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La proportionnelle est-elle toujours une option pour Hollande?

François Hollande, ici le 16 octobre 2014 à La Défense, avait promis "une dose de législative" pendant la campagne de 2012.

François Hollande, ici le 16 octobre 2014 à La Défense, avait promis "une dose de législative" pendant la campagne de 2012. - Eric Feferberg - AFP

Le chef de l'Etat avait promis d'instaurer une dose de proportionnelle aux législatives. L'idée ne semble pas l'avoir quitté et le Président pourrait même proposer la proportionnelle intégrale, avec le risque de faire élire de nombreux députés FN.

"Ce serait une bonne chose qu'il bouge là-dessus". Comme le député PS Yann Galut, nombreux sont les parlementaires socialistes qui attendent de François Hollande qu'il s'exprime sur le mode de scrutin à la proportionnelle pour les élections législatives. Un sujet qu'il pourrait aborder jeudi, lors de son émission spéciale à la télévision.

Des 60 propositions du candidat François Hollande, c'était la 48e: "J'introduirai une part de proportionnelle à l'Assemblée nationale". Parmi les 577 députés de l'hémicycle, François Hollande en voulait 15% élus à la proportionnelle, soit une centaine de parlementaires. 

Une fois au pouvoir, la promesse a été écartée un temps par le Président. Mais désormais, alors que François Hollande est en difficulté, la question apparaît comme l'une des solutions aux problèmes de la majorité.

Eviter la débâcle du PS

Le chef de l'Etat lui-même en avait parlé l'été dernier, dans Le Monde: "J'avais indiqué pendant la campagne que j'étais favorable à l'introduction d'une part de proportionnelle", rappelait-il, en affirmant y être "prêt". Mais à deux conditions: que la majorité puisse "s'accorder sur cette orientation", et que cela implique une "réduction du nombre de députés". La commission Jospin avait elle aussi fait la même proposition.

C'est même un autre cap que pourrait même passer François Hollande, rapporte Le Figaro: celui de la proportionnelle intégrale. Une façon d'éviter la débâcle qui menace le PS avec le mode actuel de scrutin majoritaire. François Rebsamen s'y était déclaré favorable en janvier 2014, avant son entrée au gouvernement.

Mais instaurer la proportionnelle intégrale reviendrait à favoriser les petits partis. Et à voir donc un grand nombre de candidats écologistes, d'extrême gauche, mais aussi du Front national arriver à l'Assemblée nationale.

La droite contre la proportionnelle intégrale

Certains au PS se disent prêts à courir le risque, vu le score du FN aux européennes. "Je suis le premier à le combattre, mais j'estime que le Front national devrait être davantage représenté à l'Assemblée", estime ainsi Yann Galut, joint par BFMTV.com. "Trois députés, ça n'est pas à l'image de la société française". Les représentants du FN, eux, se frottent les mains. "La proportionnelle intégrale s'impose parce qu'elle rend possible un vrai débat et la représentation de tous", écrit Florian Philippot sur Twitter lundi matin. Les écologistes eux-mêmes plaident pour cette solution.

A droite, on se méfie de cette hypothèse. "Je dis non à la proportionnelle intégrale", a lancé Bruno Le Maire lundi sur BFMTV. "Cela aurait pour résultat d'installer des apparatchiks sur les bancs de l'Assemblée nationale", selon le candidat à la présidence de l'UMP. Une hypothèse partagée par Yann Galut: "Les gens qui progresseraient au sein des sièges de partis se retrouveraient à l'Assemblée, et les gens issus des territoires n'y seraient pas", assure-t-il. Le député PS du Cher propose lui une dose de 10% de proportionnelle, et une réduction du nombre de députés à 400.

François Hollande va-t-il rebattre totalement les cartes et instaurer la proportionnelle intégrale? Est-il prêt à proposer un référendum, au risque que son impopularité le transforme en plébiscite contre sa personne? Certains au PS souhaitent en tout cas qu'il aborde le sujet. "Car en plus d'une crise économique, nous vivons une vraie crise représentative et institutionnelle", estime Yann Galut. Mais l'élu de la majorité le reconnaît: "Cela ne peut pas être la seule réponse à la crise".

Ariane Kujawski