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L'affaire Benalla peut-elle faire tomber Gérard Collomb?

L'étau se resserre autour de l'exécutif ce vendredi. Les élus, de tous bords politiques confondus, dénoncent une décision trop tardive et le silence du ministère de l'Intérieur, après qu'un collaborateur du président a été filmé en train de frapper un manifestant le 1er mai.

De plus en plus de voix politiques s'élèvent, ce vendredi, en réaction à l'affaire Alexandre Benalla. Et la plupart dénoncent l'absence de réactions du président de la République, Emmanuel Macron, mais aussi l'attitude du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. Dont beaucoup réclament la démission.

À l'unanimité à droite comme à gauche, les élus de l'opposition s'interrogent sur les raisons pour lesquelles le sommet de l'Etat n'a pas saisi la justice concernant Alexandre Benalla et Vincent Crase, ces proches collaborateurs de l'Elysée filmés en train de frapper un manifestant le 1er mai.

Réunion de crise à l'Assemblée nationale

Certains ont réclamé a minima que Gérard Collomb se rende à la réunion d'urgence prévue à l'Assemblée nationale ce vendredi à 14h30 afin d'obtenir des explications, ce qu'il n'a pas fait. D'autres exigent purement et simplement la démission du ministre de l'Intérieur. C'est le cas pour le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure:

"Pourquoi a-t-il cherché à minimiser sa responsabilité? Que savait-il réellement? Qu'a-t-il dit à l'Elysée? Quelles sont les consignes qui lui ont été passées?", a-t-il demandé.

"En fonction des réponses, on jugera de sa crédibilité. Est-ce qu'il a encore la capacité à être ministre de l'Intérieur, ou est-ce qu'au contraire il y nécessité pour lui de passer à autre chose, parce qu'à l'évidence la confiance que peuvent lui accorder les Français est (...) devenue impossible?" a poursuivi le socialiste sur notre antenne.

Même son de cloche du côté de la France Insoumise:

"On voit bien qu'il y a une volonté de l'exécutif (...) de camoufler l'affaire. Là c'est un mensonge qui en entraîne d'autres. Gérard Collomb a dit devant le Sénat qu'il n'était pas au courant de cette affaire. En fait des policiers avaient été suspendus donc il était déjà bien au courant. Il dit saisir l'IGPN mais il aurait dû le faire dès le 2 mai!," s'est notamment insurgé Ugo Bernalicis, député insoumis du Nord.

L'affaire Cahuzac du quinquennat Macron?

De son côté, Benoît Hamon a comparé la tentative de dissimulation de l'affaire Benalla au sommet de l'Etat à l'affaire Jérôme Cahuzac, cet ancien ministre qui avait menti sur son compte caché en Suisse sous le quinquennat Hollande. Le fondateur du mouvement "Génération-s" a donc à son tour appelé à la démission du ministre.

"Gérard Collomb était-il au courant, oui ou non?" (...) A-t-il dissimulé des faits? Manifestement oui en feignant de découvrir tout cela il y a quelques jours. Sur le plan politique, dans n'importe quelle autre grande démocratie, le ministre n'aurait pas pu rester en fonction. La réalité c'est qu'on reste dans un système où l'impunité demeure très forte au sommet de l'Etat".

"Il n'a pas porté ce brassard de police sans qu'on l'y est autorisé, il n'a pas exercé ces violences au milieu de policiers sans y être autorisé. (...) Au fond il n'y a pas tellement d'affaire Benalla, il n'y a qu'une affaire Collomb et une affaire Macron puisque les faits étaient commis depuis le 1er, sinon le 2 mai." 

"Une justice à deux vitesses"

A droite de l'Hémicycle, le député et président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan a également pris la majorité à partie, mettant à mal les débats en cours à l'Assemblée: 

"Pourquoi avez-vous si peur de voir le ministre de l'Intérieur venir ici? (...) Soit le ministre vient, dit la vérité et sauve sa conscience. Soit il ne vient pas et doit démissionner."

Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement National (ex-FN), a quant à lui dénoncé "une justice à deux vitesses". 

"Il y a deux justices dans notre pays. Une pour les amis d'Emmanuel Macron, où pendant deux mois et demi on fait en sorte que ça ne sorte pas et on couvre. Qu'a fait M. Collomb qui était le premier informé de tout cela? (...) et une pour les Français, qui elle est plus lourde et tombe beaucoup plus rapidement."

Ce vendredi sous la pression de l'opposition et à mesure que les révélations s'enchaînent, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a "lourdement" condamné les "agissements" des policiers soupçonnés d'avoir extrait des images de vidéosurveillance et de les avoir transmises à Alexandre Benalla.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait annoncé jeudi devant le Sénat avoir saisi l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) afin de comprendre la présence d'Alexandre Benalla et Vincent Crase durant une intervention policière. Interrogé par les sénateurs, il a reconnu que les deux hommes "n'avaient aucune légitimité pour intervenir."

Jeanne Bulant