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Livre, critiques du gouvernement: la nouvelle campagne de Ségolène Royal

Ségolène Royal

Ségolène Royal - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Ségolène Royal ne quitte plus les plateaux, les micros et les caméras depuis la sortie de son dernier livre à la fin du mois d'octobre. Jeudi soir, dans une vidéo sur internet, elle faisait part de sa "compréhension" pour le mouvement de contestation actuel, critiquait à nouveau le gouvernement, tout en vantant sa trajectoire personnelle. De quoi entretenir le flou autour des ambitions de celle qui est pressentie pour diriger la liste PS aux Européennes.

Un échec à la présidentielle de 2007, suivie d'une nouvelle défaite (aussi trouble que houleuse toutefois) face à Martine Aubry pour la direction du Parti socialiste en 2008, puis la victoire de François Hollande en 2012. On pensait, après tous ces événements, que Ségolène Royal avait congédié ses plus grandes ambitions nationales, au premier rang desquels celle d'accéder un jour au sommet de l'Etat. Il n'en est rien, à en juger par les prestations médiatiques récentes de celle qui est actuellement ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique.

"Peut-être?" 

Il y a dix jours environ, alors qu'elle était interviewée par Laurent Delahousse sur France 2, elle lâchait: "Ce que je peux vous dire de plus précis, c’est que le combat de ma vie, et aujourd’hui plus que jamais, c’est le combat pour la protection de la planète." Relancée par le journaliste, elle concédait que ce "combat" pouvait "peut-être" impliquer de retenter sa chance à la présidence de la République. 

C'est depuis la fin du mois d'octobre, et la parution de son livre Ce que je peux enfin vous dire, que Ségolène a entamé cette campagne médiatique lorgnant si fort sur la politique. Dans ce livre, elle dresse entre autres un inventaire fort sévère du quinquennat de François Hollande, auquel elle a pourtant participé en tant que ministre pendant trois ans, l'attaquant entre autres sur la loi travail. 

Mais, lors de ses interventions, c'est à l'exécutif présent qu'elle consacre l'essentiel de ses coups. Dans une vidéo publiée jeudi soir par Brut, elle témoignait tout d'abord une forme de soutien aux "gilets jaunes":

"Je comprends la colère des ‘gilets jaunes’ et j’observe qu’il y a beaucoup de femmes dans les manifestations, et notamment des femmes avec des petites retraites et pour lesquelles un prélèvement sur le pouvoir d’achat, ça veut dire, à Noël, ne plus faire de cadeau à leurs petits-enfants. Et quand on touche à des choses aussi essentielles, que les femmes se mettent en mouvement, c’est que les choses vont mal et très mal."

Vanter son bilan 

Celle qui fut par deux fois ministre de l'Environnement, sous François Mitterrand de 1992 à 1993, puis sous François Hollande, de 2014 à 2017, a développé sur ce dossier: "Je pense que plusieurs erreurs ont été faites dans cette décision. Et je pense que celle qui m’a le plus touchée, c’est l’utilisation de l’écologie pour faire des impôts. (…) Il ne faut pas faire d’écologie punitive, parce que justement, on a besoin que tous les citoyens s’engagent."

Liant encore ce qu'elle perçoit comme un dévoiement du motif écologique et sa critique de la politique fiscale du gouvernement, l'ancienne présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes en a profité pour vanter son parcours personnel, donnant à ce bilan de faux-airs d'argumentaire de campagne:

"Les citoyens sont intelligents, ils ont bien vu que cette nouvelle taxe n’avait rien à voir avec l’écologie et en tout cas je suis cohérente avec moi-même puisque j’ai toujours refusé l’écologie punitive et quand j’étais présidente de région, donc la seule présidente écologiste d’une région, je suis également la seule qui n’avait pas mis de taxe sur l’essence."

Président "affaibli", et retour de "briscards" 

Alors, Ségolène Royal 2022? La route est longue et à ce stade, on est contraint aux seules spéculations sur ce volet. Mais Ségolène royal pourrait bien reprendre du service très bientôt sur la scène politique. Son nom circule pour prendre la tête d'une liste de rassemblement aux Européennes. Ségolène Royal réserve sa réponse pour "janvier". 

Dans un éditorial paru jeudi dans Les Echos, la journaliste Cécile Cornudet a relevé que Ségolène Royal n'était pas un cas isolé mais intégrait au contraire une bande de quatre, composée de vétérans signant leur retour: aux côtés de Xavier Bertrand, François Baroin et François Bayrou. Et, contrairement à Talleyrand qui blâmait ces revenants n'ayant "rien appris ni rien oublié", elle note que ces personnages ont en commun d'avoir tiré quelques enseignements de leurs mésaventures et de celles de leurs rivaux:

"Du nouveau monde, ils ont (presque) tous repris la méfiance pour les structures partisanes. Femme et hommes 'libres', soumis à aucune autorité, surtout lorsqu'elle est affaiblie. De l'ancien, ils ont retenu le sens du moment qui touche et du combat qui blesse."

Le retour de flamme de Ségolène Royal et de ces quelques autres en dit surtout long sur la situation de l'exécutif, désormais rudement secoué:

"Quand un président est moins craint, il voit renaître les briscards", observe l'éditorialiste. 

Robin Verner