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La France Insoumise

"C'est douloureux", "il est en roue libre"... Les coulisses du choc Quatennens à La France insoumise

Le député LFI Adrien Quatennens le 22 juin 2022 à Paris

Le député LFI Adrien Quatennens le 22 juin 2022 à Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Plus d'une semaine après le début de "l'affaire Quatennens", la France insoumise peine à avancer et reste divisée par les prises de position de Jean-Luc Mélenchon.

Un mouvement politique en plein doute. Depuis la publication par le couple Quatennens d'un communiqué demandant le respect de leur "vie privée", en réaction à la révélation dans le Canard enchaîné du dépôt d’une main courante par l’épouse du coordinateur national du mouvement, La France insoumise est en état de choc.

Pour autant, des premiers signes avaient été notés en interne. "On avait du mal à le joindre, il était mal, on savait qu’il était en plein divorce mais on ne savait pas pour le reste", confie un député.

"Personne ne pouvait imaginer ça", ajoute un membre du mouvement qui décrit Adrien Quatennens comme "fermé comme une huître".

"Dès mardi-mercredi certains cadres savaient que ça n’allait pas tenir… Plusieurs d’entre eux ont suggéré cette issue (son retrait, Ndlr) qui à ma connaissance n’a pas donné lieu à une résistance de sa part", raconte un député LFI à BFMTV. Dès samedi soir, sa mise en retrait était actée.

"C'est n'importe quoi!"

Mais le lendemain, cinq jours après les révélations du Canard Enchaîné, Adrien Quatennens publie un autre communiqué de presse, dans lequel il reconnaît avoir giflé sa compagne.

Un texte diffusé sans prévenir l'état-major de la France insoumise, ce qui n'est pas sans causer quelques crispations. "C’est un communiqué personnel encore moins validé par une autorité politique. Il est en roue libre, il est tout seul…", expliqué un élu.

"Cette lettre qu’il fait, c’est n’importe quoi!", abonde un autre.

Pas de volonté d’omerta dans cette affaire, indique LFI qui publie le même jour un communiqué de presse succinct dans lequel le mouvement salue cette mise en retrait et réitère "son engagement sans failles dans la lutte contre les violences faites aux femmes".

Le malaise Mélenchon

Ce sont les tweets de Jean-Luc Mélenchon qui vont réellement diviser les insoumis. Certains partagent sa position et saluant sur Twitter "le courage", "l’honnêteté" ou encore la "dignité" d’Adrien Quatennens de se mettre en retrait. D’autres comme Clémentine Autain ou Manon Aubry, prennent leurs distances avec ses déclarations. Mais rares sont les membres du mouvement qui osent critiquer le chef.

"Vous croyez que s’il a fait un deuxième tweet c’est qu’il était content du premier?", justifie un parlementaire LFI. "Son premier tweet ce n’est pas la honte, c'est juste qu’il est incomplet…", renchérit un autre membre du parti.

La députée LFI de Dordogne Pascale Martin fut l'une des seules à cibler nommément Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué de presse en jugeant "insuffisantes et inacceptables" les réactions du leader insoumis.

Trois heures se sont écoulées entre le premier et le second tweet de Jean-Luc Mélenchon où il évoque finalement une "gifle inacceptable". Mais en trois heures, le malaise s’est installé. Et l’embarras est palpable lors de la conférence de presse de rentrée du groupe LFI à l’Assemblée nationale.

Mathilde Panot a répondu laconiquement, renvoyant les journalistes au communiqué de la France Insoumise. Avant un moment de flottement lors des relances des journalistes, personne ne sachant qui devait s'exprimer. Cette conférence de presse reste un échec que certains députés regrettent.

"On n’était pas assez préparés. Cette conférence de presse était une catastrophe" reconnaît un parlementaire.

Beaucoup pointent notamment du doigt l'initiative d'envoyer uniquement des femmes députées du groupe pour répondre aux questions sur le sujet.

Adrien Quatennens manque déjà

Le mouvement veut désormais se tourner vers la suite, avec la rentrée parlementaire en ligne de mire. Mais le cœur n'y est pas forcément.

"Tout le monde est ébranlé, c’est humain. Que le coordinateur du mouvement soit quelqu’un qui ait commis une agression, une violence conjugale, ça ne peut qu’ébranler. Une gifle c’est une gifle, ça n’est pas à banaliser", confie la député LFI Danielle Simonnet.

"Adrien c’était la machine qu’on connaissait tous, le meilleur porte-parole, le plus efficace, celui qui avait le verbe le plus ciselé. Le fait qu’il ne soit plus porte-parole a des répercussions sur nos capacités en tant que mouvement à combattre les mesures d’Emmanuel Macron", se lamente Raquel Garrido, députée LFI, précisant qu'elle souhaitait néanmoins sa mise en retrait.

Le malaise est également palpable chez les nouveaux députés, bien loin du noyau dur de la France insoumise.

"C'est un épisode qu'on vit mal, c'est douloureux. Il incarne beaucoup de choses pour les militants...", explique l'un d'eux.

"C’est une bonne chose que la coordination des espaces de LFI ait estimé qu’il devait être mis en retrait. Il ne peut plus pour l'instant parler en notre nom. Il faut exprimer la pleine solidarité avec les victimes", ajoute Danielle Simonnet, insistant sur la nécessité de former davantage les membres du mouvement et pas seulement.

Ironie du sort, ce jeudi 22 septembre, dans le cadre des journées parlementaires du groupe LFI, deux heures de formation sur la prévention des violences sexistes et sexuelles sont organisées pour les députés. Un rendez-vous calé bien avant la sortie de l’affaire Quatennens.

Par Anthony Lebbos et Perrine Vasque avec Anthony Audureau