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Le Front national au bord de l'implosion à l'approche des législatives

Florian Philippot, vice-président du Front national, lors de sa campagne pour les régionales le 1er décembre 2015.

Florian Philippot, vice-président du Front national, lors de sa campagne pour les régionales le 1er décembre 2015. - Sébastien Bozon - AFP

Le vice-président du Front national Florian Philippot a été clair: il quittera le parti si celui-ci renonce à sortir de l'euro. Cette déclaration alourdit l'atmosphère de crise, latente dans un mouvement qui s'avance vers les législatives.

Florian Philippot n'y est pas allé par quatre chemins ce jeudi sur RMC. Si son parti abandonne l'idée d'une sortie de l'euro à l'issue des législatives, ce sera sans lui. Il renoncerait en effet à son appartenance au Front national. Passant son "Grand Oral", sur le plateau des "Grandes Gueules", il a tout d'abord développé:

"On ne peut pas décemment gérer un pays qui ne maîtrise ni ses lois, ni son budget, ni ses frontières, ni sa monnaie. L’euro est plus qu’un problème économique, c’est un problème politique. Vous dépendez d’une banque centrale à Francfort et elle peut vous couper les vivres si elle estime que vous avez fait de mauvais choix politiques ou de mauvais choix économiques."

Vers une contestation du leadership de Marine Le Pen? 

Il a ensuite déclaré sans ambages: "Si le Front demain garde l’euro? Non, je ne resterai pas. Bien sûr que non. Je ne suis pas là pour garder un poste à tout prix, et défendre l’inverse de mes convictions profondes." Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l'IRIS, a analysé cette déclaration pour BFMTV.com:

"Cela veut dire aussi que les piliers sont assez peu solides car si en revenant sur la proposition de l'euro tout s'effondre, ça montre c'est un peu artificiel. D'autant plus que Florian Philippot était le symbole d'une ouverture du FN sur d'autres profils". 

Le politologue relève que les questions de l'euro, et par ricochet, de l'organigramme du FN, attendront la fin des législatives. Il replace la réflexion dans son contexte: "Sans compter son élimination au premier tour de la présidentielle en 2012, Marine Le Pen reste sur trois défaites personnelles: l'échec pour quelques dizaines de voix en 2012 à Hénin-Beaumont aux législatives, l'échec aux Régionales, et sa défaite au second tour de la présidentielle".

D'où une interrogation sur la stratégie politique adoptée alors que les critiques "off" se multiplient. "Si les frontistes parviennent à obtenir un groupe parlementaire, les voix dissonantes seront mises en sourdine. Mais s'ils éprouvent une nouvelle déception, se poserait la question de la ligne politique. Et ça commencerait d'abord par faire sauter un fusible, en l'occurrence Florian Philippot. Et dans un second temps, c'est le leadership de Marine Le Pen lui-même qui serait peut-être contesté."

Mais les remplaçants ne se bousculent pas. A fortiori, depuis que, cette semaine, Marion Maréchal-Le Pen, députée élue dans le Vaucluse, a renoncé à ses mandats et a mis sa carrière politique entre parenthèses. 

Un second clivage

La crise est redoublée au Front national par un second clivage. Et cette pomme de discorde est le fruit de l'alliance conclue dans l'entre-deux tours de la présidentielle avec Nicolas Dupont-Aignan, qui a d'ailleurs conduit à l'accroissement de la confusion autour de la position du parti au sujet d'un "Frexit". "Ce rapprochement avec Nicolas Dupont-Aignan n'est pas nécessairement très profitable. Au sein du parti, je ne suis pas sûr qu'il fasse l'unanimité", juge Eddy Fougier.

Cette initiative, qui ressort de l'hypothèse d'une union des droites, ne convainc pas tous les esprits et a déjà été portée par le passé: "C'est le fantasme de ceux qui défendent la 'droite hors les murs', Robert Ménard, Patrick Buisson et d'autres. (...) En un sens, Marine Le Pen a réalisé le vieux projet 'megrettiste', et il n'est pas évident que ça plaise à des personnalités comme Bruno Gollnisch, entre autres", continue le spécialiste.

Pourquoi donc la passerelle jetée entre Nicolas Dupont-Aignan et le mouvement frontiste signifierait-elle une victoire de Bruno Mégret sur tapis vert?

"Ce débat a déjà provoqué la scission au Front national dans les années 90. Bruno Mégret voulait que le parti se notabilise, tende la main à la droite la plus conservatrice. Jean-Marie Le Pen, lui, n'en voulait pas. C'est toute la difficulté des partis radicaux: ils sont tentés de se 'notabiliser', mais savent qu'ils perdraient du même coup leur radicalité... Toutefois, sans ça, ils ne peuvent pas espérer aller plus haut". 

Sortie de l'euro, "notabilisation"...autant de débats lourds d'enjeux que le Front national devra trancher dans les semaines qui viennent. 

Robin Verner