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La campagne présidentielle à huis clos de François Fillon

François Fillon a annulé au dernier moment sa visite au Salon de l'agriculture.

François Fillon a annulé au dernier moment sa visite au Salon de l'agriculture. - Lionel BONAVENTURE / AFP

Le candidat a annoncé sa volonté de ne pas se retirer de la course à la présidentielle, alors qu'il sera convoqué le 15 mars en vue d'une mise en examen. S'il espère mener son projet politique à bien, il va devoir une nouvelle fois redonner une dynamique à sa campagne, plus plombée que jamais.

En ce mercredi des Cendres, l'actuelle campagne de François Fillon part en fumée. Peu avant midi, ce mercredi matin, dans les locaux du QG de campagne de François Fillon, une scène a été immortalisée par un journaliste du Figaro, présent parmi la foule qui attendait le candidat. Un portrait de François Fillon en plein discours, chemise bleue, pantalon beige et drapeau français en arrière-plan, est tombé du mur. Plusieurs personnes ont tenté de le raccrocher, avant que quelqu'un ne les décourage de le faire: "ça ne sert à rien, arrêtez".

Depuis plusieurs semaines maintenant, le candidat de la droite est pris dans des contradictions qui rendent sa campagne impossible. Quand il essaye par exemple de se rendre présent sur le terrain, il est accueilli par le son des casseroles qu'on frappe en signe de contestation. Depuis son QG de campagne, avec près d'une demi-heure de retard, le candidat de la droite a confirmé qu'il était convoqué par les juges d'instruction le 15 mars en vue d'une mise en examen.

Se présentant comme une victime des juges et de la justice, il a précisé qu'il se rendrait à la convocation, et qu'il maintenait sa candidature. Mais il n'a pas d'autre choix pour cela que de relancer et repenser - une nouvelle fois - sa campagne, alors que le calendrier judiciaire suivra son cours, rendant les semaines à venir encore plus incertaines. 

Une fracture dans le camp Fillon

Avant cette annonce fracassante, François Fillon s'est entretenu avec Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Comme le rapporte Ruth Elkrief sur BFMTV, ce dernier lui a conseillé de changer de stratégie, d'associer davantage le parti dans sa campagne. Preuve de ce manque de communication et de partage, les proches du candidat n'ont pas été prévenus de l'annulation de sa visite au Salon de l'agriculture mercredi matin.

Lors de son intervention au QG, c'est en présence des ténors de Les Républicains qu'il est monté à la tribune à la mi-journée. Il pourrait donc commencer à appliquer ces conseils, et modifier également son équipe de campagne. D'autant que sa décision n'est pas forcément du goût de tous, au sein de son organigramme: Bruno Le Maire a annoncé en début d'après-midi qu'il démissionnait de ses fonctions de représentant pour les affaires européennes et internationales. Au nom du "respect de la parole donnée", a-t-il précisé. Une référence au fait que François Fillon avait promis de se retirer s'il était mis en examen.

Les limites d'une campagne à huis clos

Jusque-là, François Fillon a essayé d'être plus présent sur le terrain. Son équipe a tenté de modeler au millimètre près une campagne sur mesure, qui lui permette de poursuivre sa course tout en le protégeant des contestations bruyantes. Ce qui donne "l'impression d'une demi-campagne", selon l'expression de Camille Langlade, journaliste politique à BFMTV.

"C'est une quasi campagne à huis clos, quand il se déplace c'est très encadré", analyse-t-elle, "autour de tables rondes et de rencontres avec des élus locaux". Ses déplacements sont, en nombre, très réduits par rapport à ceux d'un Benoît Hamon, d'un Emmanuel Macron ou même d'un François Hollande qui, lui, n'est pourtant pas en campagne. François Fillon est devenu un "candidat bunkérisé".

"Il ne parle quasiment plus aux journalistes, poursuit Camille Langlade, cela fait trois semaines qu'il n'a pas répondu à une interview télé ou radio. Cela permet d'éviter les questions auxquelles il ne veut pas répondre." Lors de son déplacement à Meaux lundi pour retrouver Jean-François Copé, c'était d'ailleurs la première fois depuis longtemps que François Fillon répondait à des journalistes sur une question ne portant pas explicitement sur le déplacement.

Le candidat LR avait alors qualifié la campagne de "quasi-guerre civile", ciblant "l'extrême gauche" et demandant au gouvernement d'assurer sa sécurité.

Charlie Vandekerkhove