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L'essayiste Alain Minc s'alarme d'un risque de "giscardisation" d'Emmanuel Macron

Alain Minc

Alain Minc - Lionel BONAVENTURE / AFP

L'essayiste Alain Minc est un proche d'Emmanuel Macron. Mais, jugeant l'action du président de la République mercredi soir sur le site du Figaro, il l'a mis en garde contre l'éventualité de connaître le même destin de Valéry Giscard d'Estaing.

Tout juste candidat à l'élection présidentielle, Emmanuel Macron s'était vu comparer à Raymond Barre et à Valéry Giscard d'Estaing, notamment par le politologue Thomas Guénolé désormais membre de la France insoumise. Ce jeudi, l'essayiste libéral Alain Minc, un des proches du président de la République, craint qu'il ne connaisse plutôt le destin du second, qui avait dû quitter l'Elysée après un seul mandat. Dans Le Figaro, Alain Minc assure qu'Emmanuel Macron "ne peut sortir de ses péripéties actuelles qu'en étant fidèle à la ligne qu'il a choisie", mais estime qu'il se trouve à la croisée des chemins. 

Blair ou Giscard? 

Soit il imite la trajectoire du Britannique Tony Blair qui, selon la description de l'intellectuel, était "un premier ministre qui passait au-dessus des corps intermédiaires dans un dialogue avec le pays, entretenu par une espèce de lien, presque charnel, avec lui", soit il s'enferme dans une déconnexion vis-à-vis des Français dont Alain Minc distingue un exemple chez "VGE". Mêlant le vibrant éloge à la discrète critique, il explique: "Il y a un risque de giscardisation d'Emmanuel Macron. Il peut renvoyer l'image de quelqu'un dont la capacité, le talent, la flamboyance sont à mille lieues de la population ; de quelqu'un que l'on estime sans l'aimer. Il lui faut des relais plus 'peuple', plus expérimentés, moins 'technos'."

Prenant acte du "bonapartisme" du chef de l'Etat, il affirme qu'il en va également de la cohérence de la démarche présidentielle: "Lorsque vous avez une vision verticale du pouvoir, c'est-à-dire une relation directe avec le peuple, il faut trouver des moyens d'aller vers lui." Pour Alain Minc, Emmanuel Macron devrait encore insister sur la patience et l'abnégation exigées par sa politique:

"Certaines mesures prises peuvent apparaître injustes, notamment pour les retraités. Il faut le reconnaître mais expliquer que c'est le prix à payer pour préparer l'avenir de leurs enfants et petits-enfants. De manière générale, les réformes engagées auront des effets dans un, deux ou trois ans, voire à beaucoup plus long terme."

Le précédent Giscard d'Estaing-Chirac

Pour Alain Minc, le premier test électoral rencontré par Emmanuel Macron n'interviendra pas avant les Municipales: "Le véritable enjeu politique, ce sont les municipales et notamment Paris. Et, selon moi, le seul candidat capable de faire l'alliance avec la droite modérée, c'est Édouard Philippe." En 1976, Valéry Giscard d'Estaing s'était délesté de son Premier ministre quadragénaire, Jacques Chirac, qui, quelques mois, plus tard était devenu maire de Paris. Valéry Giscard d'Estaing s'en était mordu les doigts: la candidature concurrente de son ex-chef de gouvernement à droite lors de la présidentielle de 1981 avait contribué à lui faire perdre le scrutin. 

Robin Verner