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L’UMP est moins au bord de l’implosion qu’au bord du ridicule

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

L’incroyable feuilleton de l’UMP a encore rebondi mercredi. François Fillon conteste à nouveau sa défaite, renonce à revendiquer la présidence et menace de saisir la justice. Jean-François Copé, lui, refuse une médiation d’Alain Juppé.

La tentation est grande de tourner en dérision cet imbroglio inouï. Cependant il faut y résister pour dire que ce qui se passe à l’UMP depuis 4 jours déshonore la politique et ceux qui la font. C’est vrai qu’avec ces comptes d’apothicaires et ces querelles de chiffonniers, on est passé des éclats de voix aux éclats de rire. On en est maintenant aux éclats d’obus. L’élection du chef du principal parti de la droite républicaine tourne à la farce sinistre. François Fillon a parlé de « fracture » au sein de l’UMP. La fracture, elle est aujourd’hui entre l’UMP et l’opinion. Et il n’y est pas pour rien.

Vous voulez dire que François Fillon est le principal responsable de cette situation de crise ?

Il ne peut pas se poser en victime. François Fillon et Jean-François Copé ont contribué l’un et l’autre au discrédit de cette élection (et de leur parti) à l’instant où ils ont affiché leur défiance envers le processus de désignation. Dès l’épisode des parrainages, ils ont tous deux émis des doutes. Ensuite chacun a dénoncé d’avance des fraudes – c’était déjà suspect. Puis le jour du vote, Copé n’a pas attendu résultat officiel pour annoncer sa propre victoire. Quant à Fillon, il a contesté, puis admis, puis re-contesté sa défaite. Au total, disons que Copé a au moins manqué de patience, Fillon de cohérence. Et tous les deux, de dignité.

Mais si François Fillon dit vrai, si vraiment plus de 1 300 voix ont été oubliées dans le décompte, est-ce qu’il n’est pas légitime qu’il proteste ?

Compréhensible, oui ; légitime, non. Ce qui est clair, c’est que Fillon veut empêcher Copé de prendre la présidence du parti. Quitte à renoncer lui-même, mais en menaçant – d’abord d’une scission, puis d’un procès devant les tribunaux. Pour lui, le sigle UMP veut dire : Union derrière Moi ou Personne. Quoi qu’il se soit passé lors du vote, l’élégance et la loyauté lui commandaient de s’incliner – comme Ségolène Royal l’a fait au PS en 2008 – pour préserver son parti… et son crédit. Il n’a pas fait ce choix. Il a eu tort.

Il propose qu’une médiation et un intérim soient confiés à Alain Juppé. N’est-ce pas une bonne idée ?

Si l’UMP en est, au nom de l’éthique, à appeler au secours le seul de ses grands dirigeants qui a été condamné par la justice pour des délits financiers, c’est surtout un signe de plus que ce parti est en plein naufrage.

Beaucoup d’observateurs jugent que toute cette confusion profite à Nicolas Sarkozy...

En partie seulement. Le discrédit des 2 prétendants à sa succession renforce sa préséance sur la droite. Mais le discrédit de l’UMP ne peut pas être une bonne nouvelle pour lui. Que tout cela se produise la semaine où il est convoqué par la justice dans l’affaire Bettencourt n’est pas non plus une heureuse coïncidence. Le vrai bénéficiaire de cet imbroglio pathétique, c’est François Hollande. Avec sa pseudo clause de conscience des maires sur le mariage gay, il a commis sa plus grosse faute depuis son élection ; c’est à peine passé pour une maladresse. Si le bon fonctionnement démocratique requiert une majorité stable et une opposition responsable, on peut considérer que nous ne sommes plus tout à fait en démocratie. Il n’y a pas de quoi rigoler. Sauf peut-être au Front national.

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 22 novembre, cliquez ici.

Hervé Gattegno