est avec cette idée fixe qu'avance le gouvernement dans son projet de réforme du code du Travail, dont il présente les grandes lignes ce lundi aux organisations syndicales. Si les précautions de l'exécutif ont pour l'heure permis d'éviter la détonation, la partie est loin d'être gagnée.

"Le gouvernement aurait tort d’être trop rassuré", confirme notre éditorialiste Christophe Barbier. Le risque politique, c’est l’accumulation de colères sociales possibles, qui vont de la réforme des APL mal emmanchée jusqu’au choc de l’annonce des ordonnances. Tout cela peut faire un cocktail explosif."

"Bras de fer il y aura", prédit Christophe Barbier. Jusqu'ici, "la stratégie de Muriel Pénicaud reste la même: on montre ce que l’on veut à qui l’on veut de ces fameuses ordonnances." La ministre du Travail s'applique en effet à recevoir les syndicats un par un pour négocier. "C’est une manière d’émietter le débat et d’éviter la polémique", analyse notre éditorialiste. Mais le texte n'échappera pas à "un moment de solennité", au cours duquel Emmanuel Macron devra abattre ses cartes. 

Premier vrai test

Pour Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof interrogé par Les Échos, "ce sera le premier vrai test pour Emmanuel Macron dans sa relation avec l'opinion".

La loi sur la moralisation faisait consensus chez les Français après les affaires révélées pendant la campagne. En revanche, sur la question sociale, l'opinion peut réagir.

Pour le président de la République, le risque politique est grand:

"Je vois notamment le risque de se couper de l'électorat de gauche modérée, qui a largement contribué à son élection, estime Bruno Cautrès. Pour l'instant, les premières mesures annoncées par l'exécutif sont plutôt inscrites à droite, comme la réforme de l'ISF, la suppression des emplois aidés ou encore la baisse des APL. Elles risquent d'alimenter les critiques en provenance de la gauche, de ­donner du grain à moudre à La France insoumise et même de réveiller le PS."

La CGT et la France insoumise ont déjà prévu de conduire la lutte dans la rue, les 12 et 23 septembre. "Si, au bout d'un mois et demi, la mobilisation faiblit, cela équivaudra à un coup de tampon politique pour Emmanuel Macron", ajoute Christophe Barbier.

Mauvais timing

À l'en croire, le chef de l'Etat prend toutefois "un risque politique assez mal calculé" avec ce calendrier.

"On peut se demander si le gouvernement n’a pas laissé passer sa chance d’une réforme fulgurante lors de la session extraordinaire du Parlement. (…) On verra si ce retard n’est qu’un retard technique qui n’empêche rien, ou un retard politique qui complique les choses."

Il fallait pourtant que le Parlement habilite le gouvernement à prendre des ordonnances, de sorte que le tempo de la réforme a été nécessairement ralenti. Résultat: à la rentrée, "la coupe est déjà bien pleine" pour Emmanuel Macron, qui ne bénéficie plus du même crédit politique pour mener sa politique.

Louis Nadau