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Le sénateur Bruno Retailleau ne sera pas candidat à la présidence de LR

Le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau - LUDOVIC MARIN / AFP

Le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau - LUDOVIC MARIN / AFP - -

Dans une interview accordée au Point, le patron de la droite sénatoriale estime que son devoir est de rester à son poste. Il juge au passage "abracadabrantesque" d'interdire au futur chef de LR d'être candidat à la prochaine élection présidentielle.

Cela fait un candidat de moins. Dans un entretien accordé au Point, le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, annonce qu'il ne sera pas candidat à la présidence de LR. L'élu vendéen met ainsi fin à plusieurs semaines de suspense, au cours desquelles son nom circulait avec insistance pour prendre la succession de Laurent Wauquiez. 

Officiellement, Bruno Retailleau affirme agir par devoir, évoquant le rôle de "contre-pouvoir" que doit endosser le Sénat. "Le groupe LR est le groupe majoritaire, celui sur lequel reposent les choix et la ligne politiques exprimés par le Sénat. Mon devoir est de rester à mon poste", estime-t-il. 

"Tout doit changer, du sol au plafond"

En coulisses, il se tramait l'idée, il y a déjà une dizaine de jours, que le patron des sénateurs LR n'irait pas jusqu'à la confrontation avec un autre candidat putatif, Christian Jacob, son homologue à l'Assemblée nationale. La trêve officieuse que les deux hommes se sont accordée avant de prendre une décision, comme nous l'écrivions le 10 juin, semble avoir pris fin. 

Interrogé sur ce potentiel rival, Bruno Retailleau a loué les "qualités humaines" du député de Seine-et-Marne: "La franchise, la loyauté, le sens de l'engagement." Il a toutefois mis en garde contre l'une des règles édictées par plusieurs ténors de LR depuis le début de la crise, à savoir que le futur chef de la droite devrait renoncer à être candidat à l'élection présidentielle de 2022. Une obligation que le sénateur de Vendée juge "abracadabrantesque":

"Une fois de plus, on met la question des personnalités avant celle des idées. Christian Jacob (...) doit être candidat pour lui-même, non par procuration. Il ne faudrait pas qu'il se laisse emprisonner par ceux qui veulent que rien ne change. Ouvrons les yeux: tout doit changer, du sol au plafond, sinon LR disparaîtra."

Le président du groupe LR à l'Assemblée nationale est le seul candidat auquel l'intéressé fait explicitement référence. Rien n'est dit au sujet des autres, en particulier Guillaume Peltier, qui compte bien peser dans cette élection.

"Ayons l'intelligence de tendre l'oreille"

Bruno Retailleau s'alarme par ailleurs du danger de mort dans lequel se trouvent les "partis traditionnels" tels que LR: 

"Au lieu d'aller chercher les voix des électeurs de droite à coups de slogans faciles, ayons l'humilité d'écouter leurs voix, ayons l'intelligence de tendre l'oreille plutôt que de tendre un tract."

Estimant les idées de droite "majoritaires" en France, le patron du groupe LR déclare rester dans la vieille maison. Mais il exprime ses doutes quant à la capacité de survie de son mouvement: 

"Je n'ai pas l'habitude de sauter du navire par gros temps. Je pense que la droite n'est pas morte. Je ne sais pas encore qui saura l'incarner. Est-ce que cela peut être LR? Aujourd'hui, je n'en suis pas sûr..." 

Macron a les "mots" de LR

Interrogé sur l'absorption, par La République en marche, de nombreuses voix LR aux élections européennes, Bruno Retailleau concède qu'Emmanuel Macron "a des mots qui peuvent être" ceux de la droite, "mais les actes sont faibles", ajoute-t-il. 

Fidèle à sa ligne libérale-conservatrice, celle du micro-parti Force républicaine (et de François Fillon durant la dernière présidentielle), il estime que l'actuel gouvernement n'y va pas assez fort sur la maîtrise de la dépense publique. Il fustige par ailleurs son manque de fermeté sur la sécurité, l'immigration et le communautarisme. 

Jules Pecnard