BFMTV

Les doutes de Danièle Obono (FI) sur "le concept de radicalisation"

Danièle Obono sur BFMTV, le 1er octobre 2017.

Danièle Obono sur BFMTV, le 1er octobre 2017. - Capture BFMTV

La députée France insoumise Danièle Obono est revenue ce dimanche sur ses propositions pour "renforcer" les "outils" existants en matière d'antiterrorisme. Interrogée sur un cas concret de radicalisation, l'élue s'est montrée plus prudente.

Invitée de BFM Politique ce dimanche, la députée France Insoumise Danièle Obono a critiqué un "manque de recul" sur le projet de loi antiterroriste débattu cette semaine à l’Assemblée nationale. A droite, les Républicains critiquent un texte de "désarmement", quand la France insoumise déplore une loi "liberticide".

Danièle Obono, membre de la commission des lois de l'Assemblée nationale, propose au nom de son mouvement de "mettre à plat la quinzaine de lois antiterroristes qui existent".

"On a aujourd’hui un des arsenaux les plus robustes en Europe sur ces questions-là. Il y a besoin (...) de prendre un peu de recul pour faire ce travail-là", a-t-elle affirmé, ajoutant que la France insoumise a "soutenu la motion de renvoi en commission pour prendre ce temps-là".

"Il existe aujourd'hui des procédures, dont l’état d’urgence. Par contre, il faudrait faire plus", a concédé la députée de la 17e circonscription de Paris. "Nous avons proposé des amendements qui donnent par exemple plus de moyens à la justice anti-terroriste, qui permettent de réorganiser les services, qui donnent plus de moyens au renseignement", a-t-elle rappelé sur notre plateau.

"Il faut avoir des outils de garantie des droits, de garantie des processus judiciaires suffisamment forts pour aller au bout des enquêtes", a-t-elle avancé. Critiquant la proportion entre le nombre de perquisitions menées sous l’état d’urgence et celles qui ont donné lieu à des poursuites judiciaires ensuite, Danièle Obono a affirmé qu'elles auraient de toute manière "pu avoir lieu dans le cadre actuel des lois".

"On a des outils, renforçons-les"

"Aujourd’hui, il y a des procédures qui permettent à la justice de faire des enquêtes judiciaires. On a des outils, renforçons-les", a-t-elle proposé.

La députée France Insoumise a également mis l’accent sur les propositions de son mouvement sur le financement du terrorisme. "L’argent est le nerf de la guerre, donc il faut aussi s’attaquer aux sources qui permettent de financer les organisations terroristes, leur propagande et la diffusion de leurs idées", a-t-elle déclaré, proposant une "surveillance des paradis fiscaux, des Etats qui soutiennent les entreprises terroristes, (et) des entreprises comme Lafarge".

Le projet de loi antiterroriste prévoit un nouveau volet, traitant de la possibilité de muter ou radier un fonctionnaire exerçant des missions de souveraineté ou un métier en lien avec la sécurité et la défense, si une enquête administrative conclut à sa radicalisation.

Interrogée sur l’hypothétique cas d’un chauffeur de bus qui refuserait de conduire son véhicule après avoir été utilisé par une femme, Danièle Obono a insisté sur l'importance de définir ce qu’est réellement la radicalisation.

"La radicalisation n'est pas un concept scientifique arrêté"

"La radicalisation n’est pas un concept scientifique suffisamment arrêté", a critiqué la députée, relevant des "concepts flous" dans la définition du terme.

"(Cette situation) veut dire qu’il a un préjudice contre les femmes. (...) Qu’est ce que ça a à voir avec la question du radicalisme?", a-t-elle interrogé. "Est-ce que quelqu’un qui refuse de conduire un bus après une femme doit être mis sur écoute, perquisitionné, mis en centre de rétention? Est-ce que des pratiques discriminatoires ont un lien avec le terrorisme? Non, je ne le crois pas."

La députée s’est interrogée sur les raisons du refus de cette personne, refusant d’établir un parallèle avec une quelconque pratique religieuse. "Est-ce que c’est en fonction de ses croyances religieuses, ou est-ce que c’est en fonction de ses habitudes? On ne se pose même pas la question. (...) On peut être sexiste et religieux ou pas croyant", a-t-elle dénoncé.

Autant de raisons qui, pour la membre de la Commission des lois, font que le projet de loi antiterroriste "nécessite d’être plus travaillé" pour "prendre le temps de comprendre ce qu’il se passe".

Liv Audigane