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De Sarkozy à Clinton: comment les politiques encaissent les échecs

Nicolas Sarkozy lorsqu'il a reconnu sa défaite à la primaire le 20 novembre et Hillary Clinton le 16 novembre lors de sa première apparition après son échec à l'élection présidentielle américaine

Nicolas Sarkozy lorsqu'il a reconnu sa défaite à la primaire le 20 novembre et Hillary Clinton le 16 novembre lors de sa première apparition après son échec à l'élection présidentielle américaine - Ian Langsdon-Chip Somodevilla-AFP

Nicolas Sarkozy comme Hillary Clinton ont échoué dans leur conquête du pouvoir. Une claque pour ces deux candidats malheureux et un deuil qu'ils vont devoir surmonter. Mais "comme un animal blessé, ils peuvent devenir d'autant plus dangereux", analyse un psychologue pour BFMTV.com.

Nicolas Sarkozy éliminé au premier tour de la primaire à droite, Hillary Clinton vaincue lors de l'élection présidentielle américaine: des échecs qui semblent difficiles à encaisser pour ces deux candidats malheureux qui croyaient pourtant la victoire à portée de main. Et la chute pour un homme ou une femme politique paraît d'autant plus violente que l'enjeu est important.

"Il faut distinguer ceux qui ont déjà obtenu le graal des autres. Nicolas Sarkozy a déjà été président. Il savait que revenir représentait un défi, analyse Roland Coutanceau, psychiatre et président de la Ligue française de santé mentale. Alors que pour Hillary Clinton, son rapport avec son destin était tout autre. Elle aurait été la première femme présidente des États-Unis et serait entrée dans l'histoire. Il y a huit ans, elle avait déjà manqué de peu sa chance face à Barack Obama, devenu le premier président noir. Le symbole était fort."

"Plus combatifs que le commun des mortels"

Selon le médecin, les politiques sont particulièrement préparés à prendre des coups. "Ils sont plus combatifs que le commun des mortels. Ce sont de meilleurs encaisseurs de défaite." Et pour Roland Coutanceau, cette succession de réussites et d'échecs est même inévitable.

"Si les petits candidats de la primaire à droite ont échoué, ils pourront peut-être prendre leur revanche dans cinq ans. Une carrière politique se construit sur les coups, comme un boxeur." 

Le psychiatre estime même qu'une élection a souvent des airs de compétition sportive. "C'est tout ou rien, ça passe ou pas. Dans les deux cas, pas moyen de retenter sa chance."

Des traversées du désert

Néanmoins, en politique, le vent tourne, à l'image de l'ancien Premier ministre François Fillon, qui ne partait pas favori et a pourtant raflé la première place lors de la consultation. Chaque match est un nouveau combat, remarque Roland Coutanceau. "Avant de gagner en 2007, Nicolas Sarkozy était considéré comme un traître." En 1995, le candidat malheureux de la primaire à droite avait effectivement soutenu Édouard Balladur face à Jacques Chirac. Ce qui lui avait valu d'être considéré comme un traître et un passage à vide. "Les nouveaux enjeux lavent le passé", ajoute-t-il.

Un point de vue que partage Jean-David Nasio, psychanalyste et fondateur des Séminaires psychanalytiques de Paris. "Ils ont tous connu, à un moment donné, une traversée du désert. On peut se rappeler d'Alain Juppé (le favori des sondages arrivé à la deuxième place, Ndlr) qui s'était exilé au Canada." En 2004, le maire de Bordeaux, condamné par la Cour d'appel de Versailles à un an d'inéligibilité et quatorze mois de prison avec sursis pour l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, avait trouvé refuge au Québec.

"L'expérience de la chute et du redressement"

"Les hommes politiques ont l'habitude et l'expérience de la chute tout comme du redressement, ajoute le psychanalyste auteur de "Oui, la psychanalyse guérit!" Et comme tout individu, ils ont des ressources et des capacités d'adaptation." 

Jean-David Nasio cite l'exemple de Dominique Strauss-Kahn, l'ancien président du FMI qui s'apprêtait à se lancer dans la course à l'Élysée avant d'être accusé de viol et de voir ses ambitions présidentielles anéanties. "On aurait pu imaginer le pire. C'était plus qu'un échec, c'était une chute retentissante et sanglante. Mais après avoir tout perdu, il s'est relevé, s'est adapté et a recommencé." Depuis, DSK a intégré les directions de plusieurs banques et a conseillé différents gouvernements.

Un travail de deuil de l'échec

Si ces hommes et ces femmes politiques ont la capacité de rebondir après un échec, ce sursaut nécessite une certaine introspection. "L'adversité peut révéler l'individu mais cela implique un travail de deuil comme pour tout traumatisme et une acceptation de cette défaite", explique Michaël Stora, psychologue et psychanalyste, fondateur de l'Observatoire des mondes numériques en sciences humaines. Le professionnel a eu comme patient un homme politique qui a connu une situation similaire.

"Il avait un poste à haute responsabilité. À un moment donné, il a été écarté du pouvoir. Il est tombé en dépression. Face à cette défaite, il s'est tourné vers des pratiques toxiques: drogue, jeux vidéo et sexe, qui, dans son esprit, lui redonnaient une certaine forme de pouvoir et une posture de guerrier."

Des animaux politiques blessés

Un deuil qui se déroule d'autant mieux que la défaite était envisagée, ajoute Roland Coutanceau. "Les politiques sont des êtres humains comme les autres: ceux qui sont le plus frappés par l'échec sont ceux qui ne sont pas parvenus à imaginer et à anticiper le fait que la débâcle était possible. Dans ce cas, c'est un choc en pleine figure particulièrement violent." Un coup dur qui peut même avoir de lourdes répercussions.

"Certains de ces animaux politiques ont une capacité de défense qui leur permet de supporter l'échec, note Michaël Stora. Mais comme un animal blessé, ils peuvent devenir d'autant plus dangereux."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV