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Le baromètre des éditorialistes: la rupture Wauquiez-Calmels, c'est la fin d'un an de malentendus

Nos éditorialistes analysent les raisons du limogeage de la numéro deux des Républicains par Laurent Wauquiez

C'était le mariage de la carpe et du lapin: dimanche, le divorce politique entre le président des Républicains Laurent Wauquiez et la juppéiste Virginie Calmels a été acté par le limogeage de la numéro deux du parti. Une issue logique pour nos éditorialistes Christophe Barbier et Laurent Neumann, tant cet attelage était improbable.

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> "Le symptôme d'une crise idéologique"

"L’arrivée de Calmels au côté de Laurent Wauquiez, c’était le signe envoyé. C’était la place accordée à d’anciens juppéistes, qui venaient représenter une ligne plus modérée, une ligne ‘macron-compatible’. C’est ça qui est un marché de dupes dès le départ: elle, visiblement, veut plus, veut instiller une sorte de culture d’entreprise à l’intérieur des Républicains. Lui veut beaucoup moins, il veut que cette présence soit symbolique, que ce soit une prise de guerre. Il avait récupéré la valeur montante du juppéisme, il ne voulait surtout pas bouger son logiciel politique. Un an de malentendus qui se termine par cette palinodie, qui tombe un 18 juin, le jour où les gaullistes célèbrent en principe l’union, puis la conquête. Vraiment, c’est un symbole très funeste.

Ce qui est en échec cette fois et les torts sont sans doute partagés, c’est la capacité de faire vivre ensemble une droite d’essence plus dure, dans la lignée de ce qu’ont été Nicolas Sarkozy et François Fillon, et puis la droite d’Alain Juppé.

C’est un symptôme de la crise idéologique des Républicains: d’abord, qu’est-ce qu’être de droite aujourd’hui? Est-ce que c’est se concentrer, comme Laurent Wauquiez, sur les thèmes qui droitisent la droite, qui l’emmènent, à travers des thèmes sécuritaires, identitaires, religieux, sociétaux, vers la compétition avec Marion Maréchal et Marine Le Pen? Au contraire, est-ce qu’être de droite, c’est resté humaniste, ouvert au progrès, et se concentrer sur le développement d’une économie et d’une société plus libérales? Oui mais à ce moment-là, c’est se retrouver dilué dans le macronisme ambiant.

Ce choix, Laurent Wauquiez n’a pas voulu le faire, puisqu’il a entretenu l’illusion d’une ouverture avec le recrutement de Virginie Calmels, et pratiqué la fermeture avec une ligne politique extrêmement dure. C’est cette contradiction, cet oxymore, qui explose aujourd’hui.

Ce que l’on vit là, ce n’est pas l’effet Wauquiez, c’est l’effet Macron. Par son positionnement, il a explosé complètement la gauche socialiste et la droite. Les Républicains n’ont pas encore pris en compte cette révolution politique. LR va buter aux européennes sur la volonté de faire tenir ensemble des fédéralistes et des souverainistes. "

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> "Ils sont en désaccord sur tout"

"On a l’impression que Les Républicains ont choisi une ligne, qui est une ligne Wauquiezo-Wauquieziste. Ces deux-là ne pouvaient pas s’entendre. Ils sont en désaccord sur tout, sur l’Europe, sur l’identité, sur l’économie. Depuis le début, Virginie Calmels passait son temps à critiquer la ligne de Laurent Wauquiez.

D’une certaine manière, Laurent Wauquiez, il a ‘cheffé’. C’est Jacques Chirac qui disait cela. C’est exactement ce qu’il s’est passé. Au fond, il avait besoin de Virginie Calmels pour incarner le rassemblement, mais à partir du moment où Virginie Calmels passe son temps à critiquer ce que fait Laurent Wauquiez, il décide de s’en séparer.

Il a dû se poser une question: Virginie Calmels, combien de divisions? On le voit depuis hier soir, il y a de nombreuses personnes qui défendent la décision de Laurent Wauquiez. Ils sont au contraire peu nombreux à défendre Virginie Calmels, à part Alain Juppé. Ça rappelle un peu la relation entre Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet, sauf que Laurent Wauquiez a décidé que ça ne durerait pas.

Et Nicolas Sarkozy justement? Quelques jours avant de limoger Virginie Calmels, Laurent Wauquiez a réintégré trois anciens sarkozystes parmi les conseillers politiques des Républicains, Rachida Dati, Nadine Morano et Brice Hortefeux. Il n'est pas impossible qu'il soit derrière tout ça."

Louis Nadau