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Les Républicains divisés entre "constructifs" et opposants au gouvernement

Selon un sondage Elabe pour BFMTV diffusé ce mercredi, 69% des électeurs de droite, dont les sympathisants Les Républicains, appellent leur famille politique à adopter une attitude "constructive" vis-à-vis du gouvernement. Pourtant, à des degrés divers, les candidats à la présidence de LR font le choix de l'opposition à l'exécutif. Le risque d'un décalage entre la base et les cadres du parti se profile.

Le sondage Elabe pour BFMTV, que nous diffusons ce mercredi, est formel: sept sympathisants de droite sur dix appellent leur famille politique à "adopter une position constructive en soutenant certaines lois et mesures du gouvernement". Et lorsqu'il s'agit de désigner la formation politique "incarnant le mieux l'opposition" à Emmanuel Macron, les sympathisants LR sont presque aussi nombreux à choisir les Insoumis (29%) que Les Républicains (30%).

Sympathisants et militants 

Une opposition qui peine à se rendre audible auprès de son électorat naturel, un électorat de droite qui considère de toute façon qu'il n'est pas prioritaire de s'opposer, mais d'accompagner ponctuellement les mesures gouvernementales. De fait, le risque d'un décalage entre la base et le parti s'annonce. Selon notre éditorialiste Apolline de Malherbe, ce fossé se manifeste déjà très concrètement:

"Je donne un exemple: Valeurs actuelles. Ce magazine est considéré comme le magazine du militant LR voire du militant LR flirtant avec le Front national. Eh bien, le magazine est très embêté car quand ils font des unes trop anti-Macron, ça ne marche pas très bien. Même le lectorat traditionnel de droite, il se dit que si Macron réussit, c’est quand même mieux."

Pourtant, le grand favori pour l'élection à la présidence des Républicains en décembre prochain, Laurent Wauquiez, ne se cache pas: il veut le retour d'une droite "vraiment de droite", et non pas encline à la bienveillance vers le centre, et dit vouloir "rassembler sans se renier". Des Français de droite favorables à un rapprochement avec le gouvernement et sa majorité seraient donc sur le point de plébisciter une ligne droitière? Pas forcément, explique Thierry Arnaud, le chef de notre service politique:

"Lorsqu’on regarde le sondage, on se demande qui sont ces sympathisants Les Républicains, où ils sont? Et spécifiquement, si ce sont encore des adhérents du parti? Parce que le pari de Laurent Wauquiez, c’est qu’au fond tous ceux qui réclament une attitude constructive vis-à-vis d’Emmanuel Macron dans une certaine mesure sont déjà partis. (…) Le pari de Laurent Wauquiez, c’est que ceux qui restent et constituent les adhérents du parti sont les plus durs qui donc lui seront acquis."

Opposition à Macron: les rivaux de Wauquiez ne sont pas en reste

Laurent Wauquiez n'est pas le seul parmi les candidats à la présidence des Républicains à penser de la sorte. Ce mercredi sur notre antenne, Florence Portelli a dit son mot sur le sujet. Après avoir fait référence au groupe des "Constructifs" à l'Assemblée, en parlant comme d'"autoproclamés constructifs qui ont trahi leur famille politique", elle a lancé: "Nos électeurs attendent quelque chose d’ouvert mais on peut être ouvert sans être vendu!" Elle a également défini plus longuement son propre positionnement:

"Je suis fière de dire que j’assume totalement le programme de François Fillon mais j’ai aussi ma touche personnelle. Je suis aussi très attachée à tout ce qui concerne les fractures sociales et territoriales, sujets que la droite a abandonnés depuis longtemps et qui font qu’on s’est coupé de la droite populaire. Je suis aussi très attachée aux questions d’éducation et de culture et aussi à une vision écologique de droite."

En août dernier, Daniel Fasquelle, un autre candidat, ne donnait lui non plus aucun satisfecit au nouvel exécutif au micro d'Europe 1, accusant Emmanuel Macron de ne "pas être à la hauteur de la fonction, ni dans son comportement - on l'a vu à l’égard du général de Villiers - ni dans le fond". "Nous sommes une opposition constructive. Nous n’avons plus rien à démontrer à ce sujet. J’ai voté les ordonnances sur la réforme du Code du travail, je voterai certains textes. Mais j’en dénoncerai d’autres", a assuré le député élu dans le Pas-de-Calais, sur notre antenne ce mercredi. 

Maël de Calan, de sensibilité juppéiste et lui aussi candidat à la présidence des Républicains, a tenté sur notre antenne ce mercredi de tenir une ligne de crête: ni jonction avec la majorité, ni échappée trop à droite.

"Des millions d’électeurs ne veulent ni se dissoudre dans le centre-gauche ni devenir une droite très dure, très contestataire et très clivante. Ce sondage le souligne: ils veulent juste rester de droite mais une droite intelligente, utile, qui fasse des propositions mais dit aussi quand le gouvernement fait des erreurs, qui sait donner des bons et des mauvais points", a-t-il dit.

Un passage obligé? 

L'ancien porte-parole du maire de Bordeaux a cependant pris soin de se démarquer de la politique menée actuellement à la tête de l'Etat: "Je considère que les différences avec Emmanuel Macron (...) sont trop importantes pour qu’on le rejoigne et justifie notre rôle d’opposants. (...) Je ne me suis pas engagé en politique pour voir 30% ou 20% de mon programme appliqué."

Ce contraste apparent entre les électeurs et les positions de personnalités politiques qui entendent les représenter pourrait cependant être un passage obligé, voire la condition d'une victoire à la présidence de LR. Notre éditorialiste, Hervé Gattegno, tout en notant ce "décalage", observe qu'"une élection interne, quand ça se passe à droite, souvent, ça se gagne sur une ligne à droite et à gauche, sur une ligne à gauche. Ne pas se renier va consister pour les candidats à débattre pour aller chercher les électeurs les plus radicaux".
Robin Verner