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Présidentielle: les 3 scénarios possibles en cas de retrait de Fillon

L'unité se fissure parmi les parlementaires Les Républicains, mais François Fillon n'en démord pas et assure qu'il sera "candidat jusqu'au bout". Pourtant en coulisses, les élus pensent déjà à des alternatives.

Le bateau prend l'eau. Ce mercredi matin, l'unité était pourtant de mise lors de la réunion de François Fillon avec les parlementaires Les Républicains. Un certain nombre de personnalités, parmi eux d'anciens Premiers ministres, anciens responsables du parti et chefs de file d'anciens concurrents à la primaire, ont publiquement déclaré leur soutien au candidat en difficulté.

Mais derrière l'unité de façade, le doute s'est bel et bien installé. Et dans les rangs des députés, on réfléchit désormais à un moyen de se sortir de cette difficulté: car si certains ont été convaincus par François Fillon, d'autres estiment que la maison brûle.

Comment le parti Les Républicains peut-il désormais se sortir de l'impasse, dans l'hypothèse où François Fillon n'aurait d'autre choix que de retirer sa candidature? La charte de la primaire organisée il y a un mois ne prévoit pas cette éventualité. Trois hypothèses circulent.

> Une deuxième primaire

La première: organiser une deuxième primaire. L'idée semble quasiment impossible: à trois mois de la présidentielle, le scrutin serait monté en toute urgence, avec des contingences matérielles - organisation de bureaux de vote, impression de bulletins - qui rendent l'hypothèse hautement improbable. D'autant plus que les candidats à la présidentielle ont seulement jusqu'au 17 mars pour déposer leurs 500 parrainages d'élus, et ainsi valider leur candidature.

> Un bureau politique du parti pour désigner un candidat

Autre hypothèse: la réunion d'un bureau politique du parti, afin de désigner un nouveau candidat, et dont le résultat serait validé par un conseil national par la suite. Une hypothèse fermement rejetée par François Fillon lui-même: en visite mercredi après-midi au Salon des entrepreneurs à Paris, il a brièvement pris la parole pour lancer: "Il y a quatre millions de Français qui se sont prononcés". Autrement dit, le candidat se sent toujours légitimé par le résultat de la primaire, et n'a pas l'intention d'en démordre.

Certains parmi les députés ont pourtant déjà commencé l'opération de lobbying pour faire tomber François Fillon. Sur BFMTV, le sarkozyste Georges Fenech a demandé publiquement au candidat de prendre "une décision forte", sans évoquer de nom pour le remplacer.

De leur côté, des élus juppéistes évoquent même un "appel des 43", en référence à l'appel des députés en 1974 pour une candidature de Valéry Giscard d'Estaing contre celle de Jacques Chaban-Delmas. L'appel en faveur d'Alain Juppé prendrait la forme d'une tribune, mais leurs auteurs cherchent encore des signataires. Dans les couloirs de l'Assemblée, certains sortent du bois: le député LR Philippe Gosselin a ainsi appelé Alain Juppé à "réfléchir" à être un éventuel recours.

Mais le risque d'un conseil national est lourd. "Car outre le nom d'Alain Juppé, celui de François Baroin circule également", rappelle Ruth Elkrief sur BFMTV. "D'autres cadres du parti pourraient eux aussi se manifester, comme Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand ou encore Valérie Pécresse." Le danger serait alors de faire replonger Les Républicains dans les guerres intestines de l'automne 2012, au moment où Jean-François Copé et François Fillon se sont disputés pendant des semaines la présidence de l'UMP. Et d'étaler à nouveau au grand jour les divisions internes, soigneusement lissées pendant la campagne pour la primaire.

> Une réunion des "chapeaux à plumes"

Dernière hypothèse: faire appel aux "sages" du parti, surnommés les "chapeaux à plumes" par certains députés. Anciens Présidents, anciens Premiers ministres et responsables du parti se réuniraient, tel un conclave, pour désigner un candidat et n'en sortiraient pas avant d'avoir trouvé un nouveau candidat. Il ne s'agirait donc pas d'un vote interne, mais d'un compromis trouvé entre les figures historiques du parti. Là encore, il n'est pas certain que cet argument parvienne à convaincre l'ensemble du parti. Quel que soit le scénario envisagé, il semble destiné à en sortir divisé.

Ariane Kujawski